Série Le b.a.-ba du Japon
Le sumo
Un art martial qui a traversé l’histoire du Japon
[20.03.2016] Autres langues : ENGLISH | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le sumo est un sport de lutte où deux adversaires s’affrontent en se poussant ou en effectuant des prises. À l’origine, cet art martial était un rituel religieux shintô dédié aux dieux.

Le sumo est pratiqué sur une plate-forme circulaire faite de terre tassée et encerclée de ballots de paille (diamètre officiel de 4,55 m) appelé dohyô. Les deux lutteurs emploient force brute et technique pour remporter la victoire. Les règles sont simples : le combat se termine quand un des deux combattants est poussé en dehors du cercle ou si une partie du corps autre que la plante des pieds touche le sol. Il y a en tout 82 prises autorisées, les kimari-te, qui consistent principalement en pousser, tirer, soulever ou lancer l’adversaire. Les combats peuvent aussi bien se terminer en quelques secondes que durer une à deux minutes.

N’importe quel garçon au Japon a un souvenir d’enfance de s’être essayé au sumo par jeu. Un nombre très restreint d’entre eux décide de s’y consacrer entièrement au collège, au lycée et à l’université pour un jour devenir lutteur professionnel. Ces professionnels ont pour la plupart intégré une écurie heya (école de sumo) dès la fin du collège ou du lycée. Lorsqu’un lutteur se présente à un tournoi officiel, il se présente avec un nom de combat (ou parfois son vrai nom de famille), généralement donné par le maître de l’écurie (oyakata).

Les lutteurs doivent se présenter au combat vêtu uniquement d’un mawashi : une bande de tissu longue de six mètres qui est passée autour de la taille et de l’entrejambe. Les lutteurs amateurs et les professionnels de bas rang portent un mawashi blanc ou gris, alors que les sekitori (lutteurs de première ou deuxième division) revêtent des mawashi aux couleurs vives et faits en soie. Les professionnels se laissent pousser les cheveux et les nouent en un chignon, le chonmage. La coiffure des sekitori se démarque de celles des lutteurs de divisions inférieures par une forme ressemblant à la feuille de ginkgo, appelé ôichô (grand ginkgo).

L’un des trois yokozuna (le niveau le plus élevé de la hiérarchie) actuels, tous originaires de Mongolie, Hakuhô est le plus titré avec 35 tournois remportés. (Photo : nao-cha)

Un sport alliant force et technique

Le sumo est un sport de combat à l’avantage des hommes grands et à la carrure importante. Même aujourd’hui, les garçons qui attirent l’attention par leur grand gabarit sont approchés par les écuries de sumo.

Les lutteurs de la première division font en moyenne 185 cm pour 160 kg (données de 2013). Le plus imposant lutteur de l’histoire pesait 285 kg et le plus grand mesurait plus de 2 m. Mais certains font moins de 100 kg ou n’atteignent pas les 170 cm. À la différence du judo et de la lutte, il n’y a pas de catégorie de poids dans les tournois de sumo.

Six tournois officiels annuels

On estime que la pratique du sumo est née il y a plus de 2 000 ans comme un simple duel de force physique. Avec le développement de l’agriculture, il se serait peu à peu transformé en un rituel religieux destiné à obtenir des récoltes abondantes. Ces combats étaient aussi présents dans des festivals comme une cérémonie présageant les récoltes à venir. Le XIIe siècle et la suprématie de la classe guerrière voit ces simples affrontements de force devenir un véritable art martial pratiqué comme un entraînement pour la guerre. Durant l’époque d’Edo (1603-1868) et l’avènement de la classe citadine, le sumo s’est établi comme un divertissement populaire pour les habitants des grandes villes. On peut le considérer comme le premier sport professionnel de l’histoire du Japon.

La version professionnelle du sumo est appelée ôzumo (grand sumo). L’Association japonaise de sumo organise six tournois par an. Tenus tous les deux mois pendant 15 jours, ils sont diffusés dans tout le pays par la chaîne de télévision et de radio NHK. Dans le Kokugikan, la grande arène de sumo de Tokyo, trois tournois sont tenus en janvier, mai et septembre. Les autres tournois sont disputés en mars à Osaka, en juillet à Nagoya et en novembre à Fukuoka.

Des lutteurs portant un keshô-mawashi, un tablier décoré avec des motifs uniques (tournoi d’Osaka de 2014). (Photo : Travis)

Dans l’ôzumo, les lutteurs sont divisés en six divisions selon leur performance. Ils ont tous un rang au sein de leur division, qui est appelé banzuke. La division la plus haute est le makuuchi et le rang le plus haut dans cette catégorie est le yokozuna. Ce classement est le fondement des relations hiérarchiques dans le monde de l’ôzumo : en fonction du rang, le traitement et les revenus des lutteurs varient grandement. Les yokozuna, au sommet de cette hiérarchie, sont non seulement les meilleurs lutteurs, mais on attend aussi d’eux qu’ils aient de la dignité et de la grâce.

Le sumo, que l’on peut considérer comme sport national du Japon, connaît lui aussi les effets de la mondialisation. Les lutteurs étrangers, par leurs carrures imposantes, dominent le monde du sumo. Selon des statistiques de juillet 2015, 39 lutteurs, soit 6 % des 659 professionnels, sont d’origine étrangère. Ils viennent de 11 pays, les Mongols étant les plus nombreux avec 26 personnes.

Le premier lutteur étranger, Takamiyama, un ancien joueur de football américain né à Hawaï, est arrivé en 1967. Il a notamment remporté un tournoi au plus haut niveau en 1972. Il y a eu plus tard deux yokozuna originaires d’Hawaï. Depuis le début des années 1990, de plus en plus de lutteurs viennent de la Mongolie, où il existe un sport traditionnel semblable au sumo. Il y a quatre lutteurs d’origine mongole qui ont accédé au titre de yokozuna, dont trois toujours en activité. Depuis l’an 2000, il n’y a pas eu un seul yokozuna japonais.

Entraînement à l’écurie Ôtake, à droite Ôsunaarashi d’origine égyptienne.

Un restaurant de chanko-nabe à Ryôgoku. (Photo : takaaki nishioka)

Le sumo, avec ses origines religieuses ancestrales et ses rituels caractéristiques pratiqués avant chaque combat, a notamment fasciné l’ancien président de la France Jacques Chirac. La splendeur des habits des arbitres (gyôji), la technique des coiffeurs (tokoyama) de chaque écurie, le chant unique des présentateurs (yobidashi) et l’ambiance enthousiaste et décontractée du public se mélangent pour créer une forme de spectacle qui perdure depuis l’époque d’Edo. Les lutteurs étrangers respectent cette tradition en adoptant le style de vie propre au monde du sumo.

Le repas caractéristique des écuries de sumo, le chanko-nabe, est préparé par les lutteurs jeunes. Chacune des 44 écuries existantes le prépare selon sa recette traditionnelle. Il y a dans le quatier de Ryôgoku où est situé le Kokugikan, mais aussi dans beaucoup d’autres endroits, des restaurants tenus par d’anciens lutteurs. N’oubliez pas de goûter à un chanko-nabe quand vous visitez le Japon.

Des ingrédients de chanko-nabe. (Photo : e OrimO)

Un chanko-nabe. (Photo : Daisuke Horie)

(Photo de titre : Jiji Press. Autres photos : nao-cha / Travis / takaaki nishioka / e OrimO / Daisuke Horie)

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