Le Japon pourrait-il bientôt avoir une femme Premier ministre ?

Yokota Yumiko [Profil]

[09.11.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | Русский |

Koike Yuriko, l’actuelle gouverneur de Tokyo, et Renhô, présidente du Parti démocrate du Japon, de par leur qualité de femmes occupant de hautes fonctions électives à l’Archipel, sont aujourd’hui sous le feu des projecteurs du monde entier. Le Japon a longtemps été à la traîne dans la promotion de femmes responsables politiques, mais n’est-il pas encore tôt pour prévoir l’apparition prochaine d’une première femme Premier ministre ?

La première femme gouverneur de Tokyo

Trois mois ont passé déjà depuis que Koike Yuriko est entrée en fonction comme gouverneur de Tokyo en août 2016. C’est avec une profonde émotion que j’avais moi-même regardé à la télévision, le 31 juillet, ce sourire radieux en gros plan quand avait été annoncé sa victoire aux élections avec près de 3 millions de votes.

S’il y a déjà eu des femmes gouverneur au Japon, aucune n’avait été à ce jour élue dans la capitale. La position du gouverneur de Tokyo est indéniablement très supérieure à ceux des préfectures de province. Le budget de la préfecture est d’environ 7 000 milliards de yen (13 000 milliards si on ajoute les budgets spéciaux et ceux des entreprises publiques situées à Tokyo), ce qui correspond au budget national d’un pays comme la Suède. Il ne fait aucun doute que le représentant de la capitale japonaise est par conséquent l’une des figures principales qui donnent un visage au Japon d’aujourd’hui tout entier. En particulier dans le sens où Tokyo accueillera les Jeux olympiques en 2020, sa voix porte donc dans le monde entier. De journaliste présentatrice des informations télévisées à sa position actuelle, son parcours parle pour elle.

Remonter la pente

Mon livre Cherchez Hillary ! est paru en 2008, il y a huit ans. Aux États-Unis, c’était la fin de l’administration Bush, un désaveu de la population envers le Parti républicain était déjà observable et on pouvait prévoir une victoire du Parti démocrate aux prochaines élections présidentielles. Or, à l’origine, c’est Hillary Clinton qui s’était élancée en tête pour l’investiture.

En fin de compte, comme chacun sait, avec l’émergence de Barack Obama, le processus aboutit à l’élection du premier président noir de l’histoire des États-Unis, mais je pense qu’encore à mi-parcours personne ne doutait de la victoire d’Hillary. C’était mon cas, et je m’en réjouissais d’avance. En effet, des femmes présidente de la République ou Premier ministre étaient déjà apparues en Amérique du Sud et dans plusieurs pays d’Europe, mais une femme présidente des États-Unis d’Amérique, le pays dominant les relations internationales, cela aurait été un événement d’une portée totalement différente.

Je me posais par ailleurs la question : « Une femme Premier ministre apparaîtra-t-elle un jour au Japon ? » et j’avais cherché une réponse en interrogeant plusieurs femmes des principaux partis de la majorité et de l’opposition, dont Koike Yuriko, justement. Koike était à l’époque l’une des rares parlementaires femmes au Japon à envisager explicitement le poste de Premier ministre pour une femme. Elle s’est par la suite présentée aux élections internes au Parti libéral démocrate pour le poste de présidente du parti, mais a été battue. Aux États-Unis aussi, l’idée d’une première femme présidente est encore à concrétiser.

Depuis, Hillary a affirmé sa présence en occupant un poste essentiel du gouvernement Obama, mais je croyais pour ma part que le rêve de la voir un jour présidente était fini. De même pour Koike, après sa défaite en interne, puis le retour aux affaires réussi de Abe Shinzô lors des élections générales de 2012, auquel elle s’était opposée pour la présidence du parti, je pensais son jour de gloire définitivement éloigné.

Et je n’étais pas la seule. De nombreuses personnes, en particulier à Nagatachô, le quartier des ministères et du parlement, estimaient alors que Koike Yuriko appartenait au passé. Elle avait pu profiter d’une perte de confiance populaire envers les partis d’opposition synchronisée avec un manque de personnel politique de haut niveau dans son parti, mais le retour en fanfare d’Abe avait renversé la donne et Koike ne trouvait plus sa place dans ce projet. Néanmoins, elle n’est pas restée sans rien faire. Et son élection au poste de gouverneur de Tokyo est la marque d’une femme qui a su attendre son heure et porter son coup exactement quand il le fallait.

La voici aujourd’hui, non pas première femme Premier ministre, mais première femme gouverneur de Tokyo. Sans parler de sa réussite personnelle, c’est à n’en pas douter un grand pas en avant pour la cause des femmes au Japon.

  • [09.11.2016]

Journaliste. Diplômée de la faculté des lettres de l’Université Aoyama Gakuin en 1996. Écrit sur les thèmes liés aux femmes, au monde de la politique et de la bureaucratie. Fonde la compagnie Magnolia en janvier 2015, qui gère des aides à la fondation d’entreprises par des femmes et Mulan, un web-magazine d’information pour les femmes. Ouvrages principaux : Cherchez Hillary ! (Bungei Shunjû, 2008), Le village bureaucratique (Shinchôsha, 2010), Qu’ont donc de « différent » les diplômée des grandes universités féminines ? (PHP, 2015)

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