Série Entreprises made in Nippon
Transmettre la culture des délicates fragrances japonaises
Le fabricant d’encens Nippon Kôdô

Kikuchi Masanori [Profil]

[29.07.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

L’encens est arrivé au Japon au VIe siècle, avec le bouddhisme. C’est au XVIe siècle qu’est née la profession d’artisan de l’encens, qui s’est ensuite développée de manière propre. Nippon Kôdô, le plus grand fabricant d’encens japonais, se concentre sur l’élargissement de la demande pour ses produits à l’international tout en assurant la poursuite de cette tradition.

Un parfum raffiné qui flotte autour d’un arbre rustique

Un tronc d’arbre majestueux, haut d’environ 80 centimètres, trône dans une vitrine en verre. L’ignorant n’y voit qu’une vieille souche, mais c’est en réalité la matière première de l’encens de haute qualité. « C’est un arbre de la famille des Thymeleaceae, qui n’est pas natif du Japon. On le trouve principalement en Asie du Sud-Est. À côté, vous voyez du jinkô, le bois d’agar, obtenu à partir de cet arbre. »

La galerie Ginza Kôrô, où l’on peut admirer de nombreux objets se rapportant à l’encens et à sa matière première. Le siège de la société Nippon Kôdô comprend aussi un pavillon d’ensens (proche à celui destiné à la cérémonie du thé), le Kôma, où sont organisés régulièrement des cours de la Voie de l’encens.

Yoshino Kimiyoshi, le responsable du département marketing de Nippon Kôdô, nous fournit ces explication dans la galerie Ginza Kôrô, au siège de Nippon Kôdô qui se trouve à Tokyo dans le quartier de Ginza. Dans cet espace qui n’est pas d’ordinaire ouvert au public sont exposés des encens, des bois aromatiques qui en sont la matière première, ainsi que les divers ustensiles dont on se sert pour les faire se consumer. Le kôboku, ou bois aromatique, désigne la partie dans laquelle s’est enfoncée une résine de couleur noire, produite par des bactéries qui s’y sont introduites à l’occasion d’une blessure du bois. La parfum raffiné qui émane de la surface rugueuse a quelque chose de magique.

Le camphrier, le cèdre du Japon, le pin figurent parmi les kôboku, mais au Japon, le plus représentatif est le bois de santal, obtenu à partir d’arbres appartenant au genre Santalum qui poussent dans le sud de l’Asie, et le bois d’agar que l’on appelle jinkô est considéré comme le meilleur.

En général, l’encens est fabriqué en mélangeant à du bois aromatique réduit en poudre d’autres ingrédients, à commencer par ceux utilisés en médecine chinoise traditionnelle. Le mélange est ensuite façonné sous forme de bâtonnets, de cônes ou de spirales. Les différents types d’encens produits et vendus par Nippon Kôdô ne sont pas seulement destinés à l’usage qu’on en fait traditionnellement au Japon, à savoir les prières bouddhistes ou l’hommage aux âmes des ancêtres, mais aussi à l’appréciation de l’encens lui-même et au bien-être qu’il procure. Leur prix varie, de mille yens pour plusieurs dizaines de bâtonnets ordinaires à plus de dix mille pour les produits de luxe. Ceux qui utilisent le bois aromatique le plus précieux, appelé kyara, coûtent autour de deux cent mille yens pour un faisceau de bâtonnets.

« On dit que le kyara ne peut être récolté que dans une zone très réduite autour du Vietnam. Il est devenu très coûteux car on ne le trouve que très rarement sur les marchés de bois aromatiques dans cette région », explique M. Yoshino.

De l’encens à base d’ingrédients précieux comme le bois d’agar et le kyara. Aujourd’hui beaucoup de ceux qui en achètent le font pour le sentiment de relaxation qu’il leur apporte.

L’encens à base de bois aromatique a une histoire longue de plus de quatorze siècles au Japon où il serait arrivé au VIe siècle, en même temps que le bouddhisme. On croyait que son parfum avait le pouvoir de purifier l’esprit, et il était autrefois utilisé lors de cérémonies religieuses. Il s’est répandu principalement dans la classe dominante. Le Shôsô-in [maison du Trésor] du temple Tôdaiji, situé à Nara dont la création remonte au VIIe siècle] conserve aujourd’hui encore un bois aromatique de kyara, appelé le Ranjatai, qui est un trésor national. Le Dit du Genji comporte plusieurs scènes où l’on fait brûler de l’encens.

  • [29.07.2016]

Né en 1965 à Hokkaidô. A été journaliste au quotidien Hokkaidô Shimbun, puis journaliste indépendant. Écrit des reportages basés sur des interviews et des chroniques à caractère social pour des revues comme Aera, Chûô Kôron, Shinchô 45 et President.

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