Mieux connaître les coopératives agricoles japonaises

Yamashita Kazuhito [Profil]

[17.09.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | العربية |

En dépit du déclin de l’agriculture nippone, le groupe des Coopératives agricoles japonaises, appelé JA, n’a rien perdu de son pouvoir et de son influence. Yamashita Kazuhito explique ici comment cela a pu se produire et examine les conséquences de l’opposition du JA à la participation du Japon au Partenariat transpacifique.

Il plane, autour du groupe des Coopératives agricoles japonaises, connu sous le nom de JA, un grand mystère, qui s’exprime à travers des questions comme : « si l’agriculture japonaise est en déclin, comment expliquer le développement, voire la prospérité, du JA ? » ou encore « si le nombre des agriculteurs est en baisse, comment se fait-il que le JA ait une telle influence politique ? »

Un géant financier

Il semble que rien ne puisse enrayer le déclin régulier de l’agriculture japonaise. La production brute de ce secteur, qui a culminé à 11 700 milliards de yens en 1984, est tombée à 8 200 milliards en 2011. En 1960, il y avait plus de 6 millions de foyers d’agriculteurs, qui regroupaient 14,5 millions de personnes. Il n’en restait même pas la moitié en 2010 — 2,5 millions de foyers — et les effectifs de la profession ne représentaient plus que 2,5 millions d’individus en 2012 — soit un sixième de son niveau précédent.

En dépit de tout cela, le JA continue de croître. En 1960, il comptait 6,5 millions de membres, chiffre qui est passé à 9,7 millions en 2010 — soit une augmentation de 50 %. Quant à l’activité bancaire de l’organisation, les fonds dont celle-ci disposait en 2012 atteignaient 88 000 milliards de yens — ce qui faisait du JA une banque géante en lutte pour la deuxième place au niveau national. Le montant total des actifs de sa branche assurances s’élève à 47 600 milliards de yens, un chiffre tout proche des 51 000 milliards que détient Nissay, la plus grosse société japonaise d’assurances.

Sur la scène politique, le JA a développé le plus grand réseau d’opposition à la participation du Japon au Partenariat transpacifique (TPP), et ce mouvement a réuni plus de 10 millions de signatures. Lors de l’élection à la Chambre des représentants qui s’est tenue à la fin de l’année 2012, nombre de candidats du Parti libéral-démocrate ont été élus après avoir promis qu’ils s’opposeraient au TPP. Plus de la moitié des membres de la Diète appartenant au PLD adhèrent au groupe parlementaire hostile à l’accord de libre-échange.

Comment le JA a-t-il réussi à accroître son influence économique et politique alors que l’agriculture est en déclin depuis si longtemps ? Pour répondre à cette question, nous allons devoir examiner certaines caractéristiques propres à cette organisation.

Un large éventail de compétences

La pénurie alimentaire consécutive à la seconde guerre mondiale a contraint le gouvernement à prendre des mesures pour empêcher que le riz ne soit vendu sur le marché noir à des prix élevés. Pour ce faire, il a mis sur pied le JA en réorganisant une entité qui, pendant la guerre, exerçait sa tutelle sur les communautés agricoles dans tous les domaines, depuis l’agriculture jusqu’à la finance.

Au Japon, le JA est le seul organisme officiellement autorisé à développer ses activités dans le secteur bancaire, l’assurance-vie et l’assurance des dommages. Contrairement aux associations nord-américaines et européennes jouissant de licences pour des activités ponctuelles — par exemple l’achat de matériaux agricoles ou la vente de produits —, le JA est une organisation toute puissante doté d’un vaste éventail de compétences.

La réforme agricole appliquée après la guerre ayant donné aux fermiers la propriété de leurs terres, le mouvement socialiste a reculé dans le milieu des agriculteurs, supplantée par le courant conservateur, et le JA a joué un rôle emblématique dans ce changement. Apportant son soutien aux gouvernements stables et conservateurs, il est devenu dans le même temps le plus grand groupe de pression sur la scène politique et, à travers ses activités, un pourvoyeur de votes pour le PLD. En retour, il s’est vu attribuer diverses subventions et accorder des prix plus élevés pour les achats de riz par l’État.

À chaque hausse du prix des achats d’État, les recettes de la redevance perçue par le JA sur les ventes de céréales augmentaient. Outre cela, les petits agriculteurs, que les coûts élevés de production auraient dû, en tout état de cause, mettre en cessation d’activités, se sont trouvés en mesure de produire leur propre riz à moindres frais que s’ils l’avaient acheté. Si bien qu’ils ont continué de cultiver la terre et que les foyers d’agriculteurs les plus efficaces se sont trouvés dans l’impossibilité d’augmenter leurs surfaces de terres agricoles.

Beaucoup de petits agriculteurs ne travaillaient la terre que pendant le week-end, car ils étaient employés à plein temps en usine ou ailleurs, et dans le même temps la multiplication des ventes de terrains agricoles à des fins résidentielles générait d’énormes recettes. Tout l’excédent des salaires des agriculteurs et le fruit des ventes de terres agricoles finissaient invariablement dans les comptes d’épargne du JA. Du simple fait que les opérations bancaires faisaient partie des activités du JA, la persistance des petits agriculteurs a tourné à son avantage.

Peut-être l’agriculture était-elle en déclin, mais le JA n’en a pas moins prospéré.

  • [17.09.2013]

Directeur de recherche à l’Institut Canon pour les études mondiales et associé principal à l’Institut de recherche pour l’économie, le commerce et l’industrie. Né en 1955, il est entré au ministère de l’Agriculture, des Forêts et des Pêches (MAFP) en 1977. A occupé, entre autres fonctions, celles de conseiller au sein de la mission officielle du Japon auprès de l’Union européenne et de directeur adjoint au Bureau du développement rural. A quitté le MAFP en 2008. Au nombre de ses ouvrages récents figurent TPP obake sôdô to kuromaku Kaikoku no kyôfu o aotta Nyôkyô no enbô (Derrière l’alarmisme à propos du TPP : pourquoi JA attise les craintes relatives à l’ouverture), Nôkyô no inbô (Le complot du JA) et Nôgyô bigguban no keizaigaku (L’économie du big bang de l’agriculture).

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