Le désarroi de la NHK, l’unique groupe audiovisuel public du Japon

Hayashi Kaori [Profil]

[14.07.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

La NHK traverse une période de trouble. Elle n’arrive pas à séduire les jeunes spectateurs, son nouveau président a eu des propos malheureux, les qualifications de ses dirigeants sont remises en question. Hayashi Kaori, professeur de sciences des média à l’Université de Tokyo, fait l’état des lieux.

La nouvelle direction très critiquée

La NHK (Nihon Hôsô Kyôkai ou Société de communication audiovisuelle du Japon), unique groupe audiovisuel public du Japon(*1), est à nouveau ébranlée.

Tout a commencé avec les désastreuses paroles de Momii Katsuto, son nouveau président  entré en fonction en février dernier. Lors de la conférence de presse qu’il a donnée à l’occasion de sa nomination le 25 janvier, il a déclaré : « si le gouvernement dit ‟à droite”, nous ne pouvons pas dire ‟à gauche” », une opinion à priori incompatible avec le principe de base du journalisme. Il a été à nouveau en butte aux critiques au Japon comme à l’étranger lorsqu’il a dit publiquement, à propos des femmes de réconfort de l’armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale, que tous les pays du monde avaient eu ce genre de pratique.

M. Momii est le troisième président depuis 2008 à être arrivé à la NHK après une carrière dans le secteur privé. C’est un choix stratégique, à forte valeur symbolique, dans le cadre de la réforme entreprise par la NHK pour se débarrasser de son image de groupe public alourdi par la bureaucratie. Dès l’instant où il a été nommé, M. Momii a montré que les connaissances les plus élémentaires sur le statut de groupe audiovisuel public lui faisaient défaut.

Au début de l’année, les qualifications de plusieurs nouveaux membres du directoire de la NHK avait suscité des controverses. L’une concernait un écrivain très populaire qui, après sa nomination, a activement soutenu la candidature au poste de gouverneur de Tokyo de Tamogami Toshio, un ancien chef d’état-major des Forces aériennes d’autodéfense qui s’est lancé dans la politique avec des idées très marquées à droite. Une autre portait sur une universitaire qui avait fait l’éloge, en octobre 2013, de Nomura Shûsuke, un activiste d’extrême droite qui s’est suicidé en 1993 avec une arme à feu alors qu’il s’était introduit dans les locaux du quotidien Asahi Shimbun. Ces deux personnalités, connues pour être très proches du Premier ministre, M. Abe, ont joué un rôle essentiel pour son retour au pouvoir puisqu’elles figurent parmi les fondateurs du groupe de soutien qui a relancé sa carrière politique. L’entrée au directoire de la NHK d’un ancien répétiteur du Premier ministre quand il était écolier n’est pas non plus passée inaperçue. 

Le directoire auquel elles participent est une des pièces maîtresses de la réforme de la NHK lancée par son « plan d’action 2006-2008 ». Affectée depuis le début du nouveau millénaire par une série de scandales, la NHK a décidé de se doter d’un président venu du privé, afin de se donner une image plus dynamique et plus proche du secteur privé. Elle a aussi renforcé les fonctions du directoire qui est passé d’un organisme de pure forme à une véritable structure supervisant ses opérations. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les problèmes relatifs à son nouveau président et à certains de ses nouveaux administrateurs.

(*1) ^ La loi sur la NHK établit qu’elle est un « diffuseur public » différent d’un diffuseur d’État géré directement par celui-ci, et des diffuseurs privés financés essentiellement par la publicité. Mais le Parlement doit approuver son budget et la nomination des membres de son directoire. Elle est financée par la redevance payée par les téléspectateurs.

  • [14.07.2014]

Membre du comité consultatif de rédaction de Nippon.com depuis avril 2014. Professeur à l’Interfaculty Initiative in Information Studies de l’Université de Tokyo. Née à Nagoya en 1963, elle obtient son doctorat de sociologie de l’information à l’Université de Tokyo où elle est nommée professeur en septembre 2009 après avoir été journaliste au bureau de Tokyo de Reuters, et chercheur invité à l’Université de Bamberg. Elle est secrétaire générale de la société du journal de l’Université de Tokyo, conseillère auprès du Deutsches Institut für Japanstudien, co-représentante du Gender and Communication Network, chercheuse à l’Ecole de journalisme de l’Asahi Shimbun. Elle est auteur, entre autres, de Le journalisme pour les femmes et les enfants (Iwanami Shoten, 2011).

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