L’empereur du Japon pourra-t-il abdiquer ?

Tokoro Isao [Profil]

[07.09.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | العربية | Русский |

Le gouvernement va, selon toute vraisemblance, bientôt entamer le débat sur la volonté exprimée par l’empereur de renoncer à son trône de son vivant. Spécialiste de l’histoire de la maison impériale Tokoro Isao souligne ici qu’il faut rendre cela possible pour la continuité de sa fonction symbolique, et qu’une discussion vers une réforme en ce sens dans le cadre du Conseil de la maison impériale est souhaitable.

Une réaction positive à une information diffusée par la NHK

Le 13 juillet, la chaîne publique japonaise de télévision a annoncé en une de son journal télévisé de 19 heures que l’empereur souhaitait renoncer au trône de son vivant. J’étais à ce moment-là en train de travailler avec d’autres chercheurs sur le journal de l’empereur Murakami, qui a régné de 926 à 967, pendant l’époque Heian, et j’ai appris cette nouvelle stupéfiante par un sms de ma fille.

J’ai ensuite été assailli d’appels de la part des médias, et la NHK m’a demandé de passer dans ses studios de Shibuya avant de rentrer chez moi. Là-bas, après avoir relu plusieurs fois le communiqué diffusé et reçu des explications de la part du journaliste qui l’avait traité, je suis arrivé à la conclusion que son contenu était crédible et reflétait la volonté de l’empereur lui-même. J’ai ensuite répondu à plusieurs questions dans un entretien qui a été diffusé le lendemain, réponses que je présente ci-dessous.

 « L’empereur vient de soulever la question la plus essentielle et la plus vitale pour que soit assurée la pérennité du système impérial actuel qui fait de l’empereur le symbole de la nation et de l’unité du peuple, conformément à la Constitution. Le système impérial moderne a été créé par la loi de la maison impériale de 1889, pendant l’ère Meiji (1868-1912), à laquelle a succédé la loi actuelle adoptée en 1946, après la guerre. Aujourd’hui, une chose qui n’avait pas été considérée à l’époque, à savoir la progression de la longévité, rend nécessaire une réforme de cette loi qui n’est plus adaptée au XXIe siècle. C’est maintenant qu’il faut en débattre en réfléchissant à ce que le Japon sera dans les décennies à venir. Cela posé, il est évident que toute réforme a des avantages et des inconvénients, et on ne peut qu’espérer que tous les efforts seront faits pour parvenir à la meilleure solution possible. »

Les articles consacrés à ce sujet par les six grands quotidiens nationaux, dès le lendemain matin, exprimaient bien sûr de la surprise face à ce souhait de l’empereur, mais ils étaient généralement positifs. Le grand sénéchal de l’Agence impériale, Kazaoka Noriyuki, qui n’a pas démenti ce communiqué, s’est borné à préciser qu’il n’y était pour rien. Il correspond par conséquent probablement à la réalité.

Abe Shinzô, le Premier ministre, a déclaré qu’étant donné la nature du sujet, il ne pouvait faire aucun commentaire, mais Suga Yoshihide, le secrétaire général du Cabinet, a déjà laissé entendre par le passé que la réforme des points problématiques de la loi actuelle a été envisagée, en évoquant l’exploration de mesures destinées à remédier à la diminution des membres de la famille impériale. Enfin, des personnalités politiques de premier plan, tant de la majorité que de l’opposition, ont fait des commentaires positifs. Pour eux, il faut permettre à l’empereur, si c’est réellement sa volonté, de la réaliser.

La vraie signification du texte du premier communiqué

Je dois avouer que lorsque je relis le communiqué originel de la NHK, je suis d’abord très impressionné par son contenu extrêmement précis, qui se projette plusieurs années en avant, et reflète la réflexion entamée depuis quelque temps par les parties concernées et ceux qui leur sont liés. Je présente ci-dessous les dix points qu’il contient en ajoutant quelques explications simples, signalée par une astérisque.

1. Nous avons appris que l’empereur a indiqué aux responsables de l’Agence impériale son intention de renoncer au trône de son vivant au profit du prince héritier. Il souhaite annoncer prochainement au peuple et au monde entier sa volonté de le faire dans les années à venir. Les préparatifs nécessaires pour sa déclaration sont en train de se mettre en place.

* La loi de la maison impériale actuelle stipule que l’empereur occupe ses fonctions jusqu’à la fin de sa vie, mais il fait part de sa volonté d’abdiquer non seulement à sa famille mais aussi aux responsables de l’Agence impériale. Si celle-ci a nié son implication, c’est simplement parce que, pour que l’empereur puisse réaliser son souhait, il faut une réforme de la loi. L’Agence impériale, qui est du côté de l’empereur, a jugé nécessaire de prendre ses distances, étant donné que la Constitution stipule que l’empereur « n’a pas de pouvoirs de gouvernement ». On peut par conséquent comprendre que même si l’empereur exprime à la nation sa volonté d’abdiquer, l’Agence impériale ne peut aborder ce sujet.

  • [07.09.2016]

Né en 1941 dans la préfecture de Gifu. Professeur honoraire de l’Université Kyoto Sangyô, professeur invité à l’Université Reitaku et à l’Université Kôgakkan, professeur à l’Institute of Moralogy (directeur de recherche). Titulaire d’un doctorat en droit de l’Université Keiô et spécialiste de l’histoire du droit japonais. Il a fait partie de la commission d’experts sur la réforme de la loi de la maison impériale en 2005, et de la conférence des experts sur le système impérial de 2012, deux comités consultatifs auprès du Secrétaire général du Cabinet. Il est l’auteur de nombreuses publications, parmi lesquelles en 1985 un ouvrage sur les documents relatifs aux cérémonies de la Cour à l’époque Heian, et « La Succession impériale » (PHP, 2007), ou encore « La création de maisons princières de filiation féminine » (Bensei Shuppan, 2013).

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