Dossier spécial Cap sur les îles les plus historiques du Japon
L’histoire des îles d’Ogasawara : un chaos au nom de la raison d’État
[17.07.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | العربية |

L’archipel d’Ogasawara est essentiellement connu pour être classé au patrimoine naturel mondial. Néanmoins, peu de gens savent les sacrifices auxquels ont dû consentir les habitants de ces îles, tant de la part des États-Unis d’Amérique que du Japon. L’histoire moderne des îles Ogasawara commence au XIXe siècle, quand de nombreux colons d’origine européenne et américaine s’y installent. S’ensuit alors de nombreux événements complexes : annexion du Japon, défaite japonaise, occupation américaine, retour à la souveraineté japonaise…

Des îles à l’histoire unique et complexe

26 juin 2018 : l’archipel d’Ogasawara commémore les 50 ans de son retour sous la souveraineté japonaise.

Ce que l’on appelle l’archipel d’Ogasawara au sens large est composé de plusieurs groupes d’îles distantes de Tokyo d’environ 1 000 km au sud : d’un côté les îles Chichijima, Hahajima et quelques îlots proches (qui forment au sens strict les îles d’Ogasawara, appelées aussi îles Bonin), auxquelles sont adjointes des îles beaucoup plus lointaines, Minamitorishima ou île Marcus, elle-même située à 1 300 km à l’est de Chichijima, ainsi que le groupe d’Iwo Jima (ou îles Volcano), à plus de 200 km au sud de Chichijima. D’un point de vue administratif, depuis leur retour sous souveraineté japonaise, toutes ces îles dépendent du village d’Ogasawara, lui-même rattaché à la préfecture de Tokyo. Leur domaine maritime couvre à lui-seul plus du tiers de la Zone Économique Exclusive (ZEE) du Japon.

L’inscription d’Ogasawara au Patrimoine naturel mondial en 2011 a dans une certaine mesure fait connaître les richesses naturelles et environnementales de l’archipel. Son histoire particulièrement complexe, en revanche, reste pour une très grande part totalement ignorée, même au Japon.

Matthew Perry et John Manjiro : l’échec d’un plan d’annexion

Jusqu’au XIXe siècle, les îles d’Ogasawara n’avaient jamais été habitées de façon permanente. Seules des présences saisonnières étaient attestées.

En 1830, un groupe de colons composé d’environ 25 personnes partit de l’île d’Oahu à Hawaii pour l’île de Chichijima, et s’y établit de façon permanente, comptant sur une demande d’échanges commerciaux. Parmi ces premiers véritables colons se trouvaient des individus d’origine européenne, nord-américaine, des autochtones d’Hawaii et d’autres ethnies du Pacifique. Ils parvinrent à cultiver des légumes, des céréales, des pommes de terre, à élever des volailles et du bétail, et à pêcher des tortues de mer, qu’ils revendaient aux équipages des navires de passage qui avaient besoin de produits frais.

La première moitié du XIXe siècle correspond à l’apogée de la chasse à la baleine, dans le contexte d’une forte demande d’huile de baleine pour produire un combustible d’éclairage. Dès les années 1820, les baleiniers américains ou d’autres pays occidentaux croisaient dans l’océan Pacifique du nord-ouest, mais la politique isolationniste du shogunat Tokugawa rendait impossible l’accostage au Japon ou au royaume des Ryûkyû (Okinawa) sous son contrôle. Dans ces circonstances, le port naturel de l’île Chichijima offrait une escale idéale pour les grands voiliers. L’archipel vit là une opportunité.

Pendant un demi-siècle à partir du début de la colonisation permanente, mis à part pour une très courte période, la souveraineté sur l’archipel d’Ogasawara ne fut revendiquée par personne. Au début des années 1850, Matthew Perry, qui commandait la marine américaine des Indes orientales, visita Chichijima, avant l’arrivée historique de ses bateaux noirs devant Uraga, à l’entrée de la baie de Tokyo, avec l’idée de réclamer Ogasawara pour les États-Unis. Dans les années 1860, le shôgunat envoya à son tour un interprète nommé Nakahama Manjirô, connu également sous les noms de John Manjirô ou John Mung, à bord du navire Kanrinmaru, afin de prendre possession des îles et de leur colonisation. Mais ces deux tentatives, aussi bien américaine que japonaise, furent rapidement abandonnées.

La population des îles Chichijima et Hahajima, se diversifia rapidement sous l’effet des déserteurs fuyant les dures conditions de vie sur les navires baleiniers lors des escales, comme par exemple des matelots débarqués pour cause de maladie ou de blessure, des naufragés, et de pirates qui venaient régulièrement piller et violer, apport aussi varié que l’était d’ailleurs la communauté d’origine, avec des individus d’Europe occidentale, du Pacifique, de l’océan Indien et des îles de l’Atlantique, reflétant la réalité de l’activité baleinière mondiale de l’époque.

Le peuplement de l’archipel d’Ogasawara s’est constitué pour ainsi dire sur la ligne de front de la globalisation de l’océan Pacifique du XIXe siècle, avec d’ex-marins devenus colons, totalement indépendants de toute autorité étatique, qui ont formé une sorte de microcosme de la société globale de l’époque.

  • [17.07.2018]
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