L’impact sur le Japon de la rencontre historique entre les présidents chinois et taïwanais

Kawashima Shin [Profil]

[14.01.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

Que change la rencontre entre Xi Jinping et Ma Ying-jeou ?

Le 7 novembre 2015, Xi Jinping, président de la République populaire de Chine et Ma Ying-jeou, président de la République de Chine (Taïwan), se sont rencontrés à Singapour, un événement qualifié d’historique par de nombreux médias internationaux. Les deux parties ont en effet maintenu une relation hostile depuis que le début en 1946 de la guerre civile sur le continent chinois entre le Kuomintang (KMT) et le Parti communiste chinois, qui vit la création de la République populaire de Chine en octobre 1949, et le départ pour Taïwan du gouvernement de la République de Chine du Sichuan où il s’était replié.

L’abandon par la République de Chine de sa politique d’opposition au gouvernement continental en 1991 a conduit à la naissance de toutes sortes d’échanges, particulièrement depuis que Ma Ying-jeou en est devenu président en 2008 : création de vols directs, afflux de touristes chinois à Taïwan. À cet égard, les relations entre la Chine et Taïwan sont devenus plus étroites, et si l’on considère cette rencontre comme leur symbole, elle est effectivement « historique » et peut donner l’impression que les deux parties ont fait un pas vers l’unification. Mais seuls les médias de quelques pays, dont le Japon, se livrent à cette interprétation optimiste, et elle n’est même pas celle du gouvernement chinois.

Dans une perspective à long terme , cette rencontre entre les deux présidents ainsi que leur reconnaissance jusqu’à un certain point de l’« Accord/Consensus de 1992 », dont nous reparlerons, est certainement historique. Mais il est permis d’avoir des doutes sur ce qu’elle va changer à court terme.

Pas de grandes répercussions sur les prochaines élections présidentielles à Taïwan

Aura-t-elle ou non des répercussions sur les élections présidentielles et au Yuan législatif, l’équivalent du parlement, qui auront lieu en janvier 2016 ? Le président Ma étant presque au terme de son second mandat, il ne peut être réélu, et son taux de popularité stagne à un niveau très bas, autour de 10 %. Le candidat du KMT à la présidentielle est Eric Chu, maire du Nouveau Taipei, mais l’élection de Tsai Ing-wen, la dirigeante du Parti démocratique progressiste (PDP) paraît quasi-certaine.

Le mouvement des tournesols des étudiant taïwanais de mars 2014 exprimait les doutes des jeunes Taïwanais quant à la politique menée par le président Ma vis-à-vis de la RPC ainsi que de ses méthodes législatives. Il a déjà perdu le soutien de son peuple, et sa rencontre avec Xi Jinping n’a pas conduit à une hausse de sa popularité ni renforcé les chances de son parti à la présidentielle. Bien au contraire, cette rencontre arrangée soudainement avec Xi Jinping, la confirmation pendant celle-ci de l’ Accord/Consensus de 1992, l’acceptation par Taïwan du slogan lancé par Xi, « une grande renaissance de la nation chinoise », comme son absence de résultats importants, n’ont fait que raviver les critiques vis-à-vis de Ma. À cet égard, elle ne sert pas les intérêts du KMT dans les prochaines élections.

En réalité, nombreux sont les Taïwanais qui perçoivent positivement la rencontre elle-même. Cela ne signifie pas qu’ils soutiennent l’unification avec la RPC, ni que la question du détroit de Taïwan est maintenant orientée vers une résolution pacifique. Certains médias japonais l’ont interprété ainsi, mais ils ont un train de retard par rapport à la réalité. La plupart des Taïwanais souhaitent le maintien de la situation actuelle qui voit Taïwan, même s’il n’est pas reconnu comme pays sur le plan international, continuer à être un espace contrôlé de fait par un gouvernement indépendant. Et ils approuvent probablement que la personne qui le représente ait rencontré le président de la Chine, « un des pays étrangers » avec lesquels Taïwan a les liens les plus profonds.

Du point de vue chinois, la première signification de cette rencontre est qu’elle a permis un accord sur l’Accord/Consensus de 1992, dont le PDP ne reconnaît pas la validité. Pour la Chine, ce sommet a pour effet d’enfoncer le clou à ce sujet, et même si le KMT perd le pouvoir, la Chine pourra s’en servir pour faire pression sur le PDP une fois qu’il sera au pouvoir. Qu’est-ce donc que cet « Accord/Consensus de 1992 » ?

  • [14.01.2016]

Président du comité consultatif de rédaction de Nippon.com. Né en 1968 à Tokyo, il obtient en 1992 un diplôme de chinois à l'Université des langues étrangères de Tokyo. Il étudie ensuite à l'Université de Tokyo où il passe son doctorat en histoire. D'abord maître de conférence à l'Université de Hokkaido, puis le même poste à l'Université de Tokyo, il devient professeur à la même université en avril 2015. Auteur notamment de Chūgoku kindai gaikō no keisei (La formation de la politique étrangère chinoise moderne), 2004, et de Kindai kokka e no mosaku 1894-1925 (Vers un état moderne, 1894-1925), 2010.

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