La hausse de la maltraitance infantile et son contexte social

Nishizawa Satoru [Profil]

[17.02.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Les maltraitances d’enfants pris en charge par le Centre de protection infantile ont dépassé les 100 000 cas en 2015 pour la première fois au Japon. Comment expliquer ce triste record ?

En août 2016, le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales a révélé que le Centre de protection infantile avait reçu 103 260 signalements (chiffre provisoire) de maltraitance infantile au cours de l’année 2015. Pour la première fois, la barre des 100 000 cas a été franchie. Lorsque ce recensement a commencé en 1990, on dénombrait 1 101 cas. Il est extrêmement inquiétant que ce chiffre se soit multiplié par 100 en seulement 25 ans.

De plus, suite à la révision de la loi sur la protection de l’enfance, les municipalités ont aussi commencé à prendre en charge les cas de maltraitance à partir de 2005. Elles ont dû aborder 88 000 cas en 2014, à l’échelle nationale. Il n’est certes pas possible de simplement additionner ce chiffre avec celui du Centre de protection infantile car un bon nombre de cas peuvent concerner les mêmes victimes. Toutefois, une mise en parallèle de ces deux chiffres nous indique que plus de 100 000 signalements ont été recensés : la situation est extrêmement grave.

Pourquoi la maltraitance psychologique constitue-elle la moitié des cas au Japon ?

Il existe quatre types de maltraitance : psychologique, corporelle, sexuelle et celle concernant les négligences (alimentaires ou éducatives). D’après les statistiques publiées en août 2016 sur le nombre de signalements recensés par le Centre de protection infantile, la maltraitance psychologique arrive en tête avec 47,5 % du total.

Comparée à la maltraitance corporelle ou la négligence, la maltraitance psychologique est difficile à évaluer de l’extérieur. Réprimandes excessives, violences verbales et menaces affectent la santé mentale de l’enfant.

D’après ces statistiques, on pourrait penser que les maltraitances psychologiques sont très élevées au Japon, mais penchons-nous plutôt sur la définition de ce terme. En effet, depuis la révision de 2004 de la loi sur la protection de l’enfance, les actes de violence conjugale dont sont témoins les enfants font également partie de la maltraitance psychologique.

De ce fait, ces cas sont plus nombreux au Japon en comparaison avec les pays développés occidentaux. Il n’est pas possible dans cette situation de mesurer l’ampleur réelle du problème et d’effectuer des comparaisons pertinentes avec les autres pays. Il est donc urgent de revoir la classification des statistiques relatives aux violences conjugales.

Par exemple, selon le rapport américain de l’année 2013 sur la maltraitance des enfants (Child Maltreatment 2013), qui se fonde sur le NCANDS (Système national de données sur la maltraitance et la négligence des enfants), 679 000 cas de maltraitance ou de négligence ont été confirmés parmi toutes les signalements reçus par le Service de protection de l’enfance (CPS) au cours de l’année 2013. Les cas de négligence étaient les plus nombreux, avec 79,5 % du total, suivi des maltraitances corporelles (18,0 %), sexuelles (9,0 %) et en dernier psychologiques (8,7 %).

Par ailleurs, lorsqu’il y a une possibilité que l’enfant soit témoin de violence conjugale, le cas est classifié dans une catégorie différente aux États-Unis : « enfants dont le tuteur présente des risques de violence domestique ». En 2013, dans 35 états, parmi les 464 952 cas de victimes évoluant dans un environnement éducatif inapproprié, 127 519 d’entre eux, soit 27,4 %, tombaient dans cette catégorie.

Les caractéristiques de la maltraitance infantile au Japon

Revenons au recensement effectué au Japon. En ôtant les cas de maltraitance psychologique des chiffres d’août 2016, on constate qu’il y a eu 54,5 % de maltraitance corporelle, 44,8 % d’actes de négligence et 2,8 % de maltraitance sexuelle. Comparés aux résultats du rapport américain, les cas de maltraitance corporelle sont plus nombreux alors que ceux de négligence ou de maltraitance sexuelle le sont moins au Japon.

Ceci ne traduit non pas une représentation fidèle de la réalité, mais plutôt une conséquence de la sous-estimation des cas de négligence et de maltraitance sexuelle. L’idée fausse selon laquelle il y aurait peu de cas mortels dues aux négligences en est probablement la cause. Le faible niveau de sensibilisation du personnel des organismes publics sont également à prendre en compte. Ne fermons pas les yeux sur les graves conséquences qu’engendrent les négligences chroniques sur la croissance des enfants.

De plus, au Japon, la plupart des cas de maltraitance sexuelle signalés sont relatifs aux adolescents. Ceux concernant des enfants pré-pubères sont très peu connus. Les spécialistes de l’enfance eux-mêmes ont malheureusement tendance à penser que les plus grandes victimes de la maltraitance sexuelle sont les jeunes adolescentes, empêchant ainsi une juste analyse de la réalité des faits.

  • [17.02.2017]

Professeur à la faculté des services sociaux de l’Université préfectorale de Yamanashi. Titulaire d’une maîtrise du département d’éducation de l’Université d’État de San Francisco. Spécialiste en psychologie des enfants maltraités, chercheur en psychologie clinique d’enfants victimes de traumatismes. Président du Centre de prévention de la maltraitance des enfants. Auteur de plusieurs ouvrages dont Les traumatismes des enfants et La maltraitance des enfants.

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