Dossier spécial Comment assurer la protection du Japon dans les années qui viennent
Les menaces chinoises et la stratégie navale du Japon

Michishita Narushige [Profil]

[08.03.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

La prééminence chinoise dans le domaine de la stratégie navale est remarquable. Comment le Japon doit-il réagir face à une situation susceptible d’ébranler sa politique de défense. Michishita Narushige, Professeur associé au Collège doctoral de recherche politique (GRIPS) examine les options et les questions en suspens.

Ces dernières années, et surtout au moment où l’on parle beaucoup de crise financière en Europe et aux États-Unis, le développement de la Chine est plus apparent. En Europe où je me trouve actuellement à l’occasion d’une série de conférences et où j’écris cet article, je remarque qu’ici aussi l’auditoire montre un intérêt spontané quand on parle de la Chine. Dans une discussion à Madrid, j’ai été surpris de l’opinion positive des gens vis-à-vis des exportations d’armes du gouvernement espagnol à la Chine. Pour l’Espagne en situation de crise financière, la Chine qui rachète une partie de la dette publique est clairement une nation amie.

La Chine, tout en déployant une présence mondiale, élargit constamment son influence dans la zone Asie. L’un des moyens de son expansion est le renforcement et la modernisation de sa puissance militaire, centrée autour de son armée de l’air et de sa marine, et de la diversification de ses méthodes opérationnelles. Par l’augmentation de ses capacités stratégiques aériennes et navales, la Chine est en train de se doter d’une « capacité de déni d’accès », dont l’objectif est l’élimination progressive des influences étrangères et en premier lieu étasunienne en Mer Jaune, Mer de Chine orientale et Mer de Chine du sud pour établir un ordre à son avantage dans la région.

Dans cette situation, pour le Japon comme pour les autres pays asiatiques, « comment réagir à cette évolution de l’ordre régional que constitue la montée en puissance de la Chine ? » est devenu le sujet le plus important de leur stratégie diplomatique et leur sécurité. Dans le présent article, je discuterai de l’attitude récente de la Chine en matière océanique, de la voie empruntée par le Japon face à cette donnée, et des problèmes qui demeurent.

1- Actions chinoises

Actuellement, on peut dire que le but à court terme du renforcement de la capacité de « refus d’accès » de la Chine est d’empêcher toute intervention des États-Unis à Taïwan. Et à moyen et long terme, d’empêcher les pays de la zone, les États-Unis et le Japon au premier chef, d’avoir leur mot à dire sur les questions d’ordre global de la région, y compris des questions de souveraineté relative aux dépendances territoriales et aux ressources naturelles.

Pour se donner les moyens de cette politique, la Chine renforce ou développe différents types de navires, de sous-marins, de chasseurs, de bombardiers, de missiles de croisière, de missiles balistiques et de missiles balistiques antinavires (ASBM). En particulier, les missiles balistiques de portée intermédiaire et les missiles de croisière longue portée constituent une menace pour les forces militaires étasuniennes déployées ou stationnées au Japon, et les destroyers de la classe Sovremenny chargés d’un grand nombre de missiles antinavires et les sous-marins furtifs de la classe Kilo sont en mesure d’entraver la mobilité des unités mobiles d’attaque déployées dans les eaux à proximité de la Chine ou dans le Pacifique ouest. De son côté, l’ASBM semble poser des difficultés dans son développement tels qu’il ne semble pas devoir constituer une réelle menace pour la marine américaine. Néanmoins, si jamais l’ASBM devait être déployé, il imposerait aux États-Unis de se lancer dans le développement d’un système très coûteux pour le contrer, et pourrait faire hésiter les décideurs politiques étasuniens à expédier un porte-avion à proximité de la Chine. En outre, même sans ASBM, le chasseur furtif Chengdu J-20 sera tout à fait capable de mener des opérations de déni d’accès.

La stratégie chinoise du déni d’accès reprend de nombreux points des doctrines soviétiques de la guerre froide du « sea control » et du « sea denial ». À l’époque, l’Union soviétique considérait la mer d’Okhotsk comme sa chasse gardée et essayait de refuser l’accès à tout navire étranger dans cette zone en établissant une première « ligne de contrôle maritime » et une seconde « ligne de refus d’accès maritime ». Actuellement, la Chine a défini deux lignes de défense, à savoir une « première chaîne d’îles » et une « seconde chaîne d’îles », autour de son territoire afin de constituer la Mer Jaune, la Mer de Chine orientale et la Mer de Chine méridionale comme son sanctuaire stratégique. Ce n’est pas un hasard non plus si la Chine a installé un grand nombre de systèmes produits et développés par l’URSS pendant la guerre froide.

  • [08.03.2012]

Né en 1965 dans la préfecture d’Okayama. En 2003, il achève ses études doctorales à l'Université Johns Hopkins et obtient un doctorat (relations internationales) de la faculté Paul H Nitze de Relations internationales avancées (SAIS), aux Etats-Unis. Après avoir rempli des missions comme Conseiller adjoint du Secrétaire en chef adjoint du gouvernement (chargé de la sécurité et de la gestion de crise) puis comme directeur de recherche à l’Institut national des études de défense, il est depuis 2010 Professeur associé au Collège doctoral de recherche politique (GRIPS) et directeur du programme Sécurité et études internationales (SISP).

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