Dossier spécial La modernité de l’esthétique traditionnelle
« Raihô-shin », les visites rituelles de divinités masquées
[11.01.2019]

L’Unesco a ajouté en 2018 le rituel japonais raihô-shin, les visites de divinités masquées et costumées, à sa liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. À cette occasion, nous vous présentons les effrayantes divinités les plus célèbres de la région du Tôhoku, au nord-est du Japon.

En novembre 2018, le comité intergouvernemental de l’Unesco a décidé d’inclure « les Raihô-shin, visites rituelles de divinités masquées et costumées » dans le patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Chaque année à une date précise, ces divinités rendent visite aux communautés pour garantir bonheur et bonnes récoltes. Le Namahage de la péninsule d’Oga (préfecture d’Akita) est un des raihô-shin les plus connus. Au cours de ces rituels impressionnants, des adultes ayant revêtu les masques et costumes de divinités visitent les maisons de la communauté.

Le Namahage est une divinité qui apporte le bonheur aux habitants. (Photo avec l’aimable autorisation de la ville d’Oga)

Parmi les rituels inscrits au patrimoine immatériel figurent celui de la préfecture d’Okinawa, le Paantou de l’île de Miyako, et celui d’Ishikawa, le Amamehagi de la péninsule Noto. En comptant celui de Kagoshima, le Toshidon de l’île de Koshiki, déjà reconnu par l’Unesco en 2009, ce sont 10 rituels raihô-shin célébrés dans 8 préfectures qui font désormais partie du patrimoine immatériel de l’humanité.

Quatre raihô-shin de la région du Tôhoku ont été sélectionnés : celui de la préfecture d’Akita (Namahage d’Oga), d’Iwate (Suneka de Yoshihama), de Miyagi (Mizukaburi de Yonekawa) et Yamagata (Koshôgatsu de Yuza).

Le plus connu : le Namahage (Akita)

Un Namahage en visite dans une maison (Photo avec l’aimable autorisation de la ville d’Oga)

La veille du Nouvel An se tient le Namahage dans la ville d’Oga (préf. Akita). Les Namahage, divinités vêtues d’un masque terrifiant et d’un habit en paille et brandissant un grand couteau, visitent les maisons en s’écriant : « Y a-t-il des enfants qui pleurent ou qui n’obéissent pas à leurs parents ? » Les enfants, effrayés, promettent qu’ils ne se comporteront plus de mauvaise manière. Les parents offrent alors de la nourriture et du saké à la divinité, qui finit par s’en aller de bonne humeur.

Le festival Namahage Sedo, organisé tous les ans en février (Photo avec l’aimable autorisation de la ville d’Oga)

Le Namahage est à l’origine un rituel uniquement pratiqué au Nouvel An dans une région restreinte du nord du Japon. Mais pour le grand public, il est possible d’en faire l’expérience au festival Namahage Sedo, organisé au sanctuaire Shinzan, dans la ville d’Oga, le deuxième vendredi, samedi et dimanche du mois de février.

Dans ce sanctuaire considéré pour être à l’origine du rituel Namahage, une cérémonie est tenue pour débuter le festival : autour d’un grand feu, des jeunes hommes reçoivent des masques purifiés par un prêtre shintô, avant de se déguiser en Namahage et de s’en aller dans la montagne. Avec ces créatures à l’allure terrifiante, torche à la main, en train de défiler dans un paysage enneigé, la scène est tout simplement surnaturelle… Un autre spectacle appelé « Namahage Taiko » (Tambours des Namahage) n’est pas à rater non plus.

Des Namahage défilant torche à la main dans la neige (Photo avec l’aimable autorisation de la ville d’Oga)

Près du sanctuaire Shinzan, le musée Namahage organise des expositions ainsi que des projections des rituels du Nouvel An sur grand écran. Et juste à côté, le musée folklorique Oga Shinzan permet aux visiteurs de faire l’expérience des rituels grâce à des reproductions fidèles qui sont tenues dans une maison traditionnelle japonaise.

Un rituel Namahage tenu dans une maison traditionnelle, au musée folklorique Oga Shinzan (Photo avec l’aimable autorisation de la ville d’Oga)

Le terme Namahage serait dérivé de l’expression namomi hagi, qui signifie « arracher les cloques ». Ces dernières, causées par une exposition prolongée au feu, sont des symboles de paresse. En effet, l’expression fait allusion à un (trop) long moment passé au chaud devant le foyer. Le fait « d’arracher les cloques » représente une punition contre la fainéantise. Le Namahage est un rituel pour méditer sur l’année qui s’est terminée et prier pour le succès de celle qui commence. Malgré son apparence effrayante, c’est une divinité chaleureuse et drôle.

  • [11.01.2019]
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