Comment les enfants japonais apprennent les kanji

Richard Medhurst [Profil]

[01.07.2016] Autres langues : ENGLISH | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Une méthode d’apprentissage vivante

Au Japon, les enfants passent six années à l’école primaire au cours desquelles ils apprennent plus de mille idéogrammes (kanji). Tout au long de cette première phase de leur scolarité, ils améliorent grandement leurs capacités en matière de lecture puisqu’après avoir débuté avec des livres d’images, ils finissent par lire de courtes nouvelles et des biographies faciles. Les écoliers sont constamment environnés de kanji souvent adaptés à leur niveau, que ce soit durant les heures de classe consacrées à des matières autres que le japonais, en pratiquant la calligraphie, ou même quand ils ont du temps libre, en lisant des manga et en jouant à des jeux vidéo.

L’apprentissage proprement dit des kanji a lieu pendant les cours de kokugo (langue japonaise, littéralement langue nationale). Comme le montre l’extrait ci-dessous du manuel de kanji de troisième année (l’équivalent du CE2) des éditions Bunkei, il est loin de se limiter à des exercices répétitifs. Les indications concernant la signification des idéogrammes, l’ordre de leurs traits et leurs différentes lectures sont en effet accompagnées non seulement d’illustrations en couleurs attrayantes et de phrases faciles à comprendre mais aussi de toutes sortes de conseils et d’astuces pour graver les kanji dans sa mémoire.

Les idéogrammes sont souvent inclus dans une ou deux courtes phrases comportant plusieurs de leurs lectures ou des mots composés dans lesquels ils s’intègrent. Dans d’autres cas, on explique la structure des caractères en soulignant leur ressemblance avec un objet ou une situation réelle. Le kanji 開 qui signifie « ouvert » (voir ci-dessous à droite) est ainsi présenté comme « évoquant deux mains posées sur la barre transversale d’un portail en vue de l’ouvrir ». Parfois, on attire l’attention des enfants sur la relation entre les différentes parties dont se compose l’idéogramme, en leur proposant un mnémonique. Pour mémoriser le caractère 詩 (poésie), qui est composé des kanji 言 (parole) et 寺 (temple), on les invite par exemple à apprendre par cœur la phrase « Les paroles prononcées dans un temple sont de la poésie ».

Manuel d’apprentissage des kanji de troisième année du primaire (extrait). À gauche : la phrase qui sert de légende à l’image ci-dessus – Les enfants s’amusent (遊ぶ asobu) dans le parc d’attractions (遊園地 yûenchi) – contient les deux lectures (asobu et ) du caractère 遊. À droite : le caractère 開 est accompagné d’une phrase expliquant qu’« il évoque deux mains posées sur la barre transversale d’un portail en vue de l’ouvrir ».

Les illustrations et les phrases des manuels de kanji expliquent parfois les différences entre des mots qui se prononcent de la même façon (homophones) mais ne s’écrivent pas forcément de la même manière. Les caractères 上る et 登る peuvent se lire l’un comme l’autre noboru et décrire l’action consistant à monter sur une colline. Mais le premier a une signification plus générale alors que le second qualifie uniquement l’effort physique fourni pour se hisser en hauteur. Les manuels de japonais du primaire contiennent aussi des petits tests et des devinettes qui incitent les enfants à apprendre en s’amusant.

Si la répétition assidue des exercices joue indéniablement un grand rôle dans la maîtrise de l’écriture des kanji, d’autres méthodes occupent aussi une place importante au début de l’apprentissage. Certaines astuces bien connues (voir article « Les astuces des Japonais pour mémoriser les dates et les kanji ») permettent de mémoriser la graphie des idéogrammes, y compris ceux, plus complexes, qui sont au programme des collèges et des lycées. Le rôle de la lecture ne doit pas non plus être sous-estimé. Rencontrer de façon répétée des caractères dans différents contextes contribue à les graver dans la mémoire. Et c’est d’ailleurs pourquoi les établissements scolaires prévoient chaque semaine des périodes consacrées à la lecture dans l’emploi du temps des enfants.

  • [01.07.2016]

Traducteur et éditeur pour Nippon.com. Titulaire d’un mastère de poésie moderne et contemporaine obtenu en 2002, à l’Université de Bristol. Est parti la même année pour le Japon où il a enseigné l’anglais pendant trois ans, à Chiba. A également vécu en Chine et en Corée. A travaillé à la mairie d’Izumi, dans la préfecture de Toyama de 2008 à 2013. S’est ensuite installé à Tokyo où il est devenu traducteur à plein temps chez Nippon.com en 2014.

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