Le Japon est-il dur envers les réfugiés ?

Fukiura Tadamasa [Profil]

[16.09.2015] Autres langues : 日本語 | 简体字 | 繁體字 | العربية | Русский |

Le Japon a ouvert sa législation à l’accueil de réfugiés pour la première fois en 1978, en réponse à une exigence de la communauté internationale, quand 1,5 million de personnes (selon les données de l’UNHCR) refusant le régime socialiste qui s’était établi dans les trois pays de l’Indochine (Vietnam, Laos, Cambodge) s’étaient trouvées déplacées de force.

Si seules trois personnes bénéficièrent de ce statut en 1978, puis deux en 1979, le chiffre de réfugiés acceptés par le Japon a rapidement augmenté pour arriver à un total de 11 319 personnes à la fin de ce programme, incluant le regroupement familial.

Par « réfugiés », la Convention de Genève relative au statut des réfugiés de 1951 entend (article 1) : toute personne qui, « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ».

Octroyer un droit d’asile est une obligation internationale sur la base d’un point de vue humanitaire. Le Japon a rejoint la Convention, 30 ans après son adoption, en réponse au souhait de nombreuses personnes issues des trois pays de l’Indochine de fixer leur résidence au Japon.

D’autre part, en considération de ceux qu’on a appelé les « orphelins japonais de la guerre laissés en Chine » et leurs descendants, ainsi que les transfuges de Corée du Nord, une procédure privilégiée a été mise en place pour faciliter l’entrée de certains réfugiés au Japon. Celle-ci s’applique également par exemple aux descendants de migrants japonais en Amérique du Sud, ou, bien que leur nombre soit encore réduit, aux minorités birmanes réfugiées en Thaïlande, dont le droit d’asile est octroyé de façon systématique.

Personnellement, je me suis pour la première fois occupé de réfugiés sud-vietnamiens dès 1970, puis en 1972, lors de la Troisième Guerre indo-pakistanaise, menant à l’indépendance du Bangladesh, qui fit plus de 10 millions de réfugiés dont j’ai participé au sauvetage en tant que responsable local de la Croix-Rouge internationale. En 1979, j’ai été impliqué dans la création d’une NGO d’aide aux réfugiés, pour laquelle je suis toujours conseiller spécial. Je suis directement concerné par les politiques d’accueil des réfugiés, au Japon comme dans les autres pays, pour lesquels j’effectue des études sur les situations concrètes qui mènent à des recommandations.

J’ai souvent et personnellement, dans les médias, critiqué directement l’attitude trop passive du Japon face aux réfugiés. Il y a trois ans, désirant que le Japon augmente de façon drastique le nombre de réfugiés qu’il acceptait sur son sol, j’ai pris des fonctions de conseiller à l’examen des dossiers de demande d’asile. Or, ce qui m’est apparu, c’est qu’il est erroné de porter des jugements tels que : « le Japon est dur avec les réfugiés », ou « le ministère de la Justice n’a pas beaucoup de respect pour les droits humains », sur la seule foi des chiffres de 2014 où 11 dossiers ont en fin de compte été acceptés sur 5000 demandes d’asile.

Des demandeurs correspondent-ils à la définition des réfugiés ?

Le Japon a introduit un système de conseillers à l’examen des dossiers de demande pour un statut de réfugié en 2005. Leur rôle est de questionner les demandeurs d’asile qui font appel d’une décision de rejet de leur dossier de la part du ministère de la Justice. On compte environ 80 conseillers à l’échelle nationale. Ce sont majoritairement d’anciens juges, procureurs, avocats, des diplomates, des inspecteurs parlementaires, des universitaires et des cadres de groupes étrangers d’aide humanitaire. Ils se divisent en groupe de trois, pour interroger les appelants. La constitution administrative du dossier est entièrement l’affaire des services du ministère de la Justice, mais ils ne se mêlent pas du contenu de l’interrogation.

En trois ans, j’ai eu à connaître de plus de 100 dossiers en appel. Bien que j’aie eu à connaître de plus de 100 dossiers en appel, la probabilité que les demandeurs soient des réfugiés était basse ; je n’ai pu donner un avis favorable à aucune des demandes. Incohérence des documents en appui de la demande, incompréhension des témoignages antérieurs, camouflage d’immigration économique ou de déportation du Japon, les raisons qui font douter de la réalité d’une situation de réfugié sont trop nombreuses à énumérer.

« Je suis homosexuel, ce qui est passible de la peine de mort dans mon pays. » Or, l’enquête montre que ce demandeur avait une femme japonaise et même un enfant.

« J’étais le responsable d’une association locale de jeunesse du parti d’opposition dans mon pays. Si je rentre dans mon pays, je risque d’être exécuté. » Mais ce demandeur est incapable de répondre à la question : « quel est le nom du président de votre parti ? ».

D’autres protestent : « je vis au Japon depuis 10 ans. Mis à part d’être entré sans visa, je n’ai jamais commis une seule infraction ici, pourquoi voulez-vous me renvoyer dans mon pays ? »

Les raisons alléguées pour demander le statut de réfugié peuvent être spécifiques à certains pays. Les demandeurs népalais présentent souvent cette demande : « Je soutiens le parti au pouvoir, mais les rebelles maoïstes m’ont menacé si je ne payais pas la taxe révolutionnaire. » Les demandeurs du Sri Lanka, c’est plutôt : « J’ai soutenu le parti qui a perdu les élections », et ils fournissent une lettre de recommandation d’un ancien député en guise de preuve. Des demandeurs venant de Turquie invoquent une discrimination à l’éducation et à l’embauche envers les Kurdes. Ce qui est une réalité, mais comment prouver que cette situation les a frappés personnellement au point de rendre leur vie impossible dans leur pays ?

Cela démontre surtout que des « courtiers », dans chaque pays, s’occupent d’informer les candidats sur les frais d’avion, les procédures de sortie du territoire, l’accueil à l’arrivée au Japon, le logement sur place et l’embauche, la procédure de demande d’asile, les avocats et les associations d’aide, et quoi faire en cas d’arrestation pour séjour illégal. C’est un fait qu’une proportion importante de demandeurs utilise des courtiers spécialisés.

  • [16.09.2015]

Président de l’Institut Eurasia 21. Né à Akita en 1941. Diplômé d’études doctorales en Sciences Politiques de l’Université Waseda. Fut précédemment employé du Comité d’organisation des Jeux Olympiques de Tokyo, professeur de l’Université préfectorale de Saitama, représentant résident de la Croix-Rouge Internationale pour l’Indochine et le Bangladesh, vice-président de l’ Association d’aide aux réfugiés, avant d’avoir fondé l’Institut Eurasia 21. A œuvré de nombreuses années pour le retour à la souveraineté japonaise sur les quatre îles du nord en tant que vice-président de la Convention nationale pour la promotion des quatre îles. Auteur de « Atlas mondial par les drapeaux de tous les pays » (Kôbunsha Shinsho), « Henri Dunant et la Croix-Rouge » (Chûkô Shinsho), « Guide sur le volontariat humanitaire à l’étranger » (Jiyûkokuminsha), etc.

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