Ralentissement de l’économie chinoise, quelles perspectives ?

Ke Long [Profil]

[23.09.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 |

Alors que l’inquiétude enfle face au ralentissement économique en Chine, le gouvernement chinois a procédé à une dévaluation du yuan. L’avenir reste néanmoins sombre pour l’économie chinoise, faute de réformes structurelles en profondeur, notamment dans le secteur public.

Effondrement de la bulle financière

En Chine, le retard enregistré dans la réforme des institutions politiques et du secteur public pèse sur les marchés, qui restent volatils. Il y a un an encore, la bulle de l’immobilier faisait rage. Afin d’échapper au sort subi par le Japon un quart de siècle plus tôt, le gouvernement chinois a décidé de contrôler les investissements immobiliers. Les liquidités se sont alors reportées sur les marchés boursiers, entraînant une hausse des valeurs. Pour le gouvernement chinois, cette hausse était la bienvenue. En effet, grâce à un assouplissement monétaire volontariste dans le cadre des Abenomics, le Japon est parvenu à pousser les valeurs à la hausse et à sortir de la spirale déflationniste de ces vingt dernières années. L’effet patrimoine dû à l’appréciation des valeurs boursières a sans doute fortement inspiré le gouvernement chinois.

Cependant, s’il est possible de faire évoluer à la hausse les marchés boursiers grâce à un assouplissement monétaire, sans amélioration de l’économie réelle, la Bourse finit par retomber. Ce cauchemar s’est concrétisé dès le début du mois de juin. L’indice de la Bourse de Shanghai, après avoir dépassé 5 100 points, a brutalement chuté. Au Japon, afin de maintenir les valeurs boursières à leur haut niveau, les Abenomics ont tablé sur une deuxième puis une troisième série de mesures (la stratégie de croissance), destinées à dynamiser l’économie réelle. En revanche, les réformes structurelles promises par le Premier ministre chinois Li Keqiang lors de sa nomination, il y a deux ans et demi, n’avancent pas.

Au vu des fondamentaux de l’économie chinoise, la chute des valeurs boursières n’a rien de surprenant, dans un contexte de ralentissement économique et faute de performances solides des entreprises cotées. Le Fonds monétaire international (FMI) considère d’ailleurs que la bulle financière chinoise a éclaté.

Des emprunts toxiques en quantité massive ?

La situation économique actuelle en Chine rappelle fortement celle du Japon du début des années 1990. En même temps que la bulle financière éclate, l’économie ralentit. Notons néanmoins une différence : la croissance chinoise continue officiellement à dépasser les 7 % en variation annuelle (voir le tableau ci-dessous). Cette progression du PIB de 7 % est cependant mise en doute, de nombreux chercheurs estimant qu’elle s’établirait plutôt autour de 5 %. Même en admettant que la croissance atteigne 7 %, des difficultés subsistent : elle dépassait jusqu’à présent 8 %, il s’agit donc d’un net repli.

Les principaux indicateurs de l’économie chinoise (2009-1er semestre 2015)

(unité : %, en glissement annuel)

2010 2011 2012 2013 2014 2015/1-6
Croissance du PIB réel 10,3 9,2 7,8 7,7 7,4 7,0
Indice Li Keqiang 15,0 12,1 7,7 9,1 4,9 2,9
Formation de capital fixe 23,8 23,6 20,6 19,6 15,7 11,4
Investissement immobilier 33,2 27,9 16,2 19,8 10,5 5,7
Vente au détail 18,4 17,1 14,3 13,1 12,0 10,5
Exportations 31,3 20,3 7,9 7,9 6,1 0,9
Importations 38,7 24,9 4,3 7,3 0,4 -15,5
Hausse des prix à la consommation 3,3 5,4 2,6 2,6 2,0 1,3
Taux de chômage dans les villes 4,3 4,1 4,1 5,0 5,1 5,1

Notes : 1) Le revenu réel des citadins correspond au revenu disponible par personne, celui des agriculteurs au revenu net par personne. 2) Le taux de chômage dans les grandes villes correspond jusqu’en 2012 au taux de chômage enregistré et se base sur des enquêtes après 2013. 3) Indice Li Keqiang = (progression du volume du fret ferroviaire x 25 %) + (progression de la consommation d’électricité x 40 %) + (progression du solde des investissements bancaires x 35 %) 4/Taux de chômage exprimé en % pour chaque année.
Source : Bureau chinois des statistiques, ministère chinois du Commerce, banque centrale de Chine, ministère chinois des Ressources humaines et de la Sécurité sociale

De nombreuses entreprises ont planifié leur activité en tablant sur une croissance supérieure à 8 % pour prévoir leurs investissements et leurs flux de trésorerie. Cependant, en raison du soudain ralentissement économique, nombre d’entre elles peinent aujourd’hui à rembourser leurs emprunts. Aucun chiffre précis n’a encore été publié, mais beaucoup d’économistes considèrent que les banques nationales chinoises détiennent des quantités massives d’emprunts toxiques. Dans l’absolu, une hausse de la croissance de 2 ou 3 % à 7 % améliore fortement la situation des entreprises. Le problème n’est donc pas le chiffre de 7 % en soi, mais la tendance économique profonde.

Le gouvernement chinois a fait d’une croissance de 7 % une « nouvelle normalité », signe qu’elle l’accepte. Mais, en réalité, les autorités souhaitent sans doute une croissance plus forte. Parce que la croissance économique est l’unique fondement de la légitimité du Parti communiste. C’est pourquoi le gouvernement chinois a tout fait pour enrayer la baisse subite des valeurs boursières.

  • [23.09.2015]

Chercheur senior à l’Institut Fujitsu. Né en 1963 à Nankin, il obtient en 1986 un diplôme de japonais à l’Institut technologique de Jinling. Il s’installe au Japon en 1988, où il obtient un diplôme de droit et d’économie à l’Université d’Aichi en 1992, puis un master d’économie à l’Université de Nagoya en 1994. Chercheur à l’Institut Chôgin, puis à l’Institut Fujitsu depuis 1998. Chercheur senior depuis 2007. Membre de la commission du ministère des Finances sur le change monétaire (2000-2009) et du comité Chine de l’Institut de recherche stratégique du ministère des Finances (2001-2002). Auteur de L’économie chinoise incontrôlable (Business-sha, 2014) et Le jour où la Chine deviendra un grand pays comme les autres (Nippon Jitsugyo Publishing, 2012), entre autres.

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