La route semée d’embûches de Noda Yoshihiko

Shiraishi Takashi [Profil]

[16.11.2011] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Une nouvelle administration dirigée par le Premier ministre Noda Yoshihiko a pris ses fonctions le 2 septembre dernier. Selon un sondage mené par le Yomiuri Shimbun les 2 et 3 septembre, publié le 4, le nouveau gouvernement bénéficiait alors du support de 65 % de la population. Un autre sondage, publié dans l’édition du 4 septembre du Mainichi Shimbun indiquait un support légèrement inférieur avec 56 %, résultat qui reste bien plus élevé que les mornes 15 % obtenus par le cabinet du prédécesseur de Noda, Kan Naoto, lors d’un sondage mené les 20 et 21 août, publié par Mainichi le 22.

Toutefois, de tels résultats sont susceptibles d’être éphémères. Ce qui est plus préoccupant est la perte de confiance de la population vis-à-vis du gouvernement. À titre d’exemple, un sondage mené les 3 et 4 septembre par le Yomiuri Shimbun demandait de noter la performance de diverses organisations ou groupes suite au désastre provoqué par le séisme survenu dans l’Est du Japon en mars. Les forces d’auto-défense obtiennent un taux élevé de satisfaction à hauteur de 82 %, suivies par les volontaires (73 %), les pompiers (52 %), les autorités locales des régions concernées (42 %) et la police (40 %). Mais le score du gouvernement ne dépasse pas 6 % et celui de la Diète 3 %. Si l’on tient compte de l’attitude affichée par le Premier ministre Kan, qui semblait plus intéressé par le prolongement de sa main-mise sur le pouvoir que par la résolution de la crise post-séisme, de tels résultats ne sont pas surprenants. Mais avec une si faible confiance de la population, il sera extrêmement difficile pour n’importe quel gouvernement de mener une politique audacieuse sur des thèmes à propos desquels l’opinion publique est divisée, tels que la participation du Japon aux négociations du Partenariat transpacifique (TPP) et la réforme combinée du système de sécurité sociale et de la fiscalité.

Cette difficulté est devenue évidente durant le premier mois au pouvoir de l’administration Noda. Le 27 septembre, son cabinet et les partis de la majorité gouvernementale sont parvenus à un accord sur une série d’augmentations temporaires de certains impôts pour aider à financer l’effort de reconstruction, incluant une hausse de l’impôt national sur le revenu, des taxes locales des particuliers, des impôts sur les sociétés et de la taxe sur le tabac pour une période de 3 à 10 ans. Mais aboutir à cette décision n’a pas été sans peine.

Le 16 septembre la commission gouvernementale sur la fiscalité a émis deux propositions à soumettre au gouvernement et aux partis de la coalition majoritaire, centrées sur une hausse des impôts des particuliers et sur les sociétés. Selon les médias, la commission avait en fait émis trois propositions, mais lorsque le ministre des Finances Azumi Jun les a transmis au Premier ministre Noda, il a reçu l’ordre d’exclure celle prévoyant une hausse de la taxe sur la consommation, puisqu’il avait déjà été décidé d’y recourir pour dégager des fonds au profit de la sécurité sociale, de plus l’opposition à toute hausse de cette taxe s’enracine profondément dans les rangs du Parti démocrate du Japon au pouvoir. En dépit de ce mouvement de Noda pour apaiser les membres de son propre parti, la séance plénière de la commission d’étude sur le système fiscal du PDJ tenue le 26 septembre pour obtenir l’approbation sur la proposition du gouvernement a soulevé une puissante vague d’opposition et la décision finale a dû être repoussée au lendemain.

Selon un sondage publié par Mainichi le 4 septembre, 53 % des personnes interrogées approuvent l’idée d’augmenter la taxe sur la consommation afin de dégager des fonds au profit de la sécurité sociale et de l’effort de reconstruction suite à la catastrophe du mois de mars, mais une substantielle minorité (43 %) s’y oppose. Avec une telle scission de l’opinion publique, il n’est pas surprenant que les opinions à propos de la réforme fiscale soient nettement divisées à l’intérieur du Parti démocrate du Japon.

Mais à la vue des résistances auxquelles font face l’administration Noda au sein du PDJ même lorsqu’il s’agit de mesures liées à la catastrophe, je ne peux m’empêcher de m’inquiéter pour l’avenir des plans de réformes combinés de la sécurité sociale et de la fiscalité. Fin juin, le gouvernement et les partis de la majorité trouvèrent un accord qui inclut une hausse de la taxe sur la consommation. Le gouvernement devrait soumettre l’année prochaine à la Diète les articles de lois liés à cette hausse, qui prévoient de relever progressivement le taux actuel de 5 % à 10 % jusqu’au milieu de la décennie. Mais la confiance de la population vis-à-vis du gouvernement et des députés est au plus bas, comme noté précédemment, tandis que la prochaine élection générale de la chambre des représentants approche. Dans ce contexte difficile, comment l’administration Noda va t-elle bien pouvoir maintenir un engagement fort et stable dans l’agenda de cette réforme combinée ?

Développements intéressants au Myanmar

On a récemment pu observer au Myanmar (Birmanie) une succession de changements dignes d’attention. Ce pays vivait sous régime militaire depuis le coup d’état de 1988, mais des élections législatives ont été organisées en novembre 2010, et le corps législatif réuni à la fin du mois de janvier de cette année a désigné Thein Sein à la présidence le 4 février. Initialement, le transfert des pouvoirs à un gouvernement civil a été perçu comme une manœuvre de façade. Près de 80 % des sièges de la nouvelle assemblée étaient détenus par le Parti de la solidarité et du développement de l’Union, le camp de la junte, tandis que le nouveau président avait exercé au poste de Premier ministre sous le régime militaire.

Mais le Conseil d’État pour la paix et le développement, qui fut le l’organe de décision suprême sous la junte, a été dissous et en août il était devenu parfaitement clair que le général-major Than Shwe, qui dirigeait ce conseil, se retirerait.

Des changements au plus haut niveau du gouvernement, accompagnés d’événements tout aussi intéressants. Fin mai, Thein Sein s’est rendu en Chine, sa première destination hors de l’Asie du Sud-Est depuis son accession à la présidence. Thein Sein et le président chinois Hu Jintao ont conclu un accord pour hisser les relations entre leurs deux pays au niveau d’un partenariat stratégique global, qui étend leur collaboration à des secteurs tels que l’énergie, la production d’électricité et les infrastructures de transport.

Depuis 1988, la Chine a fourni au Myanmar une assistance économique et militaire conséquente et met en œuvre depuis peu d’importants projets de coopération économique. Par exemple, l’an dernier les entreprises chinoises étaient impliquées dans soixante-trois projets de développement hydroélectrique et dans la construction d’oléoducs et de gazoducs, ainsi que d’une autoroute reliant Kunming, capitale de la région du Yunnan en Chine, et Kyaukpyu, ouverture portuaire du Myanmar sur l’océan Indien. En janvier de cette année, le cumul total des investissements directs chinois au Myanmar a atteint 9,6 milliards de dollars (740 milliards de yens), la Chine ravissant ainsi à la Thaïlande la place de premier investisseur. Quant aux échanges commerciaux bilatéraux, ils se chiffraient l’an passé à hauteur de 4,4 milliards de dollars (340 milliards de yens), soit une augmentation de 50 % par rapport à 2009. Il était donc naturel pour le nouveau président de choisir la Chine comme première destination en dehors de la région.

Toutefois, un événement inattendu est survenu entre-temps. En avril, le Myanmar s’est porté candidat à la présidence de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) en 2014. A l’origine, le Myanmar aurait dû tenir ce rôle en 2006, mais le pays s’était trouvé dans l’obligation de céder sa place sous la pression d’autres membres de l’ASEAN, inquiets d’un éventuel boycott des forums de l’ASEAN de la part des pays occidentaux si le Myanmar en assurait la présidence.

Pour que le Myanmar puisse à l’avenir tenir cette présidence, il lui faudra fournir des résultats concrets en matière de politique intérieure, dont la libération de prisonniers politiques. L’annonce de sa candidature montre que le nouveau gouvernement se tient prêt à opérer dans ce sens. En août, le président Thein Sein a rencontré Aung San Suu Kyi, symbole du mouvement pour la démocratie au Myanmar, et les discussions entre Aung San Suu Kyi et le gouvernement semblent avoir depuis considérablement progressées. Le 30 septembre, elle a rencontré le ministre du Travail Aung Kyi, qui a par la suite déclaré qu’ils avaient discuté un plan pour accorder l’amnistie à des prisonniers politiques. Le même jour le président Thein Sein a rapporté aux députés la décision du gouvernement de suspendre la construction du barrage hydroélectrique de Myitsone, un projet de 3,6 milliards de dollars (277 milliards de yens) entrepris avec l’aide de la Chine sur la rivière Irrawaddy, dans l’état de Kachin. Cette décision de mettre entre parenthèses un projet qui rencontrait entre autres l’opposition des rebelles de la minorité ethnique kachin a montré que le gouvernement donnait la priorité à la réconciliation nationale au détriment de la coopération économique avec la Chine.

Manifestement, l’administration Thein Sein se concentre sur une conciliation avec les dissidents locaux et sur la croissance économique afin d’améliorer le niveau de vie de la population, recherchant dans ce but la levée des sanctions imposées par les pays occidentaux. Et récemment l’économie s’est montrée performante. D’autre part, les investissements étrangers directs ont bondi pour atteindre environ 20 milliards de dollars (1,5 billion de yens) en 2010, chiffre supérieur au cumul des années 1988 à 2009 (16 milliards de dollars). Le Myanmar a par ailleurs entamé une coopération économique avec d’autres pays que la Chine. Le meilleur exemple en est le développement de Dawei, ville du sud du pays. Un projet de grande envergure, pour un coût total de 58 milliards de dollars (4,5 billions de yens), visant à créer un port qui servira de porte d’entrée sur l’océan Indien à un couloir Est-Ouest reliant le Myanmar à la Thaïlande, au Cambodge et au Vietnam ; les plans appelant également la construction d’usines et de raffineries.

Le nouveau gouvernement du Myanmar, comme ceux de nombreux pays de l’Est de l’Asie, semble ainsi avoir identifié la croissance économique comme sa principale priorité politique. Et pour réussir, il a besoin d’obtenir la levée des sanctions imposées par les pays occidentaux, de renforcer ses relations avec la communauté internationale et de poursuivre une coopération économique avec le Japon et d’autres pays. Ce qui aura aussi pour effet d’éviter au Myanmar de devenir trop dépendant de la Chine.

La Chine déploie une grande énergie dans la coopération économique avec ses voisins du sud, plus particulièrement avec la sous-région dite du Grand Mékong, où elle est impliquée dans la construction d’autoroutes et de voies ferroviaires à grande-vitesse, le développement de sources d’énergie hydroélectrique, et l’extension du réseau de distribution électrique. La province du Yunnan est déjà devenue le centre d’un réseau en étoile reliant le Vietnam, la Thaïlande et le Myanmar. Mais pour favoriser la croissance économique de la région et l’intégration des marchés, ces pays d’Asie du Sud-Est doivent également développer leurs liens Est-Ouest.

Comme noté précédemment, le Myanmar est sous sanctions de pays occidentaux depuis 1988, mais là aussi on a récemment pu observer les signes d’un changement. Le 29 septembre à Washington, le ministre des Affaires étrangères Munna Waung Lwin a rencontré des officiels du gouvernement des États-Unis, dont Kurt Campbell, secrétaire d’État adjoint aux affaires de l’Asie de l’Est et du Pacifique, et Derek Mitchell, émissaire américain et coordinateur politique en charge du Myanmar. Si le gouvernement du Myanmar réalise des avancées concrètes pour accomplir une réforme politique, qui passe par l’amnistie de prisonniers politiques, les États-Unis et d’autres nations pourraient lever leurs sanctions.

En résumé, la possibilité d’un grand changement a émergé au Myanmar. Une évolution bienvenue, suite à laquelle le ministre des Affaires étrangères Genba a annoncé mi-octobre la reprise de l’aide Japonaise au Myanmar.

(D’après un original en japonais.)

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  • [16.11.2011]

Obtient son doctorat en histoire à l’Université Cornell aux Etats-Unis. Actuellement président du Collège doctoral de recherche politique (GRIPS), président de l’Institut des Economies en Développement, Organisation Japonaise du Commerce Extérieur et membre exécutif du Conseil pour les Politiques des Sciences et des Technologies, Bureau du Cabinet du Premier ministre. Ses travaux incluent Teikoku to sono genkai (L’Empire et ses limites) et Beyond Japan : The Dynamics of East Asian Regionalism (coédition). Conseiller senior du comité consultatif de rédaction de Nippon.com.

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