Dossier spécial La culture pop nippone se mondialise
Et le monde redécouvrit la City Pop japonaise

Kurimoto Hitoshi [Profil]

[09.01.2019] Autres langues : 日本語 | ESPAÑOL |

Le genre City Pop, dont l’importance fut énorme pour pousser au premier plan l’image urbaine et moderne de la musique japonaise, est né sous une forte influence de la musique occidentale, puis s’est développé de façon indépendante au Japon. Après avoir été à la mode dans les années 1980, la City Pop connaît depuis quelque temps une nouvelle évaluation dans le monde entier. Je me propose d’étudier le phénomène, de son apparition à nos jours.

Sugar Babe et Yuming donnent naissance à la City Pop dans les années 70

Un son très élaboré, raffiné, des mélodies aux influences occidentales très présentes, des paroles qui parlent d’amours adultes dans la grande ville… Le genre japonais de la City Pop est une tendance très active de la scène musicale actuelle dans le monde entier, car oui, sa popularité dépasse en effet largement les frontières japonaises et s’étend de plus en plus à l’étranger. Les fans de tous les pays s’arrachent les vinyles des groupes et des interprètes phares du genre, et les DJ ou les musiciens sont de plus en plus nombreux à citer une ou plusieurs chansons de City Pop parmi leurs préférées. Le phénomène est suffisamment intrigant pour s’y pencher dessus de plus près.

Plusieurs hypothèses concurrentes existent, mais la plupart s’accordent pour faire remonter l’apparition du genre City Pop à la formation du groupe Sugar Babe. Le groupe est connu pour avoir recruté Yamashita Tatsurô et Ônuki Taeko. Leurs compositions incluaient des éléments pop oldies, soul, ou venant de compositeurs-interprètes, se distinguant ainsi de ce que faisaient de leur côté les groupes de hard rock ou de blues rock. De fait, dès leurs débuts en 1973, ils apparurent comme une voie alternative aux tendances fortes du moment. Mais leur importance ne fut reconnue qu’après leur dissolution, en 1976, après trois courtes années d’activité. Et pourtant, les musiciens réunis autour de Yamashita Tatsurô allaient marquer durablement le son City Pop et le rock japonais, longtemps après cette date.

Cobalt Hour, l’album de Arai Yumi (alias Yuming) de 1975, où la sensibilité City Pop déborde.

L’artiste qui poursuivit de façon radicale dans cette voie est Yuming, de son vrai nom Arai Yumi (puis Matsutôya Yumi). À ses débuts en 1972, elle était l’une des auteurs-compositeurs-interprètes qui chantait en s’accompagnant au piano, tels qu’il y en avait dans ces années-là. Mais dès l’année suivante, avec le groupe Caramel Mama, elle augmenta le contraste avec un son déjà très City Pop. Ses paroles très sophistiquées, porteuses d’une vision du monde très typée, un son coloré, profond, feront d’elle l’artiste de pointe de ce genre musical. C’est donc Caramel Mama, il n’est pas exagéré de le dire, qui porta le son City Pop à son degré de perfection, avec Yuming au chant, Matsutôya Masataka (son futur mari) aux claviers, Suzuki Shigeru (guitare), Hosono Haruomi (basse) et Hayashi Tatsuo (batterie).

Par la suite, le groupe se nomma Tin Pan Alley, nom sous lequel il devint essentiellement le groupe support de divers artistes. De fait, tous les artistes majeurs du courant City Pop des années 1970 étaient très fortement liés au son Caramel Mama/Tin Pan Alley, que ce soit Kosaka Chû, Yoshida Minako ou Yamashita Tatsurô. Ils jouèrent également comme groupe de soutien pour des chanteurs au répertoire plus traditionnel, comme Minami Saori ou Ishida Ayumi, ce qui eut pour effet de faire rentrer le son City Pop dans tous les foyers japonais.

  • [09.01.2019]

 Journaliste musical. Né à Osaka en 1970. Commence à écrire ses premières critiques, alors qu’il est employé dans une maison de disques. Voyage en Amérique du sud à partir de 2005. À son retour au Japon deux ans plus tard, il collabore aux rubriques musiques ou voyages de divers magazines musicaux ou généralistes, ou assure la programmation et la sélection musicale pour des émissions de radio, performances et conférences, organisateur de concerts, planificateur de CD, etc. Auteur de plusieurs livres, dont « Carnets de musique argentine » (2003, éd. DU books) et « Carnets de voyage : Buenos Aires, objets et culture » (2008, Mainichi Communications). Réside actuellement à Okinawa.

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