La justice japonaise face aux erreurs judiciaires

Sano Shinichi [Profil]

[11.10.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Depuis la découverte récente de plusieurs erreurs judiciaires, le système judiciaire japonais est fortement remis en question. Un Népalais a, entre autres exemples, été emprisonné pendant quinze ans pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Sano Shinichi, qui a suivi l’affaire en tant que journaliste, explique comment cet homme a été condamné à tort et en quoi son histoire est emblématique de la crise que traverse le système judiciaire japonais.

Le 7 juin 2012, la Haute cour de Tokyo a statué sur le cas de Govinda Prasad Mainali en lui accordant un nouveau procès. En 1997, cet homme originaire du Népal avait été condamné à la prison à vie pour le meurtre d’une employée de la Compagnie d’électricité de Tokyo (Tepco) et il purgeait sa peine dans une prison de Yokohama. La Haute cour a aussi décidé de mettre fin à sa détention le jour même. Govinda Prasad Mainali a alors été transféré de sa cellule au bureau de l’immigration du district de Yokohama puis renvoyé au Népal le 15 juin, où il n’était pas rentré depuis dix-huit ans.

Au Japon, bénéficier d’un nouveau procès est déjà quelque chose de tout à fait inhabituel. Mais ce qui est vraiment extraordinaire dans l’affaire du meurtre de l’employée de Tepco, c’est que Govinda Prasad Mainali est sorti de prison le jour même et qu’il a été renvoyé presque aussitôt après dans son pays natal.

Un nouveau procès justifié par des tests ADN

On ne peut que se réjouir que Govinda Prasad Mainali soit retourné au Népal où il a retrouvé sa famille après avoir passé quinze ans derrière les barreaux pour un crime qu’il n’a pas commis. Mais avant d’en arriver là, il a fallu des efforts gigantesques pour venir à bout des énormes obstacles qui s’opposaient à un nouveau procès, et déclencher une remise en question du système judiciaire japonais et de sa capacité à se réformer.

La décision inattendue de la Haute cour de Tokyo est survenue au beau milieu d’une série d’affaires qui ont ébranlé la confiance du public dans le système judiciaire et provoqué une crise au sein du Ministère de la justice japonais. Rappelons pour mémoire le cas de Sugaya Toshikazu, condamné en 1990 pour le meurtre d’une fillette de quatre ans et acquitté en 2010 à la suite de nouveaux tests ADN. Ou celui de Sugiyama Takao et de Sakurai Shôji accusés de vol avec assassinat et mis en liberté conditionnelle en 1996 après être restés vingt-neuf ans en prison. Ou encore les accusations non fondées de falsification de documents formulées en 2009 contre Muraki Atsuko, ancien directeur général du Bureau de la famille, de l’enfant et de l’égalité devant l’emploi qui dépend du Ministère de la santé, du travail et des affaires sociales.

La décision prise par la justice dans l’affaire Govinda Prasad témoigne d’une volonté courageuse de redonner confiance dans le système judiciaire, et à ce titre elle mérite d’être saluée. Le facteur décisif qui est directement à l’origine de la réouverture du dossier, ce sont de nouveaux tests ADN qui ont démontré que les poils pubiens trouvés sur le lieu du crime et le sperme découvert sur le corps de la victime n’appartenaient pas à l’accusé. La preuve irréfutable de l’innocence de Govinda Prasad Mainali a été apportée en 2011, l’année où l’Archipel a été frappé par un désastre sans précédent provoqué par un gigantesque tsunami et l’accident nucléaire de Fukushima qui en a résulté. La façon dont les choses se sont passées dans le monde judiciaire au moment même où se produisait un cataclysme naturel pourrait être interprétée comme une coïncidence historique.

La catastrophe nucléaire de Fukushima a mis fin au mythe de la sécurité de l’énergie nucléaire dans lequel croyaient les Japonais. Et dans le même temps, les scandales judiciaires récents ont ébranlé la confiance du peuple japonais dans la justice. Mais peut-on dire pour autant que le mythe de l’infaillibilité de la justice n’a plus cours ?

Quand on a annoncé que Govinda Prasad Mainali serait rejugé, le Bureau des procureurs du ministère public de Tokyo a immédiatement fait opposition et le procureur en chef adjoint a qualifié la décision d’« absolument inacceptable ». Une pareille réaction à ce stade de l’affaire est tout simplement ridicule. Si les procureurs veulent s’épargner de nouvelles humiliations, ils feraient mieux d’annuler leur démarche, qui n’a pas d’autre objectif que de les protéger, eux et leur corporation. Tenter de faire obstruction pour sauvegarder ses intérêts au moment précis où la décision de la Haute cour de Tokyo redonne confiance dans le système judiciaire japonais, c’est une attitude complètement infantile.

  • [11.10.2012]

Né en 1947 à Tokyo. Diplômé de l’Université Waseda où il s’est spécialisé en littérature. Il a commencé par travailler dans l’édition et en tant que journaliste pour des publications spécialisées dans le domaine des affaires. Il est ensuite devenu journaliste indépendant. En 1981, il s’est fait remarquer par une série d’articles intitulée « Dokyumento Nippon no sei » (Reportage : Le sexe au Japon) et publiée par la revue Shûkan Bunshun. Il a obtenu le Prix Ôya Sôichi pour Tabisuru Kyojin (Voyages de géants). On lui doit aussi Tôden OL Satsujin jiken (L’affaire du meurtre de l’employée de TEPCO), qui a alimenté le débat sur la culpabilité ou l’innocence de l’homme qui a été condamné.

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