Les options du Japon face aux avancées maritimes de la Chine

Kawashima Shin [Profil]

[01.04.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | Русский |

Le point de vue de Pékin

Depuis l’accession de Xi Jinping au poste de secrétaire général du Parti communiste chinois, en novembre 2012, la Chine semble redoubler d’efforts dans la poursuite de ses intérêts en mer de Chine orientale et méridionale. Et de fait, beaucoup de spécialistes de la politique étrangère chinoise estiment que M. Xi est moins enclin que son prédécesseur, Hu Jintao, à faire des compromis sur les questions territoriales ou maritimes.

Des dirigeants précédents du PCC tels que Jiang Zemin (1989-2002) et M. Hu (2002-2012) étaient ouverts à la négociation, comme en témoignent la Déclaration sur la conduite des parties en mer de Chine méridionale, signée en 2002 avec les pays membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et l’Accord de développement conjoint sino-japonais en mer de Chine orientale, signé avec le Japon en 2008. Mais M. Xi revendique avec insistance divers récifs et rochers immergés en mer de Chine méridionale, où il fait construire des pistes d’atterrissage et des installations militaires, en dépit des protestations des pays voisins – dont certains revendiquent eux aussi ces rochers – et des États-Unis.

En Chine, ces initiatives passent de plus pour aller de soi. Les gens pensent que jadis, quand le pays était encore faible, il n’avait pas d’autre choix, pour s’opposer aux revendications des autres pays côtiers de la mer de Chine méridionale, que de présenter des protestations. Mais maintenant que la Chine est davantage en mesure de jouer des muscles, il semble tout naturel qu’elle fasse usage de la force pour appuyer ses vieilles revendications.

Aller de l’avant sans craindre personne

C’est sur ce principe de base que repose la politique étrangère de M. Xi. Une certaine dureté s’était déjà manifestée dans la ligne de conduite adoptée pendant la deuxième moitié du mandat de Hu Jintao, notamment après la crise bancaire et financière qui a débuté en 2007, perçue comme le signe d’un déclin de la puissance américaine, mais cette tendance s’est encore renforcée avec M. Xi.

Ce virage n’est pas seulement dû à l’évolution de l’opinion publique ; l’image de deuxième économie mondiale – et de loin la première en Asie de l’Est – que la Chine a d’elle-même a incité Pékin à prendre de nouvelles initiatives dans la région et à devenir un pourvoyeur de biens publics dans l’Est de l’Eurasie.

Son accès à l’hégémonie régionale ne suffit nullement à expliquer l’inflexibilité affichée par la Chine dans la poursuite de ses intérêts territoriaux et maritimes. M. Xi sait que son pays a la capacité de construire des bases militaires sur des îles artificielles en mer de Chine méridionale et qu’aucun des rivaux avec lesquels il est en litige n’est en mesure de l’en empêcher. Il part aussi de l’hypothèse que les États-Unis n’interviendront pas ; il se dit que Washington, qui est bien averti du renforcement de la puissance de la Chine et de la faiblesse des forces de l’ASEAN, ne prendrait pas le risque de s’attirer l’hostilité de Pékin ou d’entraver le bon fonctionnement des liens économiques entre la Chine et l’ASEAN.

  • [01.04.2016]

Président du comité consultatif de rédaction de Nippon.com. Né en 1968 à Tokyo, il obtient en 1992 un diplôme de chinois à l'Université des langues étrangères de Tokyo. Il étudie ensuite à l'Université de Tokyo où il passe son doctorat en histoire. D'abord maître de conférence à l'Université de Hokkaido, puis le même poste à l'Université de Tokyo, il devient professeur à la même université en avril 2015. Auteur notamment de Chūgoku kindai gaikō no keisei (La formation de la politique étrangère chinoise moderne), 2004, et de Kindai kokka e no mosaku 1894-1925 (Vers un état moderne, 1894-1925), 2010.

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