L’électronique grand public japonais en perte de vitesse : quelle stratégie pour l’avenir ?

Kishiro Yasuyuki [Profil]

[09.10.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Les grands de l’électronique japonais sont en proie au marasme du secteur et recherchent une bouée financière dans les capitaux chinois et taïwanais. Kishiro Yasuyuki analyse les raisons de leur déclin et réfléchit aux moyens de leur renouveau.

Les fabricants d’électronique grand public japonais sont dans une mauvaise passe. Les 3 géants japonais Sony, Sharp et Panasonic ont accusé des pertes considérables pour un total de 1 600 milliards de yens au bilan de l’exercice 2011-12, et s’emploient activement à redresser leurs finances. Ces pertes sont conséquentes en grande partie à un ralentissement sur le marché des téléviseurs qui s’explique principalement par l’achèvement en 2011, de la période de transition de la télévision analogique au nouveau système de télévision numérique terrestre, ainsi que du système d’écopoints sur l’électromenager “Vert” instauré par le gouvernement dont le but était d’encourager l’achats de produits à faible consommation d’énergie et favoriser la diffusion du téléviseur numérique.

L’électronique grand public japonais, supporté par la fiscalité et la politique des ondes nationale a ainsi profité d’une demande anticipée artificiellement, laquelle a été suivie en corollaire par une chute des ventes.

Du retard dans la spécialisation horizontale

Comme la valeur de production des produits liés aux téléviseurs s’élève à 6 000 milliards de yens sur une valeur de production totale de l’industrie électronique japonaise de 41 000 millions de yens, les conséquences ne sont pas négligeables.

D’importants fonds de restructuration sont nécessaires à la conduite d’une révision de l’activité et d’une réduction des effectifs. Là, les capitaux chinois et taïwanais apparaissent comme étant d’un secours considérable dans la collecte de ces fonds.

Sharp, en mars de cette année a reçu 133 milliards de yens de financement par Hon Hai Precision Industry, Co. Ltd ( nom commercial Foxconn ), le géant de Taiwan et a pu ainsi surmonter un stade critique. Hon Hai est devenu le premier actionnaire de Sharp avec 10% d’actions détenues.

Panasonic, l’an dernier, a cedé pour 10 milliards de yens une partie de sa section produits blancs ( L’ancienne division de Sanyo Electrics) à la grande société d’électromenager chinoise Haier, et Sony, de son côté a vendu une unité de production de téléviseurs méxicaine à Hon Hai. Quant à NEC, elle a créé une société de micro-ordinateurs en joint-venture avec la société chinoise Lenovo dont la participation s’élève à 51% du capital.

Parts de marché mondiales en CA sur téléviseurs extra plats et taux de croissance

  Parts de marché (%) *1 Taux de croissance (%) *2
Samsung (Corée du Sud) 26,3 +18
LG Electronics (Corée du Sud) 13,4 +2
Sony (Japon) 9,8 -34
Panasonic (Japan) 6,9 -19
Sharp (Japan) 5,9 -30

*1 Parts de marché au quatrième trimestre 2011
*2 Taux de croissance entre 2010 et 2011

Comment l’électronique grand public japonais, à son apogée dans les années 80, a-t-il pu voir son activité s’effondrer ainsi ?

Les phénomènes importants apparus au cours de ces vingt dernières années sont le développement ultra-rapide d’internet et du numérique. La numérisation a conduit à la standardisation des composants électroniques et à l’évolution de la conception modulaire. De là un marché de biens intermédiaires s’est développé, qui a permis à toute société de s’approvisionner pour produire à moindre coût, en assemblant ces composants standardisés. Grâce à cette évolution, la spécialisation horizontale est devenue une tendance générale.

Une des plus célèbres sociétés tirant profit de cette tendance est Vizio, un producteur de téléviseurs américain ayant démarré comme start-up.

Son siège se charge seulemet de la conception des produits, les panneaux LCD viennent de la Corée du Sud, et les semi-conducteurs de Taïwan. La société ne possède pas d’unité de production propre et sous-traite celle-ci à une société taïwanaise, réalise l’assemblage en Chine et vend le produit fini aux Etats-Unis.

Elle choisit les entreprises ou les régions offrant les meilleurs rapports qualité-prix et optimise ainsi sa gestion. Vizio réalise ses objectifs avec à peine 90 employés et se dispute une place d’honneur sur le marché étasunien.

  • [09.10.2012]

Né en 1946. Journaliste scientifique et économique. Il est diplomé de génie aéronautique de l’Université de Tokyo. Après avoir travaillé comme ingénieur chez NEC, il entre au journal Asahi Shimbun. Il a couvert, principalement comme journaliste économique, les thèmes concernant les politiques financière, économique et industrielle du gouvernement, les énergies électrique et pétrolière ainsi que la bourse. Actuellement, en tant que président du Groupe d’Etude pour l’Application des Innovations, composé de chercheurs et industriels de différents horizons professionnels, il élabore des propositions de recherches dans les domaines de l’innovation technologique, de la réforme de gestion et de la création de politiques. Collaborateur au site internet WebRonza du journal Asahi, il est aussi l’auteur de Jimintô zeisei chôsakai (La commission d’enquête fiscale du PLD, Ed. Tôyô Keizai Shimpôsha) , et co-auteur de Gohyakuchôen no ogori—sugao no Kabutochô (L’orgueil d’un marché de cinq cent mille milliards de yens : le vrai visage de la place financière japonaise, Ed. Asahi Shimbunsha.)

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