Les athlètes paralympiques : des hommes et des femmes exemplaires

Tani Mami, une championne de paratriathlon au cœur d’or

Société Tokyo 2020

En 2002, Tani Mami, une étudiante japonaise de 20 ans, a été amputée de la jambe droite à la suite d’un cancer des os. Depuis, elle est équipée d’une prothèse qui lui a permis de participer à trois Jeux paralympiques, dans la discipline du saut en longueur. Actuellement, tout en gérant avec énergie sa vie familiale, elle se prépare activement en vue des JO de 2020, à Tokyo, où elle représentera le Japon dans la catégorie beaucoup plus exigeante du triathlon.

Tani Mami TANI Mami

Née en 1982, à Kesen-numa, dans la préfecture de Miyagi. Travaille au département de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) de la firme Suntory Holdings sur des projets touchant à l’éducation des jeunes, l’aide à la reprise des activités après les catastrophes et le handisport. Au collège, Tani Mami commence à participer à des compétitions d’athlétisme. Au cours de l’hiver 2001, à l’époque étudiant à l’Université Waseda, elle apprend qu’elle était atteinte d’un ostéosarcome (cancer primitif des os). Quelques mois plus tard, elle est amputée de la jambe droite au-dessous du genou et s’équipe d’une prothèse. En 2003, elle commence à s’entrainer au saut en longueur, et l’année suivantee elle est embauchée par Suntory Holdings. Elle participe aux Jeux paralympiques d’Athènes (2004), de Pékin (2008) et de Londres (2012). Désormais, c’est pour l’épreuve de paratriathlon des JO de Tokyo 2020 qu’elle se prépare.

La première médaille d’or du Japon aux championnats du monde de paratriathlon

Tani Mami a un sourire chaleureux et communicatif. « On me dit souvent que j’ai un beau sourire », reconnaît la championne de paratriathlon. « Je ne peux pas m’empêcher de me sentir heureuse et reconnaissante pour les petites choses de la vie de tous les jours. Sans doute à cause de toutes les épreuves que j’ai traversées. Mes amis me font passer de merveilleux moments, et la beauté des fleurs me ravit l’âme. Je suis pleine de gratitude pour chaque instant que je vis en tant que tel et cela finit peut-être par transparaître sur mon visage. »

Tani Mami, une jeune femme au sourire irrésistible…

Le triathlon est sans conteste la plus éprouvante de toutes les disciplines paralympiques. Les triathlètes doivent en effet enchaîner trois épreuves d’endurance – natation, cyclisme et course à pied. Le paratriathlon est officiellement inscrit au programme des Jeux depuis Rio 2016.

Tani Mami remporte sa toute première course dans la catégorie PTS4 – paratriathlète présentant des déficiences modérées – lors des championnats du monde de triathlon de Rotterdam, en septembre 2017. C’est aussi la première fois qu’un paratriathlète japonais obtient une médaille d’or aux championnats du monde. Dans la dernière partie de la course, c’est avec toutes les peines du monde que la jeune femme doit conserver son avance, car c’est une discipline nouvelle pour elle. Mais à l’instant où, hors d’haleine et exténuée, elle franchit victorieusement la ligne d’arrivée, elle laisse place à ce visage souriant qui la caractérise.

Le sourire radieux de Tani Mami n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat du nombre incalculable de fois où elle a réussi à se relever après être tombée au plus bas.

Tani Mami lors de la démonstration de paratriathlon du parc maritime d’Odaiba (Odaiba kaihin kôen) de Tokyo, en octobre 2017. (Photo : Takemi Shûgo)

Atteinte par un cancer des os à l’âge de 19 ans

La première et la plus terrible épreuve infligée par le destin à Tani Mami commence au cours de l’été 2001, lorsqu’elle est alors en deuxième année à l’Université Waseda. Elle aime beaucoup sa vie d’étudiante d’autant plus qu’elle devient pom-pom girl. Un jour, elle ressent une violente douleur à la cheville droite. Elle a alors recours à des massages et à la TENS (neurostimulation électrique transcutanée), mais ces soins s’avèrent sans effet et son état ne fait que s’aggraver jusqu’à en avoir du mal à marcher. Elle consulte alors un orthopédiste du voisinage, qui est stupéfait par le résultat des radiographies : les os de la jeune femme sont en train de se désintégrer.

Tani Mami a été envoyée au centre national du cancer de Tsukiji où elle se faut diagnostiquer un ostéosarcome, une forme de cancer des os relativement rare. Elle est immédiatement hospitalisée et soumise à une chimiothérapie avec des effets secondaires importants incluant des nausées et une grande fatigue. Au bout d’un mois elle a également perdu ses cheveux, ses sourcils et ses cils. Pour elle, c’était quelque chose d’insupportable : jusque-là, elle a en effet été toujours très active pratiquant la natation à l’école primaire, l’athlétisme au collège et au lycée, et assumant la fonction de pom-pom girl à l’université.

Mais Tani Mami est loin d’être au bout de ses peines. Le médecin lui annonce en effet qu’il faut l’amputer de la jambe droite en dessous du genou. « Si on ne vous ampute pas maintenant, il ne vous reste qu’un an et demi à vivre ». « Et si c’était votre fille qui était à ma place, est ce que votre décision serait la même ? » demande Tani Mami en dernier recours. « Bien entendu ! La vie, c’est ce qui compte le plus ! » réplique avec fermeté son interlocuteur.

La réponse du médecin ouvre les yeux de la jeune fille. Elle accepte. En entrant dans la salle d’opération, elle salue ses parents avec un geste de la main et un grand sourire.

Sa mère en pleurs. Elle se demande comment sa fille fait pour rester souriante dans un moment pareil. « En ce qui me concerne, j’avais déjà versé toutes les larmes de mon corps », raconte la jeune femme. « Mes yeux étaient secs et je m’étais résignée à perdre une de mes jambes. »

Mais il faut quand même davantage de temps à Tani Mami pour accepter concrètement la perte de sa jambe droite. Elle se sent seule, abandonnée. « Pendant la période des soins consécutifs à l’opération, je me suis souvent demandée pourquoi tout cela m’arrivait à moi », confie-t-elle.

« Je me suis battue avec moi-même et contre mes propres faiblesses. Je voulais trouver quelque chose qui me fasse sortir du cercle infernal des pensées négatives. J’ai donc commencé à suivre des cours de sport pour les personnes handicapées. Et c’est là que mon entraîneur m’a encouragé à faire de l’athlétisme. »

Rebondir après Fukushima

Une fois diplômée de l’Université Waseda, en 2004, Tani Mami commence à travailler pour la firme Suntory Holdings, sans pour autant cesser de s’entrainer. Deux ans à peine après l’amputation de sa jambe droite, elle réussit à intégrer la délégation paralympique nationale du Japon au JO de Londres, dans la discipline du saut en longueur. Elle est également sélectionnée pour les Jeux suivants, ceux de Pékin de 2008. Elle se prépare en vue des Jeux de 2012, lorsque le nord-est de l’Archipel est dévasté par le terrible séisme suivi d’un tsunami le 11 mars 2011. Kesen-numa, sa ville natale située dans la préfecture d’Iwate, fait partie des localités les plus touchées par la catastrophe.

Les vagues géantes emportent la maison où elle avait grandi, et sans doute aussi une partie de son identité. Avec le soutien de son employeur, Tani Mami fait tout son possible pour aider les personnes évacuées et contribuer au renouveau et à la reconstruction des zones ravagées. Les gens la remercient en lui prodiguant des paroles d’encouragement pour les Jeux paralympiques.

« J’ai compris que le meilleur moyen pour remonter le moral des habitants de ma ville était de faire de mon mieux à Londres. J’ai donc commencé à consacrer plus de temps à mon entrainement. »

Aux Jeux de Londres, Tani Mami réalise la meilleure performance de sa carrière et l’année suivante, en 2013, elle remporte la médaille de bronze aux championnats du monde d’athlétisme de Lyon.

Le pouvoir du sport

Comment Tani Mami a-t-elle fait pour concilier un emploi à plein temps avec la participation à trois olympiades, la promotion du handisport, la reconstruction du nord-est de l’Archipel et sa vie personnelle ?

« Je réponds toujours "présent", qu’il s’agisse de mon travail ou du reste de ma vie », affirme la jeune femme. « Je ne cherche pas à trouver un équilibre entre les deux. Pour moi, il n’y a pas de séparation entre mon activité professionnelle et ma vie privée. Ils sont indissociables l’un de l’autre et font partie intégrante de mon existence. »

En septembre 2013, Tani Mami offre son soutien à la candidature de Tokyo lors de l’ouverture de l’assemblée générale du comité international olympique (CIO) organisée à Buenos Aires pour choisir la ville hôte des JO de 2020. Elle y prononce un discours très émouvant où elle évoque le « pouvoir du sport » et la façon dont l’athlétisme l’a aidée à surmonter son cancer des os et la catastrophe de Fukushima en 2011.

« Quand j’ai perdu ma jambe droite, je me suis donnée pour mission de promouvoir le handisport et de faire comprendre aux gens l’importance de la vie. Mais comme je n’avais aucun exemple pour me guider, j’ai toujours agi à l’aveuglette en procédant par tâtonnements. Je suis très reconnaissante que l’on m’ait donné l’occasion de m’exprimer en faveur de la candidature de Tokyo à Buenos Aires. Cela m’a permis de faire le point sur tout ce que j’avais fait. Depuis, je me sens plus légère. »

L’importance du soutien de l’entourage

En 2014, Tani Mami épouse un employé d’une grande agence de publicité et l’année suivante, elle donne naissance à un garçon.

Concilier vie professionnelle et familiale n’est jamais facile, que l’on ait un handicap ou non. Cela n’empêche pas Tani Mami d’annoncer son souhait de faire partie de la délégation nationale du Japon aux JO de Tokyo non pas pour l’épreuve du saut en longueur, mais pour celle du triathlon. Cette décision implique à priori de devoir gérer de manière encore plus rigoureuse son travail avec sa vie personnelle.

Toutefois pour Tani Mami, c’est un choix naturel qui va de soi. « Le triathlon est une discipline beaucoup plus exigeante que le saut en longueur. Mais elle me convient mieux. Dans le cas du saut, je dois obligatoirement m’entraîner dans un stade alors que pour le triathlon, je peux aller nager à la piscine de l’école d’à côté, et courir et faire du vélo où et quand je veux. Qui plus est, au lieu d’être seule sur un stade, je suis entourée par toutes sortes de gens qui eux aussi nagent, courent ou font du vélo. C’est pour moi une motivation supplémentaire. »

Les performances de Tani Mami prouvent que sa décision est la bonne. Elle remporte en effet toutes les épreuves auxquelles elle participe dans cette discipline, y compris deux séries de paratriathlon aux championnats du monde d’athlétisme de Rotterdam, en 2017. Mais sa vie quotidienne n’en reste pas moins centrée autour de son fils âgé de deux ans. En semaine, la jeune femme s’entraîne tôt le matin, avant que l’enfant ne se réveille, et pendant les week-ends, il la suit en bicyclette avec son père quand elle va courir.

« Chaque fois que mon fils m’encourage, cela me donne un coup de fouet. J’essaie de compenser mes absences quand j’ai des compétitions à l’étranger où je ne peux pas l’emmener, en lui accordant toute mon attention lorsque je suis à la maison. En fait, les contraintes auxquelles je suis soumise en termes de temps m’ont aidée à me concentrer davantage sur mes séances d’entrainement. »

Le mari de Tani Mami joue lui aussi un rôle déterminant dans sa vie. Grâce à son soutien et sa compréhension, elle peut jongler plus facilement avec ses multiples responsabilités. Et quand il est trop occupé pendant les absences de sa femme, des mères de famille du voisinage viennent l'aider pour récupérer son enfant à l’école maternelle et préparer des repas. La façon dont Tani Mami s’implique à fond dans sa vie professionnelle, sportive et familiale a touché tous ses proches et tissé des liens solides avec son entourage.

Tani Mami est confiante dans l’avenir. « Mon fils m’a toujours vu retirer ma prothèse avant d’aller me coucher. Dès qu’il a eu un an, il a commencé à venir de lui-même me l’apporter le matin. Il est très à l’aise quand je l’emmène dans des endroits où il y a des gens de tous les pays. J’espère qu’il va continuer à garder un esprit ouvert et dépourvu de tout préjugé vis-à-vis des autres », conclut-elle avec son merveilleux sourire à nul autre pareil.

(D’après un article en japonais. Photos : Kawamoto Seiya, sauf mention contraire. Photo de titre : Takemi Shûgo — Tani Mami félicitée par des admirateurs à l’issue d’une démonstration de paratriathlon organisée en octobre 2017 au parc maritime d’Odaiba où cette épreuve se déroulera pendant les JO de Tokyo, en 2020.)

femme JO parasport