La reproduction des anguilles en milieu artificiel va-t-elle bientôt voir le jour ?
[03.08.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 |

La Société scientifique d’Asie de l’Est pour les anguilles, créée en mars dernier, réunit des chercheurs japonais, chinois, sud-coréens et taïwanais, afin de protéger l’anguille japonaise (Anguilla japonica) récemment déclarée menacée d’extinction. Alors qu’il s'agit d’un des poissons préférés des Japonais, l’anguille n’a pas encore livré tous ses secrets. Le président de cette société, Tsukamoto Katsumi, professeur à l’Université Nihon, a bien voulu répondre aux questions que nous nous sommes posés sur cette espèce mystérieuse.

Tsukamoto Katsumi

Tsukamoto KatsumiProfesseur émérite de l’Université de Tokyo, et professeur de bio-ressources à l’Université Nihon. Né en 1948 dans la préfecture d’Okayama, il mène depuis plus de 40 ans des enquêtes sur les lieux de ponte des anguilles japonaises. En 2009, il a récolté des œufs d’anguilles dans le Pacifique à l’ouest des Mariannes, une première mondiale, et a également réussi à identifier le lieu de ponte.

Les anguilles consommées au Japon sont pour la plupart des anguilles d’élevage, les sauvages étant extrêmement rares. Cependant, les anguilles d’élevage sont des alevins pêchés en mer pour être ensuite élevés dans des lacs. Les anguilles élevées à partir de l’œuf ne sont pas encore commercialisées.

Les recherches sur la reproduction en milieu artificiel des anguilles ont débuté au Japon dans les années 1960. Le nombre d’alevins d’anguilles migratrices variaient grandement selon les années, suscitant des inquiétudes sur l’état de cette ressource. À partir des années 1970, la quantité pêchée a décliné rapidement, et elle se maintient aujourd’hui à un niveau extrêmement bas.

En 2013, elle a diminué jusqu’à cinq tonnes, et en 2014, l’Union internationale pour la conservation de la nature a classé l’anguille japonaise comme espèce menacée de disparition. Différentes initiatives ont été prises pour sa protection : les éleveurs japonais d’anguilles ont dû obtenir un permis, et des quotas ont été fixés pour les quantités à élever.

Parvenir à la reproduction complète en aquaculture, c’est-à-dire de la naissance d’alevins jusqu’à la commercialisation, est une priorité. Mais à la différence du thon rouge pour lequel le processus a été maîtrisé au bout de 30 ans de recherches commencées également dans les années 70, celle des anguilles est difficile à contrôler artificiellement, en grande partie car la ponte des anguilles, qui se fait en pleine mer à des profondeurs importantes, n’est pas encore parfaitement comprise.

Quel est l’état actuel des connaissances à ce sujet ? Nous avons interrogé le professeur Tsukamoto, connu mondialement comme étant le plus grand spécialiste des anguilles.

Le charme des anguilles

——Comment expliquez-vous l’intérêt que vous portez pour les anguilles ?

Leptocéphale d’anguille japonaise (larve foliacée). (Photo avec l’aimable autorisation du professeur Tsukamoto)

Alevin d’anguille appelée shirasu unagi. (Photo avec l’aimable autorisation du professeur Tsukamoto)

« Les anguilles sont des poissons tellement étranges que l’on pourrait penser qu’ils n’en sont pas. Leur corps est visqueux et très flexible. Elles n’ont presque pas d’autres nageoires que celle dorsale, et n’ont aucune nageoire ventrale. Elles peuvent respirer par la peau, et vivre deux à trois jours hors de l’eau dans un environnement humide. Elles sont aussi capables de remonter une grosse cascade. Leurs larves leptocéphales sont une autre de leurs caractéristiques. Mais quand elles grandissent, elles changent complètement de forme. Leur migration est ce qui est le plus intéressant à leur sujet. Elles font des milliers de kilomètres pour aller pondre leurs œufs là où elles sont nées. Je trouve cela fascinant : comment savent-elles où aller ? Pourquoi doivent-elles absolument y aller ? »

  • [03.08.2017]
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