Robots humanoïdes japonais : enfin l’heure de la consécration ?
[02.12.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Après une période de stagnation, l’industrie japonaise des robots humanoïdes est en train de trouver un second souffle. Shimizu Masaharu, de l’Institut de technologie de Chiba, compte parmi les chercheurs qui se trouvent à l’avant-garde de la R&D en ce domaine. Il partage ici avec nous son point de vue sur l’état actuel de la technologie robotique et ses perspectives d’avenir.

L’industrie japonaise des robots, dont l’éclat était plutôt terne ces derniers temps, retrouve enfin son lustre. Le gouvernement a annoncé en juin 2014 une nouvelle stratégie de croissance dont l’un des piliers est la « révolution industrielle nourrie par les robots ». D’ici la fin de l’année, le Japon va en outre formuler un plan d’action sur cinq ans concernant les usages spécifiques des robots. Sur le front de la consommation, la société SoftBank a annoncé au mois de juin de cette année la naissance de son nouveau robot, Pepper, dont la mise sur le marché est prévue pour le mois de février prochain au prix étonnamment bas de 198 000 yens.

Les robots humanoïdes japonais à la pointe du progrès

Né en 1974, Shimizu Masaharu s’intéresse à la R&D en architecture des systèmes des robots depuis l’époque où, inscrit en troisième cycle à l’Université Aoyama Gakuin, il étudiait la robotique sous la direction du professeur Tomiyama Ken. Après avoir travaillé à l’Agence japonaise des sciences et de la technologie, il est entré en 2003 au Centre de la technologie des robots du futur (fuRo) de l’Institut de technologie de Chiba. (Photo : Yamada Shinji)

Le Japon est le leader mondial en ce qui concerne la recherche et développement axée sur la production de robots humanoïdes capables de marcher sur deux jambes. D’après Shimizu Masaharu, directeur de recherche au Centre de la technologie des robots du futur (fuRo) de l’Institut de technologie de Chiba, cette avance du Japon doit beaucoup à l’influence de la bande dessinée. « Un bon nombre des chercheurs impliqués dans l’élaboration des robots étaient des fans de Astro Boy et Doraemon lorsqu’ils étaient enfants. Moi-même, qui suis titulaire d’un doctorat en architecture des systèmes des robots humanoïdes, j’ai été marqué par mon appartenance à ce qu’on pourrait appeler la “génération Gundam”. »

La création d’ASIMO par Honda a constitué un moment fort de la R&D dans le domaine des robots humanoïdes. C’est en 1986 que Honda s’est lancé dans la mise au point de robots marcheurs. À l’époque, il était assez rare qu’un robot soit capable de marcher, et la conception d’un robot marchant debout sur ses deux jambes passait pour une gageure. Avant même qu’ASIMO voit le jour en 2000, plusieurs prototypes l’avaient précédé au milieu des années 1990 et les robots à deux jambes étaient devenus un sujet de prédilection des chercheurs.

Depuis lors, la technologie des robots marcheurs a grandement progressé, comme l’explique M. Shimizu : « Au début, le simple fait de faire marcher un robot constituait un exploit. Mais maintenant, on en est arrivé au point où ils courent. Les choses ont bien avancé. Mais je dois ajouter que ces avancées en sont encore au stade expérimental ou démonstratif. Nous n’avons pas atteint le niveau technique nécessaire pour que les robots humanoïdes deviennent pour nous, dans nos vies, des “outils” capables de nous procurer des services dont nous avons besoin en situation réelle. »

Les robots humanoïdes ouvrent de nouvelles possibilités

Le robot Morph3 a été conçu conjointement par le Kitano Symbiotic Systems — un projet né dans le cadre du programme Erato de l’Agence japonaise des sciences et de la technologie —, et le concepteur industriel Yamanaka Shunji. Le 1er juin 2013, l’équipe de R-D qui a conçu Morph3 a établi sa base de travail au fuRo, où ses activités se poursuivent. © fuRo

M. Shimizu et ses collègues chercheurs au fuRo travaillent à la mise au point de Morph3, un robot humanoïde conçu comme un « athlète de métal », nom qu’ils ont choisi pour évoquer le large éventail de mouvements que ce robot compact est capable d’exécuter, grâce à la flexibilité de ses articulations.

Les technologies utilisées dans la mise au point de ce genre de robot très performant en termes de mouvements sont susceptibles de donner lieu dans le futur à d’autres applications, telles que le développement de dispositifs d’interface humanoïdes destinés à la communication à distance.

« Par exemple », dit M. Shimizu, « deux personnes situées à distance l’une de l’autre pourraient se serrer la main par l’intermédiaire de leurs robots humanoïdes respectifs et chacune ressentirait la vigueur de la poignée de main. On peut aujourd’hui envoyer des contenus audiovisuels sur l’Internet via un smartphone ou un ordinateur, mais pour véhiculer des sensations tactiles ou une force susceptible d’être perçue, nous avons besoin de la technologie des robots. »

À l’heure actuelle, le fuRo travaille à la mise au point de Core, un robot marcheur capable de porter une personne ou une charge pouvant aller jusqu’à 100 kg – un poids qui dépasse les capacités de tous les autres robots à deux jambes. Selon M. Shimizu, la R&D fondamentale actuellement menée au fuRo vise à rien moins que la création d’un robot en mesure de transporter une personne âgée ou handicapée jusqu’au sommet d’une cime pour lui procurer une expérience de la haute montagne.

« On compare souvent l’utilité de la R&D axée sur les robots humanoïdes à l’apport technique des voitures de Formule 1 », remarque M. Shimizu. « Les technologies utilisées dans les voitures ordinaires prennent souvent leur source dans ces machines ultra-performantes. Les spécificités techniques d’une voiture de Formule 1 ne peuvent pas être directement transférées aux voitures qu’on conduit tous les jours, mais certains éléments des technologies de pointe nées de cette R&D n’en finissent pas moins par trouver des applications d’ordre général. »

Le robot à deux jambes Core, capable de se déplacer en portant une personne ou une charge pesant jusqu’à 100 kg. (Photo : Yamada Shinji)

  • [02.12.2014]
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