La longue route vers la réconciliation en Asie de l’Est

Kawashima Shin [Profil]

[03.09.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Regarder de l’avant tout en confirmant la déclaration Murayama

Le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale est à présent le sujet de bien des discussions. Et au Japon, les médias ont fait de nombreuses références aux quatre termes: « agression », « régime colonial », « profonds regrets » et « excuses ». Il s’agit en effet des mots clés en relation avec les actions du Japon avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, qui sont apparus dans les déclarations du Premier ministre Murayama Tomiichi en août 1995 pour le 50e anniversaire de la fin de la guerre, et du Premier ministre Koizumi Junichirô, en août 2005, pour ce même 60e anniversaire. Ces déclarations ont été, jusqu’à un certain degré, favorablement accueillies par les autres pays d’Asie, comme on peut le voir, notamment, dans le discours prononcé par le Premier ministre chinois Wen Jiabao à la Diète du Japon en avril 2007. Le Premier ministre actuel, Abe Shinzô, a déclaré que son administration retiendrait « dans l’ensemble » l’adhésion à ces déclarations précédentes. Il s’agit certainement là d’une opinion. Il n’empêche que ces quatre mots à eux seuls ne sauraient exprimer la totalité des questions historiques existant entre le Japon et ses voisins.

Le rapport présenté récemment au Premier ministre par la Commission sur l’histoire du XXe siècle et le rôle du Japon dans l’ordre mondial au XXIe siècle qu’il a lui-même établie, revient sur le passé mais reprend également les thèmes de la réconciliation après-guerre et d’une vision future. Ce rapport se distingue par l’accent qu’il met sur la réconciliation après-guerre.

Le processus de consolidation de la paix après-guerre en Asie de l’Est

Tout conflit armé entraînant de nombreuses victimes, qu’il s’agisse d’une guerre mondiale ou d’un conflit régional, laisse un héritage négatif dans les nations concernées, les vainqueurs comme les vaincus. Il apparaît sous des formes variées, comme des querelles entre les nations défaites pour savoir qui a été responsable du résultat, ou des rivalités entre les pays victorieux pour s’attribuer les mérites de leurs exploits. La question de la perception historique – qui est généralement vue ici, au Japon, comme se référant aux différences entre l’interprétation de notre pays et celles de nos voisins sur l’histoire du Japon avant et pendant la guerre – est en réalité présente dans tous les pays du monde.

« La consolidation de la paix » fait partie des domaines abordés dans les études académiques des relations internationales. Les recherches sur ce sujet se penchent sur le processus par lequel un ordre pacifique est reconstruit parmi les pays et les régions après qu’ils soient passés par la guerre ou tout autre conflit armé. Que s’est-il passé en Asie de l’Est au lendemain de la Guerre sino-japonaise de 1937-45 et de la Seconde Guerre mondiale ? Quelle sorte de consolidation de la paix a pris place ici ? Et a-t-elle conduit à une véritable réconciliation entre les anciens ennemis ?

Le processus de recherche de la réconciliation commence avec les efforts diplomatiques entre les États et se tourne progressivement vers les sociétés des pays concernés. La réconciliation doit être poursuivie aussi bien entre les gouvernements qu’entre les communautés.

Sur le front diplomatique, la première étape déterminante est la conclusion d’un traité de paix et l’établissement de relations diplomatiques normales. Mais cet ensemble de formalités est toute juste une première étape. Essentielle, bien entendu, puisque rien ne peut être accompli sans que les pays concernés ne soient en paix l’un avec l’autre. Mais même si les États signent un traité de paix dans lequel ils conviennent que la question des réparations a été réglée, ceci seul ne peut guérir les blessures laissées par le conflit sur les peuples de ces nations. Et si leur éducation sur l’histoire insiste sur la légitimité des actions de leur pays en temps de guerre, les sentiments d’animosité vis-à-vis des anciens ennemis seront probablement persistants et pourront même aller en s’intensifiant.

  • [03.09.2015]

Président du comité consultatif de rédaction de Nippon.com. Né en 1968 à Tokyo, il obtient en 1992 un diplôme de chinois à l'Université des langues étrangères de Tokyo. Il étudie ensuite à l'Université de Tokyo où il passe son doctorat en histoire. D'abord maître de conférence à l'Université de Hokkaido, puis le même poste à l'Université de Tokyo, il devient professeur à la même université en avril 2015. Auteur notamment de Chūgoku kindai gaikō no keisei (La formation de la politique étrangère chinoise moderne), 2004, et de Kindai kokka e no mosaku 1894-1925 (Vers un état moderne, 1894-1925), 2010.

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