Des signes d’espoir en 2012 ?

Itoh Motoshige [Profil]

[02.03.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

De nombreux dangers et incertitudes menacent l'économie mondiale en 2012, du fait de la crise financière et budgétaire en Europe, ainsi que des changements de gouvernement et élections générales dans plusieurs pays.

La lourde pression de la crise budgétaire et financière en cours en Europe a fait prendre un mauvais départ à l’année 2012. Plusieurs élections nationales et changements de direction doivent également intervenir dans de nombreux pays au cours de l’année, y compris aux États-Unis et en Chine. Ces incertitudes politiques dans un climat économique très rude sont un facteur de risque pour l’économie mondiale.

Le pessimisme a beau jeu de prendre acte de cette situation. Certes, je ne nierai pas que l’économie mondiale est confrontée à un certain nombre de périls. Mais pour cette raison précisément, il est important de prendre du champ par rapport à une vision catastrophiste et regarder avec un œil neuf ce que le futur peut avoir en réserve pour le Japon et le reste du monde.

Les piliers de l’économie mondiale sont les États-Unis et la Chine, respectivement N°1 et N°2 mondiaux en termes de produit intérieur brut. Nous attendons de voir si l’économie américaine se rétablira en douceur et si l’économie chinoise en surchauffe évitera un atterrissage trop brutal. Malheureusement, les économies européennes sont confrontées à des difficultés dont le mieux qu’on puisse espérer est qu’elles ne sombrent pas dans un bourbier financier encore plus profond.

Des rayons de lumière aux Etats-Unis

Commençons par les États-Unis, où les derniers indicateurs économiques transmettent à la fois bonnes et mauvaises nouvelles. Ces statistiques reflètent une situation dans laquelle l’économie américaine est désormais prête à prendre le chemin de la croissance, ou à stagner de nouveau. L’environnement économique est peu engageant, avec une consommation à la peine, l’emploi qui ne s’améliore que lentement, et des prix de l’immobilier en baisse. Pourtant, on peut noter quelques signes positifs. La plupart des dommages résultant de l’effondrement des prix immobiliers, dans le sillage du fiasco des subprimes et l’effondrement de Lehman Brothers, a été limitée au secteur des ménages. Dans le même temps, le secteur des entreprises s’est maintenu en relativement bonne santé malgré la crise et dispose maintenant de fonds confortables.

Le prix des logements en chute libre et la montée du chômage ont mis à mal l’économie nationale, mais la baisse de la consommation a un effet positif en encourageant un ajustement structurel. Car en fait la détérioration de l’économie américaine a été causée par l’effondrement d’une bulle apparue sous l’effet de dépenses excessives.

Si les foyers américains dépenses moins et augmentent leur épargne, la demande pourrait se tourner davantage vers l’exportation. C’est précisément la stratégie économique que le Président Barack Obama cherche à réaliser.

Le déclin du dollar et le ralentissement des dépenses de consommation se sont produits dans le cadre de cette tendance. Maintenant les États-Unis n’attendent que de voir leurs exportations reprendre, propulsée par la faiblesse du dollar. Un tel ajustement n’est pas chose aisée. Si les effets négatifs de la baisse de consommation sont excessifs, le risque est que la conjoncture empire. Mais les indicateurs économiques récents suggèrent une évolution favorable depuis le début de l’année, y compris une reprise de l’emploi. Espérons que ce mouvement gagnera en vigueur.

Des dirigeants chinois avec une capacité à agir

Après la faillite de Lehman Brothers, une stratégie économique hardie de Pékin a permis une rapide reprise de l’économie chinoise. Néanmoins cette stratégie a fait craindre une grave surchauffe. Comme la plupart des pays émergents touchés par la crise monétaire et la crise financière après l’explosion de la bulle, la Chine est menacée de devoir négocier un atterrissage quelque peu brutal. Toutefois, au vu des mouvements de ces derniers six mois, il semble que le gouvernement chinois a réussi à calmer la surchauffe et de négocier un atterrissage en douceur.

La plus grande force de l’économie chinoise est la capacité de gestion économique du gouvernement. Les autorités de Pékin, qui ont le pouvoir de mettre en jeu des capitaux énormes, avaient déjà réussi dans le passé à éviter la crise financière en réalisant une injection de capitaux dans les organismes financiers. Il est difficile de dire pour combien de temps encore les dirigeants chinois seront capables de poursuivre cette stratégie économique interventionniste, mais pour le moment on doit espérer que celle-ci continue à fonctionner.

Prévisions économiques mondiales du FMI pour 2012

Produit mondial +3.3%
Etats-Unis +1.8%
Zone euro -0.5%
  Allemagne +0.3%
  France +0.2%
  Italie -2.2%
  Espagne -1.7%
Royaume-Uni +0.6%
Japon +1.7%
Chine +8.2%

Source : “World Economic Outlook – Mise à jour” édité par le Fonds Monétaire International le 24 Janvier 2012.

La demande liée à la reconstruction favorisera la relance au Japon

En termes macroéconomiques, les prévisions conjoncturelles de l’économie japonaise ne sont pas alarmantes. Car la reconstruction après le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 va booster la demande. L’économie japonaise, qui a souffert plus d’une décennie de déflation à cause d’une demande anémique, va maintenant être fortement stimulée par les projets de reconstruction. On lie souvent demande de reconstruction après une catastrophe et gestion budgétaire de l’État. Mais il ne faut pas négliger la demande du secteur privé pour les activités de reconstruction dans les secteurs des entreprises et des ménages.

En tout état de cause, ce qu’il conviendra d’observer avec attention, c’est l’attitude du Japon face à son agenda de réformes de moyen et long terme, plus que les résultats à court terme des entreprises. Le Premier Ministre Noda Yoshihiko a la ferme intention d’améliorer la santé des finances publiques grâce à un certain nombre de mesures, dont la plus notable est l’augmentation de la taxe sur la consommation. La bonne santé de ses finances publiques est capitale pour l’économie japonaise. Mais une augmentation des impôts n’est jamais une mesure politiquement aisée. La plupart des gouvernements précédents ont d’ailleurs repoussé cette décision. Il est encourageant de voir que le gouvernement Noda aborde ce dossier avec une ferme volonté de ne pas le repousser davantage. Mais étant donné la faiblesse du soutien général à ce gouvernement, il lui faudra agir avec doigté pour ne pas provoquer de crise politique qui équivaudrait à reporter de nouveau le projet.

Le prix des emprunts d’État se stabilise à un niveau élevé, grâce aux capitaux d’épargne qui continuent de s’injecter dans les marchés financiers de fait de la déflation en cours. Mais on ne peut pas nier le risque que cette valeur puisse chuter en cas de perspectives pessimistes sur un rétablissement de la santé des finances publiques et une perte de confiance dans les capacités du gouvernement à rétablir l’équilibre budgétaire assez rapidement. Il conviendra d’observer la tournure qu’auront pris ses dossiers aux dates clés de l’agenda politique : en mars lors du vote du budget pour l’exercice 2012 (avril 2012-mars 2013) ; en juin lors de la clôture de la session ordinaire du parlement ; et en septembre à l’ouverture de la session extraordinaire.

La réforme de l’approvisionnement en énergie électrique pourrait stimuler l’économie locale

L’autre grande tâche structurelle à laquelle le Japon doit maintenant s’atteler concerne la gestion de la catastrophe nucléaire et la réforme de son système de distribution électrique.

Depuis l’accident de Fukushima, de nombreuses centrales nucléaires ont été mise en arrêt et n’ont toujours pas redémarré aujourd’hui. Au train où vont les choses, la production électrique risque d’être extrêmement serrée. Mais nous pouvons noter quelques signes positifs en ce qui concerne la distribution de l’électricité à moyen et long terme. Il existe au Japon 10 compagnies fournisseurs d’électricité, chacune d’elles bénéficiant jusqu’à récemment d’un quasi-monopole régional et intégrant verticalement l’ensemble des opérations du marché, de la production d’électricité à l’acheminement, la distribution et la vente de détail. Il s’agit d’une offre énergétique orientée vers la distribution, dans laquelle les tarifs sont calculés à partir d’un coût global. Il en résulte que les tarifs électriques du Japon comptent parmi les plus élevés du monde.

L’accident nucléaire a avivé le débat sur la reconfiguration du système d’approvisionnement en électricité. Des arguments poussent en faveur de la séparation entre acheminement et distribution ainsi qu’à la libéralisation de la production en amont du secteur comme de la distribution de détail en aval. Le débat sur cette réforme devrait s’intensifier dans les tout prochains mois. Si le Japon se montre en mesure de suivre l’exemple des États-Unis et de l’Europe en mettant en place des réseaux cohérents et en introduisant un mécanisme de marché, ces changements stimuleront très vraisemblablement différents aspects des économies régionales.

Une stratégie de croissance en faveur de l’innovation

En dernier lieu, permettez-moi d’aborder le sujet de l’accélération rapide du développement mondial des entreprises japonaises dans le contexte de l’appréciation du yen. Si les sociétés des secteurs comme l’automobile ou l’électroménager s’engagent de plus en plus dans la voie d’une production délocalisée, les préoccupations concernant l’emploi intérieur risquent de s’intensifier. Le passage à une production à l’étranger a eu un impact particulièrement sévère sur les économies régionales au Japon où se trouvaient traditionnellement de nombreuses unités de production, y compris celles exploitées par les sous-traitants.

Cependant, un examen de la situation globale permet de nous rendre compte que les opérations outre-mer renforcent la capacité concurrentielle des sociétés japonaises, et sont donc nécessaires pour dynamiser l’économie japonaise. Par conséquent, au lieu de considérer la perte d’emplois manufacturiers négativement comme une « excavation du Japon », nous devrions regarder ce phénomène comme un élément d’une transition majeure dans la structure industrielle. Dans cette tendance de grande ampleur, il va nous falloir trouver des moyens de préserver les emplois dans les collectivités régionales, tout en renforçant le dynamisme de l’économie nationale.

Le Japon doit également se pencher sur d’autres sujets capitaux, comme l’élaboration de système d’intégration de la croissance économique au niveau de la région Asie, le développement de l’emploi dans des domaines tels que les soins médicaux et infirmiers de façon à répondre au vieillissement de la population, et l’acquisition d’une stratégie de croissance en faveur de l’innovation, afin de promouvoir les industries qui ont pris la succession de l’industrie automobile et de l’électronique grand public. Mais nous aborderons ces sujets lors d’une autre occasion, la place nous manquant ici pour les traiter de façon globale.

(Original en japonais, janvier 2012)

Photographies de Kato Takemi

  • [02.03.2012]

Professeur du département doctoral de sciences économiques à l’Université de Tokyo, Président de l'Institut national pour la promotion de la recherche (NIRA). Né en 1951. Diplômé de l'Université de Tokyo et Docteur en économie de l'Université de Rochester (États-Unis d’Amérique). Il a également enseigné à l'Université de Houston et à l’Université métropolitaine de Tokyo. Il devient professeur assistant à l'Université de Tokyo en 1993. Il occupe son poste actuel depuis 1996. Il a été nommé président de NIRA en 2006. Parmi ses travaux publiés Sangyô Seisaku no keizai bunseki (Analyse économique de la politique industrielle) et Keizai kiki wa sekai ni nani wo motarashita ka (Ce que la crise économique a apporté au monde).

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