Le retour d’Abe Shinzô et les fusions-acquisitions sortantes du Japon

Taniguchi Tomohiko [Profil]

[16.01.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 |

Visiblement, quelqu’un semble avoir pris le temps de compter tous les livres japonais avec des titres faisant allusion d’une manière ou d’une autre à la « ruine » du Japon. Et le nombre de ces titres est hallucinant ! Je me souviens que la même personne a écrit qu’il était étonnant, avec toutes ces prévisions lugubres sur le futur du Japon, que le pays ait réussi à survivre malgré tout jusqu’à présent.

En résultat peut-être de cette habitude de voir avec pessimisme l’avenir du Japon, qui est devenue une sorte de passe-temps national, les journalistes japonais, comme les pontes et bien d’autres, ont négligé une tendance récente essentielle, ce qui explique peut-être aussi pourquoi elle est passée inaperçue des correspondants étrangers à Tokyo.

Une expansion historique pour les firmes japonaises

La tendance à laquelle je fais allusion concerne le très grand nombre de fusions et acquisitions (M&A) outre-mer effectuées récemment par les entreprises japonaises. Cette vague d’activités M&A est en train de bouger à une cadence record. Le futur de l’économie japonaise peut paraître sombre dans une perspective macroéconomique, mais c’est une image tout à fait différente qui apparaît si l’on considère le fait que cet appétit pour les acquisitions outre-mer est signe de la force des entreprises japonaises qui jouent un rôle prédominant dans le renforcement de l’économie du pays. Oui, l’appétit des fusions et acquisitions parmi les firmes japonaises semble plus aiguisé que jamais !

Il va sans dire que cette vague de M&A est due au Yen fort. Vu les taux de change actuels, les entreprises outre-mer de la planète sont de vrais affaires pour les sociétés japonaises. D’après les statistiques de l’Organisation Japonaise du Commerce extérieur (JETRO), les investissements directs du Japon aux Etats-Unis se sont montés à environ 16,27 milliards de dollars durant la première moitié de 2012. En extrapolant ce chiffre sur une année entière, il pourra rivaliser avec le montant annuel le plus élevé enregistré jusqu’à ce jour de 44,67 milliards de dollars en 2008.

En dehors des Etats-Unis, une année record est en perspective pour les activités japonaises de fusions et d’acquisitions au Vietnam, — avec environ 1,78 milliards de dollars en investissements durant la première moitité de 2012 — et en Australie, où les entreprises japonaises ont investi pour 7,88 milliards pendant la même période. Les investissements japonais aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne ne sont pas loin d’atteindre des hauteurs record. Ces statistiques révèlent, en fait, que les sociétés japonaises ont enregistré une expansion historique durant ces cinq dernières années.

Ces investissements outre-mer ont également des implications géopolitiques. Le Japon ne renonce pas au futur potentiel de l’économie américaine et continue de miser sa future prospérité sur celle des Etats-Unis. En Australie, pendant ce temps, la plupart des investissements japonais sont en relation avec les ressources naturelles et il est bon pour le Japon d’être vu par les Australiens comme un pays sur lequel ils peuvent compter. La puissance des intérêts japonais au Vietnam joue en outre comme contrepoids par rapport aux inquiétudes sur la stabilité des investissements en Chine.

La fusion-acquisition qui a guéri Abe Shizô

Un des secteurs les plus actifs en matière de fusions-acquisitions a été l’industrie pharmaceutique japonaise. L’exemple le plus médiatisé a été l’achat de l’entreprise pharmaceutique suisse Nycomed par Takeda Pharmaceutical en 2011, pour la somme énorme de 1,2 milliards de dollars environ. Mais il y a un autre cas intéressant à mentionner.

En septembre 2009, Zeria Pharmaceutical, une entreprise japonaise connue pour ses médicaments traitant les problèmes digestifs, a acquis la société suisse Tillotts. Peu de temps après cette acquisition, un médicament de Tillotts, Asacol, utilisé pour traiter la rectocolite hémorragique et la maladie de Crohn, a été mis en vente sur le marché japonais.

Abe Shinzô, le Premier ministre actuel revenu en poste le 26 décembre dernier, a été une des personnes à bénéficier de ce médicament. Grâce à Asacol, la maladie chronique dont il souffre depuis sa jeunesse et qui l’avait forcé à démissionner de ses fonctions de Premier ministre en 2007, s’est améliorée de manière spectaculaire. Par conséquent, jusqu’à un certain point, la poussée du Japon dans les fusions acquisitions outre-mer est derrière le renouveau de sa carrière politique. Ce qui montre bien le dynamisme exceptionnel dont font preuve les entreprises japonaises.

(Adapté d’un article rédigé le 28 septembre 2012)

  • [16.01.2013]

Secrétaire du cabinet d’Abe Shinzô, chargé de communication depuis janvier 2013. Il était professeur invité spécial à l'Université Keio et membre du comité de rédaction de nippon.com entre avril 2011 et janvier 2013. Né en 1957 dans la préfecture de Kagawa, il est diplômé de la faculté de droit de l'Université de Tokyo. C'est comme journaliste qu'il commence sa carrière, à la revue Nikkei Business, dont il devient membre de comité de rédaction, avant d'entrer au ministère des affaires étrangères, où il occupe d'abord les fonctions de porte-parole adjoint, puis de conseiller au département de diplomatie publique. Il a notamment été chercheur invité Fulbright au centre international de recherche de la Woodrow Wilson School de l'Université de Princeton, président de la Foreign Press Association de Londres, chercheur invité à l'Institut des études internationales de Shanghai (SIIS). Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Les monnaies brûlent : une histoire de la coexistence du yen, du yuan, du dollar, et de l'euro .

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