Futur incertain sur la maison impériale japonaise

Iwai Katsumi [Profil]

[15.01.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

Au Japon, les femmes de la famille impériale sont exclues du droit de succession au trône, et perdent leur statut de membre de la famille régnante à leur mariage. Une révision de la loi visant à permettre aux femmes de la famille impériale de conserver leur statut impérial en considération du fait que la famille impériale actuelle manque justement de mâles a été évoquée, mais peine à se concrétiser amplifiant les incertitudes concernant les risques de disruption entre l’empereur, l’impératrice, et le couple du prince héritier.

La révision de la loi sur la Maison impériale à laquelle avait travaillé le gouvernement de M. Noda Yoshihiko se trouve suspendue du fait du changement de gouvernement. Le manque de successeurs au sein de la famille impériale se fait sentir d’année en année, et en dépit du risque grave qui pèse sur le destin de la maison impériale, aucun chemin de sortie de crise ne semble se dessiner.

La solution évoquée par le précédent gouvernement début 2011 passait par la conservation du statut impérial pour les filles de la famille impériale, alors que dans la législation actuelle les filles perdent leur statut lors de leur mariage.

Les filles de la famille impériale perdent leur statut en se mariant

La loi de la maison impériale du Japon admet la seule lignée patrilinéaire de sexe masculin à la succession du Trône impérial, et ne reconnaît pas la possibilité aux femmes de transmettre le sang impérial par mariage en dehors de la famille impériale. Or, depuis la naissance de la princesse Sayako, la fille de l’empereur actuel en 1969, ce sont 9 filles qui sont nées successivement au sein de la famille impériale, pour un seul mâle, le prince Hisahito (6 ans), petit-fils de l’empereur actuel (79 ans) par son fils cadet, le prince Fumihito d’Akishino (47 ans). L’ordre actuel de succession est donc le suivant : En premier lieu le prince héritier Naruhito (52 ans) fils aîné de l’empereur, son frère cadet le prince Fumihito en n°2, et le jeune prince Hisahito en n°3. Ce dernier étant le seul mâle de sa génération dans la famille, le risque est important de voir se produire une situation d’empereur « singleton » sans aucun successeur en attendant que lui-même ait au moins un héritier mâle.

Le gouvernement Noda promouvait un maintien des sœurs aînées du prince Hisahito, les princesses Mako (21 ans) et Kako (18 ans), ainsi que sa cousine la princesse Aiko (11 ans), fille unique du prince héritier, sous statut de la famille impériale même après leur mariage, et s’est essayé à faire amender la loi actuelle régissant le statut de la famille impériale et les règles de succession dans ce sens.

En 2005, c’est-à-dire avant la naissance du prince Hisahito, le gouvernement de l’époque de M. Koizumi Junichirô, appartenant à une autre majorité, avait déjà essayé de réviser cette loi de façon à permettre l’accession aux trônes aux membres féminins de la famille impériale. Néanmoins une forte opposition s’était dressée contre ce projet de réforme instituant l’égalité des sexes dans la famille impériale, et l’opinion publique s’était divisée en deux camps. Le projet avait d’ailleurs fait long feu peu de temps avant la date prévue du débat législatif pour cette réforme, quand était né le prince Hisahito, premier enfant mâle à naître dans la famille impériale depuis 41 ans.

Dans ces circonstances, le gouvernement Noda a préféré renoncer à modifier la loi de succession au trône et maintenir le principe de la stricte succession mâle, et contourner la difficulté par une mesure de « transition », laissant le soin aux Japonais d’une génération future d’imaginer leur propre solution. Les cinq filles des cousins de l’empereur actuel (petites-filles du prince Takahito de Mikasa, frère cadet de l’empereur Shôwa et oncle de l’empereur actuel), sont toutes adultes et en âge de se marier, les trois petites-filles de l’empereur s’en approchent également, le temps presse effectivement de décider quelque chose.

Pourquoi tant d’insistance à maintenir une succession strictement masculine ?

Malgré ce caractère « transitoire » de la proposition Noda, celle-ci a fait se lever chez les conservateurs un sentiment de danger de voir se rompre dans le futur le principe primogéniture mâle de la succession impériale, ce qui a fait dresser de hauts obstacles devant le projet de loi. Les conservateurs, de leur côté, préféreraient réintégrer dans la lignée de succession impériale les membres collatéraux qui en ont été exclus par les forces Alliées après la défaite de la Seconde Guerre Mondiale.

C’est ainsi que le Premier Ministre actuel Abe Shinzô avait dès septembre 2011 réitéré sa position sur cette ligne. De nouveau à la tête du gouvernement depuis les dernières élections, la proposition Noda est désormais retournée dans les cartons.

Alors que l’on remarque une progression de l’égalité homme/femme à la succession dans les différentes familles royales d’Europe, l’insistance du Japon à maintenir à notre époque un principe de primogéniture mâle peut paraître incompréhensible. Mais l’empereur du Japon, figure centrale de l’esprit d’unité nationale depuis au moins un millier et quelques centaines d’années, est l’héritier d’une histoire qui a maintenue la droiture et le caractère sacré d’une descendance mâle intacte. Les tumulus funéraires des empereurs des temps anciens que l’on trouve dans de nombreuses régions du pays, comme les « rituels traditionnels » dédiés aux ancêtres impériaux sont un signe de la légitimité de l’empereur en tant que prêtre-roi, et cette coloration religieuse est ce qui enracine profondément la tradition de « l’empereur symbole ». Des commentateurs font même remarquer que l’empereur japonais est plus proche d’une figure comme le Dalaï Lama que des rois et reines européens.

  • [15.01.2013]

Journaliste. Né en 1947. Diplômé de l’Université de Keiô. Entre au journal Asahi en 1971. Conseiller éditorial de 1994 à 2012. Laisse son poste en mai 2012. Prix de l’association des journalistes en 2005 pour son scoop sur les fiançailles de la princesse Sayako. Ses ouvrages : Le Testament du Grand Chambellan (notes d’entretiens, éd. du Journal Asahi, 1997), Les devoirs de la famille impériale (id. 2006), etc.

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