Pour une stratégie à moyen et long terme

Shiraishi Takashi [Profil]

[26.06.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Lors des réunions du Sommet Japon – Chine – Corée du Sud, organisé le 13 mai à Pékin, les trois pays ont donné leur accord pour que les négociations en vue de la signature d’un Traité de libre échange (Free Trade Agreement = FTA) débutent dans le courant de l’année. Les exportations du Japon vers la Chine et la Corée du Sud se montent à près de 30 % du total des exportations du pays et la suppression des droits de douane représentera un avantage considérable pour le Japon. D’après des calculs approximatifs, le traité FTA entre le Japon, la Chine et la Corée du Sud permettrait d’augmenter le PIB japonais de près de 0,3 %. Par conséquent, l’accord sur le début des négociations a été bien accueilli. Il est toutefois difficile de prévoir si, conformément à cet accord, les négociations vont bien commencer dans l’année. En effet, le commerce de la Corée du Sud par rapport au Japon est déficitaire. En outre, si l’on considère la compétition en Chine entre le Japon et la Corée, il est préférable et plus conforme à la raison pour la Corée de préparer le terrain pour les entreprises coréennes dans le cadre d’un traité FTA sino-coréen que de négocier sur le même terrain dans le cadre d’un FTA tripartite.

Il est impossible de refuser de participer au TPP

Dans ce cas, que faire ? Il faut décider de participer aux négociations du Partenariat transpacifique (TPP). Si les trois pays ont donné leur accord pour démarrer les négociations du FTA « dans l’année » cette fois-ci, c’est parce que le Japon a affirmé l’an dernier au mois de novembre son intention d’entamer les discussions en vue de sa participation aux négociations du TPP. Toutefois, le gouvernement japonais n’a toujours pas avancé ces discussions. Lors du dîner organisé à l’occasion de la 18ème Conférence Internationale sur l’Avenir de l’Asie du 24 mai, le Premier ministre japonais, Noda Yoshihiko, a parlé de promouvoir la croissance économique de l’Asie en s’appuyant sur les deux piliers des discussions pour la participation aux négociations du TPP et sur les négociations FTA avec les pays d’Asie et du Pacifique. Mais il n’a pas dit que le Japon participerait aux négociations du TPP. La polémique concernant la réforme conjointe de la fiscalité et de la securité sociale devrait en arriver à son terme très prochainement et il s’agit probablement à présent d’éviter de diviser davantage le Parti Démocrate en prenant une décision sur la participation aux négociations du TPP. Nous pouvons le comprendre. Mais il n’est pas sage de mettre trop de temps à prendre cette décision.

En ce qui concerne le TPP, les débats se placent sur deux niveaux différents, à savoir le Japon doit-il ou non participer aux négociations du TPP et s’il y participe, que doit-il protéger et que doit-il concéder ? La prospérité du Japon après la Seconde guerre mondiale doit beaucoup à l’ordre de l’économie mondiale libérale, principalement axé sur les États-Unis. Cet ordre est entré dans une période de profonds changements avec la montée en puissance de nouvelles nations, à commencer par la Chine.

Le cycle de Doha de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) s’est soldé par un échec et c’est pour cela que de nombreux pays cherchent à conclure des traités de libre-échange avec des pays et des régions économiquement proches afin d’élargir leur marché conformément à des règles les plus avantageuses possibles.

Les nouvelles nations vont devenir de plus en plus puissantes sur le plan économique. L’Asie est d’ores et déjà le centre de la croissance mondiale en raison de la progression économique de la Chine, de l’Inde, de l’Indonésie, des Philippines et du Vietnam, entre autres. Dans cette optique, comme le montre le discours prononcé par le Président Obama devant le Parlement australien en novembre de l’an dernier, les États-unis, en se fixant pour objectif de construire dans la région Asie-Pacifique, « un système économique international ouvert, basé sur la liberté et l’égalité du commerce et sur le respect de ses règles » ont pris le TPP comme modèle. Le TPP est la pierre de touche de l’ordre économique mondial dans la région Asie-Pacifique au XXIe siècle. Il est donc impossible que le Japon refuse d’y participer.

Cela ne veut pas dire que le Japon doit tout concéder lors des négociations afin de participer au TPP. Les négociations servent aussi bien à acquérir qu’à accorder quelque chose. Mais chacun sait que jusqu’à présent, l’assouplissement des critères de sécurité alimentaire, le système public d’assurance médicale ou encore l’accueil des travailleurs étrangers n’ont pas été à l’ordre du jour pendant les réunions. La question la plus importante laissée en suspens, c’est l’influence du traité sur l’agriculture. Mais l’agriculture japonaise, que le Japon participe ou non au TPP, est destinée à disparaître dans un avenir relativement proche si les choses demeurent en l’état, en considérant que l’âge moyen des agriculteurs dépasse les 65 ans (à l’heure actuelle en 2010) en raison non seulement du vieillissement de la population mais également de l’absence de successeurs. La politique agricole actuelle se doit de chercher à promouvoir, à l’occasion de la participation au TPP, une agriculture compétitive sur le plan international.

Utiliser avec flexibilité la production conjointe des équipements de défense

Le 6 juin, la Commission d’étude sur les bases des industries et des technologies de défense a présenté au ministre de la Défense son rapport final. Pour autant que je sache, il s’agissait du premier rapport relatif à la sécurité du Japon et aux bases des industries et technologies de défense. Ayant eu l’occasion de présider cette commission, je vais présenter ici les points essentiels.

Le ministère de la Défense et les Forces d’autodéfense ont besoin, afin d’accomplir leur mission, d’armes à feu, de véhicules, de matériels et d’équipements, de balles et d’explosifs, d’armes télécommandées, de matériel de communication électronique, de navires, d’avions, etc. Pour ces « bases de production et des technologies de défense » — bases en ressources humaines, en matériel et en technologies requises afin de mettre au point, de manufacturer, d’utiliser, de maintenir, de remanier et de réparer ces équipements —, le Japon dépend exclusivement des entreprises privées. Et de surcroît, l’envergure de ce marché est extrêmement petite. Le montant de la production destinée au ministère de la Défense est d’environ 2 mille milliards de yens, ce qui représente à peine 0,8 % des 250 mille milliards du montant de la production industrielle du pays. En outre, il est difficile d’espérer, au vu de la gravité de la crise financière actuelle, que le budget de la défense augmente considérablement dans un proche avenir ou que l’envergure du marché s’agrandisse. En fait, le montant des contrats pour les principaux équipements a été de 687 milliards de yens pour l’exercice 2012 alors que les frais de maintenance des matériels se sont montés à 778,6 milliards de yens et cette situation, dans laquelle les frais de maintenance sont supérieurs aux achats d’équipements neufs, se poursuit depuis 2005.

En revanche, les avions, les navires et les autres équipements deviennent de plus en plus sophistiqués et complexes et, par conséquent, leur prix d’achat est élevé et les quantités de fourniture diminuent. En résultat de ce double cercle vicieux, la rentabilité des industries de défense est réduite et il devient de plus en plus difficile pour les entreprises de conserver des secteurs de recherche et de manufacture en relation avec des équipements de défense dont les usages ne peuvent être diversifiés. Si les choses restent telles quelles, les bases même de la production et des technologies de défense à l’intérieur du pays ne pourront peut-être plus être maintenues.

Alors, que peut-on faire ? Voilà la question. Il est actuellement impossible de maintenir à l’intérieur du pays la totalité des bases de la production et des technologies de défense. Pour construire la « défense dynamique » dont parlent les principes fondamentaux de défense, il sera nécessaire de sélectionner les bases qui devront absolument être conservées dans le pays et planifier leur maintenance, leur croissance et leur perfectionnement. Une réorganisation par le gouvernement de la défense à moyen et long terme en renforçant les bases sélectionnées permettra aux entreprises du secteur de maîtriser leurs risques pour effectuer des investissements et procéder à la recherche et au développement ainsi qu’à la formation de ressources humaines dans une perspective à long terme.

Donc, que faut-il prendre en considération pour élaborer une telle stratégie ? La plupart des entreprises japonaises en relation avec la défense conservent un équilibre avec leurs secteurs civils. Toutefois, depuis le choc Lehman, en raison de la cherté du yen, de la forte imposition sur les entreprises et de l’insuffisance d’électricité, même les secteurs civils de ces entreprises sont dans une situation difficile. D’autre part, contrairement à ce que l’on peut voir dans les industries militaires d’autres pays du monde, il est difficile d’envisager au Japon un agrandissement du marché vers l’extérieur, une augmentation de la productivité par une coopération entre industries, administration et universités dans la recherche et développement, ou encore une réorganisation du secteur réalisée par des fusions d’entreprises.

D’après la déclaration du chef du cabinet du Premier ministre en décembre de l’an dernier, le gouvernement devrait réviser les Trois principes sur les exportations d’armes et prendre des « mesures exceptionnelles globales » au lieu des mesures exceptionnelles prises individuellement jusqu’à présent. En effet, seules les armes produites nationalement sont exportables aujourd’hui en raison de ces Principes. Mais leur assouplissement permettra d’élargir la notion de « national » et d’intégrer la production conjointe, « dans le cas où le pays concerné a des relations de coopération avec le Japon sur le plan de la sécurité et où ces opérations conjointes avec ledit pays contribuent à assurer la sécurité nationale ».

Les difficultés inhérentes au développement et à la production conjointe sont connues de tous. Mais un usage judicieux permettra d’espérer la réduction des coûts et la répartition des risques liés au développement des technologies et de la production des équipements de la prochaine génération, ainsi que d’autres résultats positifs sous différents aspects : le maintien, la croissance et le perfectionnement des bases commerciales des entreprises ; l’accès de ces firmes aux technologies de pointe et l’agrandissement du marché pour les industries des pièces détachées. Pour l’avenir de l’industrie de défense au Japon, nous souhaitons que le gouvernement fasse preuve, dans la mesure du possible, de souplesse et de flexibilité dans ses applications. (7 juin 2012)

  • [26.06.2012]

Obtient son doctorat en histoire à l’Université Cornell aux Etats-Unis. Actuellement président du Collège doctoral de recherche politique (GRIPS), président de l’Institut des Economies en Développement, Organisation Japonaise du Commerce Extérieur et membre exécutif du Conseil pour les Politiques des Sciences et des Technologies, Bureau du Cabinet du Premier ministre. Ses travaux incluent Teikoku to sono genkai (L’Empire et ses limites) et Beyond Japan : The Dynamics of East Asian Regionalism (coédition). Conseiller senior du comité consultatif de rédaction de Nippon.com.

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