De plus en plus d’apprenants en japonais

David McMahon [Profil]

[08.01.2015] Autres langues : ENGLISH | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le japonais a la réputation d’être une langue ardue. Avec les différents défis que doivent surmonter les débutants – trois systèmes d’écriture, de multiples niveaux de politesse et une prononciation subtile à rythme syllabaire –, cette langue asiatique singulière intimide beaucoup d’apprenants potentiels.

Une langue difficile ?

À l’époque de la bulle économique, de 1986 à 1991, et du boum de l’apprentissage de l’anglais, à son plus haut au début des années 2000, des centaines de milliers d’anglophones natifs sont venus au Japon pour donner des leçons dans des écoles de conversation. Cependant, la plupart d’entre eux ont toujours compté sur leurs hôtes pour les comprendre, plutôt que de sacrifier de longues heures à l’apprentissage du japonais pour un résultat loin d’être assuré.

Cette image est-elle vraiment justifiée ? Le nombre d’étudiants en japonais est en nette augmentation, avec des personnes de tous les pays déterminées à prouver qu’apprendre le japonais n’a rien d’impossible. Les Japonais comme les étrangers qui sont au Japon depuis plusieurs années s’accordent à dire que le nombre d’étrangers parlant couramment le japonais a énormément augmenté. Quand je suis arrivé en 2003, leur nombre était réduit, mais dix ans plus tard, j’en rencontre tous les jours. D’année en année, les nouveaux arrivants semblent maîtriser la langue de plus en plus rapidement.

Le test d’aptitude en japonais

La référence la plus largement reconnue en matière de maîtrise du japonais par des non-natifs est le test d’aptitude en japonais (JLPT), créé en 1984 pour évaluer leur niveau (cinq niveaux actuellement avec l’addition d’un niveau supplémentaire en 2010, le niveau 1 étant le plus élevé) à travers leurs compétences en lecture, compréhension et connaissances de la grammaire et du vocabulaire. Cet examen est loin de constituer un indicateur fiable d’aisance dans la langue parlée – il ne comporte pas d’épreuve orale et accordait, dans son ancienne version, une importance excessive à des formes grammaticales rares et à un lexique ésotérique. Le nombre d’étudiants qui passent l’examen reste néanmoins un baromètre utile de l’intérêt global pour le japonais en tant que langue étrangère et des efforts effectués par les expatriés séjournant au Japon pour améliorer leurs compétences en communication (en 2013 l’examen s’est déroulé dans 44 préfectures au Japon et dans 206 villes de 64 pays étrangers). Les chiffres du tableau ci-dessous, émanant de plusieurs sources, mettent en évidence des tendances intéressantes.

Année Nombre de résidents étrangers Nombres de candidats au JLPT
Au Japon (% du nombre de résidents étrangers) À l’étranger Total
(niveau 1)
1985 726 000 3 912
(0,5%)
9 157 13 069
(3 476)
2003 1 800 000 54 024
(3%)
215 593 269 617
(84 742)
2012 2 030 000 147 245
(7,2%)
449 065 596 310
(144 332)

Clairement, le nombre de résidents étrangers au Japon a fortement augmenté durant les trois décennies suivant la création du JLPT, mais la popularité de cet examen a grandi encore plus vite, avec une proportion toujours plus importante de résidents étrangers qui passent l’un de ses niveaux (à noter que la fréquence du test, semestrielle depuis 2009, peut avoir joué sur les chiffres en permettant aux candidats de retenter leur chance plus rapidement). La diminution de la part de candidats passant le premier niveau peut être en partie due à l’ajout en 2010 d’un niveau supplémentaire qui réduit le fossé entre les niveaux existants.

La plus ancienne école de japonais de Tokyo

Kojima Michiko, directrice de l’école Naganuma

L’école Naganuma, située dans le quartier effervescent de Shibuya et fondée en 1945, est la plus ancienne institution japonaise toujours en activité spécialisée dans l’enseignement du japonais à des étrangers. La directrice, Kojima Michiko, explique qu’après-guerre, la majorité des élèves étaient des diplomates occidentaux et des missionnaires chrétiens. Elle souligne aussi qu’en trente ans, depuis son arrivée à l’école, elle a vu évoluer la population d’élèves : « Quand j’ai commencé ici, nous avions beaucoup d’étudiants coréens qui désiraient intégrer une université japonaise pour obtenir un deuxième diplôme, ainsi que des Occidentaux qui apprenaient la langue pour le travail. Au fil des années, le nombre d’étudiants chinois, coréens et d’Asie du sud-est apprenant la langue dans le but de s’inscrire dans une université japonaise a fortement augmenté, mais ils représentent toujours moins de la moitié de nos élèves. La majorité apprend le japonais pour le travail ou les affaires. »

  • [08.01.2015]

Traducteur et éditeur chez Nippon.com. Diplômé de l’Université de York en 2001, un intérêt de longue date pour la musique japonaise le pousse à s’installer au Japon deux ans plus tard. Après dix heureuses années comme professeur d’anglais et musicien à Tokyo, il devient traducteur freelance en 2012 et rejoint Nippon.com en 2014.

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