Dossier spécial Les grandes figures historiques du Japon
Honda Sôichirô, l’homme qui a bâti l’empire Honda de ses « propres mains »

Itami Hiroyuki [Profil]

[26.02.2019] Autres langues : 日本語 | 简体字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Un homme à la poursuite de ses rêves avec une formidable énergie qu’il savait transmettre aux autres. Un chef d’entreprise hors norme, qui, en valorisant absolument tous ses employés, a donné une envergure mondiale à Honda Motor, la firme qu’il a créée. Voilà en quelques mots comment on pourrait présenter Honda Sôichirô.

En 1948, Honda Sôichirô (1906-1991) fonde Honda Motor Co. Ltd, une firme à l’origine spécialisée dans la fabrication de motocyclettes. Quinze ans plus tard, en 1963, il élargit ses activités à la production de quatre-roues et devient le quatrième et le plus jeune constructeur automobile de l’Archipel. Son initiative audacieuse est couronnée de succès au point qu’à l’heure actuelle, Honda Motor figure au nombre des plus grands fabricants de voitures du monde.

Le PDG de Honda Motor quitte ses fonctions en 1973, à l’âge de 66 ans. Mais pour sa plus grande fierté, l’entreprise n’en continue pas moins à se développer sur le marché mondial. Ce gestionnaire et ingénieur hors pair a le grand mérite de transmettre à ses successeurs l’ADN et les ressources humaines dont ils ont besoin pour continuer dans son sillage après son départ.

Un constructeur automobile fasciné par la Formule 1

Honda Sôichirô naît le 17 septembre 1906 à Kômyô, un petit village de la préfecture de Shizuoka aujourd’hui englobée dans la ville de Hamamatsu. Son père est un modeste forgeron faisant aussi office de réparateur de bicyclettes. C’est lui qui transmet à son fils sa passion pour tout ce qui touche à la mécanique. À l’âge de 15 ans, le jeune garçon quitte son village natal pour Tokyo où il travaille en tant qu’apprenti dans un atelier de réparation de voitures. Il semble nourrir dès lors le rêve de devenir constructeur automobile.

Six ans plus tard, le patron de l’atelier invite le jeune Sôichirô à ouvrir un garage à Hamamatsu. Fort du succès de sa première entreprise, il en créé une seconde, en 1937. Cette nouvelle firme, appelée Tôkai Seiki, est spécialisée dans la production de segments de piston (anneaux fendus), des pièces qui jouent un rôle capital dans le fonctionnement des moteurs à explosion. En passant du statut de garagiste à celui de fabriquant de pièces détachées, Honda Sôichirô entame ainsi un premier pas vers la réalisation de son rêve.

Tôkai Seiki connaît un essor rapide jusqu’à ce que la défaite du Japon à l’issue de la Seconde Guerre mondiale vienne y mettre un terme. La période chaotique de l’immédiat après-guerre n’empêche pas toutefois Honda Sôichirô de continuer à aller de l’avant. Dès 1948, il fonde une troisième entreprise, la fameuse Honda Motor, où il commence à produire des motocyclettes. Il a alors 42 ans.

Grâce à son génie en matière de mécanique, les affaires de Honda Sôichirô prospèrent, si bien qu’à un moment donné, il se sent prêt à fabriquer des automobiles dans ses usines. C’est ainsi qu’en 1963, à l’âge de 57 ans, il réalise enfin son rêve de jeunesse. Loin de se reposer sur ses lauriers, il annonce aussitôt que des voitures de Honda Motor participeraient aux épreuves de Formule 1, la catégorie reine du sport automobile.

Un pari audacieux pour un constructeur dont la production en matière de quatre-roues se limite encore à des camionnettes de petite cylindrée… Mais Honda Sôichirô a confiance dans les capacités techniques de son entreprise. Après tout, ses motos dominent déjà les compétitions internationales. Il n’hésite donc pas à aligner dès 1964 des prototypes dans les courses de Formule 1, une première dans l’histoire de la construction automobile japonaise. Et l’année suivante, une des voitures de l’écurie Honda remporte le Grand Prix automobile du Mexique de F1 et une autre arrive à la 5e place.

Un dirigeant d’entreprise à la fois intraitable et très humain

En tant que dirigeant, Honda Sôichirô a un double visage. Pour aller de l’avant, il explore de nouvelles voies avec une telle exigence du point de vue du travail qu’il se montre parfois d’une extrême sévérité. Mais il sait également faire preuve d’une grande humanité ainsi que d’une considération et d’une compréhension naturelles pour ceux qui le secondent. C’est sans doute pourquoi ses collègues et ses employés restent d’une loyauté à toute épreuve à son égard, malgré l’intransigeance dont il est capable dans le cadre du travail. La façon dont cet homme à la main de fer dans un gant de velours dirige son entreprise lui vaut d’être aimé et respecté par tous.

Honda Sôichirô (à gauche, au premier plan) en train de donner des instructions à des ingénieurs en dessinant des schémas sur le sol. Photo prise en 1962 dans le Centre de recherches et de développement de Wakô de Honda Motor, au moment de la mise au point des cabriolets (roadsters) S-series. Le véhicule en cours de montage que l’on voit à l’arrière-plan fait partie de ces fameux Honda S-series.

  • [26.02.2019]

Président de l’Université internationale du Japon depuis 2017. Professeur émérite de l’Université Hitotsubashi depuis 2008. Spécialiste du management. Diplômé de la faculté des sciences commerciales de l’Université Hitotsubashi (1967). Titulaire d’un doctorat de l’Université Carnegie-Mellon (CMU) de Pittsburgh, aux États-Unis, obtenu en 1972. Il enseigne ensuite à la faculté des sciences commerciales de l’Université Hitotsubashi où il devient professeur titulaire en 1985. Il est également professeur à l’Institut de recherches sur l’innovation de l’Université des sciences de Tokyo, et professeur invité à l’Université Stanford, en Californie. Décoré de la médaille d’honneur au ruban pourpre du gouvernement japonais en 2005. Auteur de divers ouvrages dont Keiei senryaku no ronri (« La logique de la stratégie d’entreprise », Nihon Keizai Shimbun Shuppansha, 2012) et Ningen no tatsujin : Honda Sôichirô (« Honda Sôichirô : un expert en matière d’hommes », PHP Kenkyûjo, 2012).

Articles liés
Autres articles dans ce dossier
  • Donald Keene : une vie dévouée à la cause de la littérature japonaiseLe 24 février 2019, le grand spécialiste de la littérature et de la culture japonaises Donald Keene est mort à Tokyo, à l’âge de 96 ans. Tout au long de sa vie, il s’est efforcé de diffuser la langue et la civilisation japonaises dans les pays anglophones, comme son contemporain René Sieffert (1923-2004) en France. Cet article retrace le parcours exceptionnel d’un érudit doublé d’un traducteur hors pair. Tout a commencé il y a près de 80 ans, le jour où dans une librairie de New York, il a acheté un exemplaire du Dit du Genji traduit en anglais, un monument de la littérature japonaise.
  • Le voyage de Lafcadio Hearn au cœur de l’esprit japonaisLafcadio Hearn (1850-1904), alias Koizumi Yakumo, est connu pour les écrits qu’il a publiés sur le Japon à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, notamment ses réécritures d’histoires de fantômes. Son arrière-petit-fils Koizumi Bon revient sur la vie de son célèbre ancêtre.
  • Les « cinq génies de Chôshû » et la fondation d’un État moderne au JaponPeu avant la Restauration de Meiji (1868), cinq jeunes samouraïs du fief de Chôshû, la préfecture actuelle de Yamaguchi, se sont rendus clandestinement en Angleterre. À leur retour, ces intrépides jeunes gens sont devenus des personnages majeurs de l’histoire du Japon, en contribuant largement à la modernisation de l’Archipel grâce aux connaissances et aux compétences linguistiques qu’ils avaient acquises durant leur séjour à l’étranger.
  • Saigô Takamori, le « dernier samouraï » de l’histoire du JaponSaigô Takamori est l’un des personnages les plus populaires de l’histoire du Japon moderne, notamment en tant qu’incarnation du mythe du héros vaincu. Voici un aperçu du parcours tragique et contrasté de ce guerrier d’origine modeste qui a été l’un des principaux artisans de la Restauration de Meiji (1868). À l’occasion des 150 ans de cet événement historique, penchons-nous à nouveau sur cette existence hors du commun.
  • Andô Momofuku, le génial inventeur des nouilles instantanéesLes nouilles instantanées seraient-elles une invention de génie ? Il suffit d’y ajouter un peu d’eau chaude et d’attendre quelques minutes pour obtenir un plat prêt à déguster à tout moment et en tout lieu. Elles ont fait leur première apparition sous la forme des Chicken Râmen – des nouilles instantanées au poulet en sachet – élaborées par Andô Momofuku (1910-2007), dans un petit atelier situé dans l’arrière-cour de sa maison.

Nippon en vidéo

Derniers dossiers

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone