Rechercher un premier emploi au Japon

Uehara Yoshiko [Profil]

[09.06.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

Qu’est-ce que le « shû-katsu » ?

Pour qui marche dans Tokyo, il ne peut se passer un jour sans que l’on rencontre des touristes étrangers en ville. Comment voient-ils ces jeunes hommes et jeunes femmes en costume sombre, qui semblent dégager encore moins de personnalité que le salaryman moyen, sans posséder les caractéristiques des véritables employés actifs. Ces jeunes, ce sont les étudiants en fin d’études qui font leur « shû-katsu », abrégé de shûshoku katsudô, la recherche d’un emploi.

La recherche d’emploi « en masse » au cours de la dernière année des études supérieures est une pratique typiquement japonaise : la campagne de recrutement des futurs diplômés est organisée par consensus général des entreprises, des universités, et du gouvernement. Le parcours typique consiste, en premier lieu, pour tous les étudiants de 3e année, à suivre divers « séminaires », directement dans leurs écoles ou à l’extérieur, dans lesquels les différents employeurs présentent les opportunités de carrière de leur activité et de leur structure, ce qui permet aux étudiants de cibler les entreprises de leur choix. L’année suivante, en 4e année, ils soumettent un dossier de demande d’emploi, qui, après étude et sélection par l’employeur, leur donne accès au graal du naitei ou « promesse d’embauche » soumise à l’obtention du diplôme de fin d’études. Leur diplôme en poche en mars, ils deviennent alors dès le mois d’avril des shakaijin, c’est-à-dire des « citoyens en vie active ».

Toutes les universités japonaises disposent d’un centre type « Carrière Info », qui diffuse des informations communiquées par les employeurs sur les opportunités d’embauche, organise des séminaires d’information, donne des conseils aux étudiants, etc. Ces centres assurent donc eux aussi une fonction éducative visant à faire acquérir les bases du bon sens social qui transformera en un temps record les « enfants » en « adultes ». J’ai moi-même été responsable de ce secteur au sein d’une université, et je peux vous dire que nous autres, enseignants, qui n’avons généralement aucune expérience du monde de l’entreprise, avons bien du mal à jouer véritablement ce rôle sans l’apport de conseillers d’orientations invités.

Dans la situation de faible croissance démographique qui est celle du Japon aujourd’hui, la concurrence entre les universités pour attirer les étudiants est sévère. Les taux d’embauche des étudiants de chaque université à l’issue de leurs études sont rendus publics par les médias, et constituent un élément stratégique de la réputation d’une université ou d’un institut d’enseignement supérieur. C’est pourquoi chaque institution investira un effort important dans le soutien à la recherche d’un emploi. Certaines critiques pointent même, selon lesquelles un soutien trop appuyé se ferait au détriment de l’autonomie des étudiants.

Quand vient la saison du shû-katsu, des étudiants jusque là passifs ou je-m’en-foutistes commencent tout à coup à parler poliment, à faire preuve de facultés d’initiative et de leadership. Cette transfiguration annuelle émerveille les enseignants. Il n’est pas impossible qu’en acquérant le « bon sens » du citoyen prêt pour la vie active, l’étudiant perde aussi quelque chose, mais c’est ainsi que naît un « apprenti chargé d’affaires » japonais.

  • [09.06.2016]

Professeur à l’Université Ferris, département échanges internationaux. Née en 1965 à Fukuoka. Spécialiste des relations internationales françaises. Diplômée en 1989 de la Tokyo Women’s Christian University, département d’histoire. Titulaire d’un DEA en histoire des relations internationales contemporaines, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (1994) et d’un doctorat en sociologie, Université Hitotsubashi (1996). Co-auteur de L’intégration européenne et la France, sous la direction de Yoshida Tôru (Hôritsu Bunkasha, 2012) et Après la guerre – réconciliation et tolérance, sous la direction de Tanaka Takahiko et Aoki Hitoshi (Keisô Shobô, 2008) et auteur de nombreux articles sur la politique et la diplomatie françaises dans le cadre de l’intégration européenne et de la globalisation.

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