2017 : une « embellie » à l’horizon pour l’économie du Japon

Takumori Akiyoshi [Profil]

[24.01.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | العربية | Русский |

Que nous réserve l’année 2017 en ce qui concerne l’économie du Japon ? Dans les lignes qui suivent, Takumori Akiyoshi, économiste en chef chargé de la gestion des actifs de Sumitomo Mitsui, explique pourquoi les prévisionnistes du gouvernement et du secteur privé japonais pensent que l’« embellie » économique tant attendue va enfin se concrétiser.

Les indicateurs économiques annonciateurs d’une « embellie »

Au cours du dernier trimestre de l’année 2016, l’économie japonaise a commencé à montrer des signes évidents de redressement. Le 7 décembre, à l’issue de quelque 18 mois d’estimations ambivalentes, le gouvernement de l’Archipel a publié une version actualisée des indicateurs de conjoncture pour le mois d’octobre et commencé à envisager une « embellie » économique.

Dans le même temps, la production industrielle – l’indicateur qui a l’impact le plus important sur l’indice économique coïncident – a augmenté, ce qui a également contribué à la réévaluation favorable de l’économie japonaise. La tendance à l’amélioration progressive de la production signalée en septembre 2016 par le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie dans son indice révisé du mois d’août s’est confirmée. La phase d’assainissement des stocks est terminée et elle va laisser place à une reprise de la production.

Les prémices d’une « embellie » sont également manifestes dans les résultats de l’indice Tankan, l’indicateur japonais le plus complet et le plus fiable en ce qui concerne la confiance des grandes entreprises de l’Archipel. Cet indice est réactualisé tous les trois mois par la Banque du Japon (BoJ) à partir d’une enquête effectuée auprès de plus de 9 000 sociétés cotées en Bourse. L’indice de diffusion de la production industrielle des grandes firmes manufacturières, qui donne leur évaluation globale de la conjoncture, a affiché pour la première fois en 18 mois une progression de 6 points en septembre, et de 10 points en décembre 2016.

Des estimations pour le moins encourageantes

Le 19 décembre 2016, le Centre de recherches économiques du Japon (JCER) – a publié les résultats de son enquête mensuelle sur l’économie japonaise (ESP Forecast) réalisée auprès de 40 prévisionnistes du secteur privé. D’après la moyenne des anticipations – appelée aussi consensus – des personnes interrogées, le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) réel pour l’année fiscale 2016, qui prendra fin le 31 mars 2017(*1), devrait être de 1,19 %, et de 1,21 % pour le PIB nominal. Et pour l’année fiscale 2017, le PIB réel devrait croître de 1,09 % et le PIB nominal, de 1,37 %. Les spécialistes consultés par le JCER prévoient que la baisse sur 12 mois des prix à la consommation s’inversera au cours du troisième trimestre 2016 et que cette inversion sera suivie d’un léger rebond durant le premier trimestre 2017. D’après eux, le taux de l’inflation sous-jacente – hors énergie et alimentation – devrait passer de 0,24 % pendant l’année fiscale 2016 à 0,73 % au cours de l’année fiscale suivante.

Le Centre de recherches économiques du Japon évalue chaque année la pertinence des estimations données au cours des 12 mois précédents dans le cadre de ses enquêtes ESP Forecast, en les comparant avec les performances réelles de l’économie japonaise par rapport aux grands indicateurs économiques. Il procède à un classement des personnes interrogées en fonction de la qualité de leurs pronostics. Il évalue aussi la justesse du consensus par rapport à chacun des prévisionnistes. Les résultats sont surprenants. Étant donné qu’une quarantaine de spécialistes participent à cette enquête, on pourrait en effet s’attendre à ce que la moyenne de leurs anticipations arrive à peu près en 15e position. Or en l’espace de 12 ans, le consensus a toujours occupé entre la 3e et la 9e place du classement, ce qui prouve à quel point ces estimations étaient fondées(*2).

À l’occasion de son enquête prévisionnelle du mois de décembre 2016, le JCER a par ailleurs demandé aux personnes interrogées de donner leur pronostic à propos de plusieurs variables-clés exogènes. En ce qui concerne la croissance du taux du PIB réel des États-Unis, la moyenne des anticipations a été de 1,59 % pour 2016, et de 2,32 % pour 2017. Les investissements dans les infrastructures et les baisses d’impôt promis par Donald Trump, le nouveau président américain, semblent avoir suscité de grands espoirs. Pour la Chine, les économistes consultés envisagent une croissance du taux du PIB réel assez élevée – bien que celui-ci soit en train de baisser –, croissance qui devrait être de 6,65 % en 2016 et de 6,37 % en 2017. En se fondant sur ces prévisions, ils ont estimé qu’en 2017, l’impact de la demande extérieure sur la croissance du PIB du Japon serait nul (0 %).

D’après la moyenne des anticipations de l’enquête du JCER, la demande intérieure va semble-t-il contribuer à faire progresser la croissance de 1 % au cours de l’année 2017. Dans le même temps, la consommation des particuliers devrait augmenter de 0,82 % au cours de l’année fiscale 2017, soit 0,12 % de plus qu’au cours de l’année fiscale précédente où ce chiffre était de 0,70 %. Les perspectives de l’emploi sont encourageantes et le chômage devrait enregistrer une baisse de 3,07 % pour l’année fiscale 2016 à 2,94 % en 2017. En ce qui concerne les investissements, la prévision moyenne est de 1,36 % de croissance pour l’année fiscale 2016, une tendance qui devrait s’accélérer et atteindre 1,90 % au cours de l’année fiscale 2017. Les prévisionnistes de l’enquête du JCER estiment par ailleurs que l’indice de la production industrielle passera de 0,65 % pendant l’année fiscale 2016 – où les séismes de Kumamoto ont eu un impact considérable sur l’économie – à 2,18 % au cours de l’année fiscale 2017.

D’après la seconde estimation provisoire du gouvernement japonais, le PIB réel de l’Archipel a eu un taux de croissance annualisé de 1,3 % pendant le troisième trimestre 2016. Un chiffre revu à la baisse par rapport à la première estimation provisoire (2,2 %), en raison des corrections dues aux variations saisonnières et de l’adoption de nouvelles méthodes de calcul de la croissance impliquant notamment le changement de l’année de référence (voir tableau 1). Mais cette période n’en a pas moins été marquée par un troisième trimestre consécutif de croissance, ce qui ne s’était pas produit au Japon depuis le mois de septembre 2013.

Une méthode de calcul du PIB plus pertinente

Le gouvernement japonais a révisé sa méthode de calcul du PIB en adoptant des normes en usage dans les pays occidentaux depuis un certain temps. L’Institut de recherches économiques et sociales, qui fait partie du Bureau du Cabinet, calcule désormais la croissance du PIB en prenant pour référence de base les chiffres de l’année 2011 et non plus ceux de l’année 2005. D’autres changements, notamment l’intégration des dépenses de R&D dans l’investissement en capital, ont entrainé une révision substantielle à la hausse du PIB nominal de l’année fiscale 2015 (voir tableau ci-dessous).

Les facteurs qui ont contribué à la révision du PIB nominal de 2015

mille milliards de yens évolution principaux secteurs affectés
Évolution globale du PIB nominal entre l’ancienne et la nouvelle méthode de calcul 31,6 6,3 %  
Conformité avec le système de comptabilité nationale (SNA) de 2008 24,1 4,8 %  
La R&D considérée comme une formation de capital 19,2 3,8 % Investissements privés hors construction de logements. Investissements publics
Changement du traitement des services de brevets, etc. 3,1 0,6 % Exportations nettes des biens et des services
Les dépenses en matière de défense considérées comme une formation de capital fixe 0,6 0,1 % Investissements publics
Évolution des frais de transferts de propriétés 0,9 0,2 % Investissements privés dans la construction de logements
Clarification de la production de la Banque centrale 0,2 0,0 % Dépenses de consommation des administrations publiques
Autres modifications : intégration de données statistiques de base quinquennales ; développement de nouvelles méthodes d’estimation (production du BTP, etc.) ; estimations du PIB annuelles et non plus trimestrielles (uniquement pour 2015) 7,5 1,5 % Tous les secteurs

* Le PIB nominal du Japon pour l’année fiscale 2015 a été revu à la hausse — de 500 600 milliards à 532 200 milliards de yens — en raison du changement de l’année de référence, c’est-à-dire 2011 au lieu de 2005
Source : Bureau du Cabinet du gouvernement japonais

Avec la nouvelle méthode de calcul adoptée par le gouvernement japonais, le PIB nominal de l’Archipel pour la période d’avril à septembre 2016, après correction des variations saisonnières, a été évalué à 536 000 milliards de yens. Si l’on se base sur cette estimation – la plus élevée que l’Archipel ait enregistrée à ce jour – le PIB japonais pourrait atteindre 595 000 milliards de yens au cours du second semestre 2020 et 602 000 milliards de yens au cours du premier semestre 2021, pour peu qu’il ait un taux de croissance nominal annualisé de 2,3 %. Voilà un objectif nettement plus réaliste que celui du gouvernement d’Abe Shinzô qui a tablé sur un PIB de 600 000 milliards de yens « aux environs de 2020 » avec un taux de croissance nominale de 3 %. D’autant plus qu’en 2015, le taux en question a été de 2,8 %. La mise à jour des normes de calcul du système de comptabilité nationale du Japon est une très bonne chose. Grâce à elle, la première des « trois nouvelles flèches » pour relancer l’économie de l’Archipel d’Abe Shinzô a de grandes chances d’atteindre son but.

(D’après un article en japonais du 5 janvier 2017. Photo du titre : Des employées de la Bourse de Tokyo en kimono célèbrent le début de l’année à l’issue de la cérémonie marquant la reprise des activités du Kabutochô, le 4 janvier 2017. Jiji Press)

(*1) ^ Au Japon, l’année fiscale débute au mois d’avril et se termine au mois de mars de l’année suivante.

(*2) ^ De 2004, l’année où les enquêtes du JCER ont débuté, à 2015. En 2015, la moyenne des anticipations est arrivée à la septième place du classement.

  • [24.01.2017]

Né à Tokyo en 1957. Économiste en chef chargé de la gestion des actifs de Sumitomo Mitsui depuis 2012. Titulaire d’un diplôme d’économie de l’Université Keiô. Après ses études, il est entré à la Banque Mitsui (devenue depuis Sumitomo Mitsui) où il a travaillé, entre autres, dans le département des recherches et celui de la gestion des marchés, puis en tant qu’économiste en chef de Sakura Securities et de Sakura Investment Management, avant d’occuper la position qui est la sienne actuellement.

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