Accroissement de l’investissement des entreprises japonaises à l’étranger

Ôwada Takashi [Profil]

[17.04.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

Récemment, plusieurs entreprises japonaises ont défrayé la chronique suite à des fusions et acquisitions mettant en jeu de grandes sociétés étrangères.

En juillet 2013, le géant japonais de la communication Softbank a déboursé 21,6 milliards de dollars pour l’achat de Sprint Nextel Corporation, la troisième plus grosse société de téléphonie mobile des États-Unis. Le 13 janvier 2014, Suntory Holdings a annoncé qu’il allait faire l’acquisition de Beam, le fabricant de spiritueux états-unien célèbre pour son bourbon Jim Beam, pour 16 milliards de dollars. En 2011, la société Takeda Pharmaceutical a payé 9,6 milliards de dollars pour prendre possession du Zurichois Nycomed, et l’année suivante Daikin, un fabricant de climatiseurs, a acheté l’Américain Goodman Global pour 3,7 milliards de dollars.

Pour les entreprises japonaises confrontées chez elles au rétrécissement du marché et au déclin de la population, le rachat d’entreprises étrangères constitue l’un des rares scénarios de croissance qu’elles puissent encore envisager.

Jusqu’à une date récente, le moins qu’on puisse dire est que cette option ne suscitait chez elles aucun enthousiasme. L’investissement direct à l’étranger des entreprises japonaises était lié pour l’essentiel à la délocalisation des installations de production, une opération tout à fait différente de l’acquisition d’une autre entreprise. Maintenant que le transfert des installations de production outre-mer a atteint un pallier, l’achat de sociétés étrangères peut contribuer à l’amélioration de la balance des opérations courantes du Japon, qui en a bien besoin. Mais les entreprises japonaises, habituées à la stabilité du marché intérieur, ont tendance à se montrer conservatrices. Aujourd’hui, il est difficile de savoir si, à l’instar de Softbank et Suntory, d’autres sociétés vont adopter une stratégie plus positive d’acquisitions à l’étranger.

Le déficit commercial est imputable à des facteurs structurels

Pendant la majeure partie de l’après-guerre, on le sait, l’économie japonaise s’est construite sur les exportations de produits manufacturés. Grâce à la très forte compétitivité de leurs produits sur les marchés internationaux, les entreprises japonaises du secteur manufacturier ont progressé avec assurance sur le marché mondial des exportations, accumulant chaque année un excédent commercial de plus de 100 milliards de dollars. Dans les années 1990, sont venus s’ajouter les gains accumulés sur les placements en devises étrangères, à tel point que l’excédent des opérations courantes du Japon a fini par avoisiner les 250 milliards de dollars.

À l’arrière-plan, toutefois, les entreprises japonaises perdaient régulièrement du terrain face à la concurrence internationale, si bien que l’excédent commercial a commencé à décliner. En 2005, le revenu de l’investissement a dépassé pour la première fois l’excédent commercial et, en 2011, celui-ci a finalement laissé place à un déficit. Pendant un certain temps, le solde du compte courant des entreprises a pu rester positif, du fait qu’elles se sont servies du revenu des investissements pour effacer le déficit commercial. Mais celui-ci s’est aggravé depuis le milieu de l’année 2013 et le compte courant du Japon est tombé dans le rouge en l’espace de quelques mois. Il n’est pas exclu que le pays se trouve dès cette année en situation de déficit chronique.

Bien des gens attribuent au premier chef l’aggravation du déficit commercial à l’augmentation des importations énergétiques provoquée par l’arrêt des centrales nucléaires japonaises. Pourtant, ce n’est pas tout à fait vrai. Les mesures d’économie de l’énergie ont suffi à compenser la perte d’énergie nucléaire et, en fait, on n’a pas enregistré de hausse notable des importations d’énergie entre aujourd’hui et la période qui a précédé l’accident nucléaire de Fukushima Daiichi. La facture payée par le Japon pour ses importations énergétiques a certes augmenté, mais c’est à cause de la hausse brutale des prix sur le marché du gaz naturel liquide et du pétrole brut.

Outre cela, dans le contexte de globalisation croissante de l’économie mondiale, l’augmentation de la proportion des produits manufacturés outre-mer a contribué au ralentissement des exportations. La production de Toyota, le premier fabricant japonais de véhicules automobiles, a d’ores et déjà baissé de près de moitié. Dans le même temps, des fabricants d’électronique comme Sony et Panasonic achètent une quantité grandissante de leurs produits et de leurs pièces détachées ailleurs en Asie, et cette tendance va probablement se prolonger. Autrement dit, le déficit commercial est dû à des facteurs structurels et il doit être considéré comme un phénomène qui a de bonnes chances de durer.

  • [17.04.2014]

Fondateur et éditeur en chef du Capital Tribune Japan. Diplômé de l’Université du Tôhoku en 1993, il est entré chez Nikkei Business Publications. A travaillé comme gestionnaire de fonds avant de fonder en 2009 Stock Research. De 2005 à 2009, a été chercheur au Centre des Communications globales de l’Université internationale du Japon. A été conseiller auprès du ministère des Finances et a publié plusieurs ouvrages sur l’investissement, avant tout dans le secteur des technologies de l’information.

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