Dossier spécial L’Asie de l’Est, une région en pleine mutation
L’ASEAN, ses bons résultats et ses projets ambitieux

Yamakage Susumu [Profil]

[18.02.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

La réunion des ministres des Affaires étrangères des pays de l’ASEAN qui s’est tenue en juillet 2012 a achoppé sur la question de la mer de Chine méridionale et, pour la première fois dans l’histoire de cette institution, n’a pas pu déboucher sur la publication d’un communiqué commun. Yamakage Susumu, professeur à l’Université Aoyama Gakuin, se penche sur les problèmes auxquels l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est se trouve confrontée et sur le rôle qui incombe au Japon dans la région.

Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du Japon et des pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) qui s’est tenue en juillet 2012, les participants ont convenu de faire de 2013 une année d’échanges entre l’Association et l’Archipel, dans le cadre, notamment, de la célébration du quarantième anniversaire de l’instauration du dialogue entre les deux partenaires. Il y a quarante ans, la « présence excessive » des produits et des entreprises japonaises en Asie du Sud-Est était devenue problématique, et le vent de l’anti-japonisme soufflait en rafales. La situation était tout particulièrement épineuse en Malaisie, où les exportations de caoutchouc synthétique en provenance du Japon mettaient en difficulté les producteurs de caoutchouc naturel. Le gouvernement malais demandait au Japon de faire montre de retenue, mais Tokyo n’en tenait aucun compte. C’est dans ce contexte que le mécontentement envers le Japon est devenu évident lors de la Réunion ministérielle de l’ASEAN (AMM) qui s’est tenue en 1973. Cette instance, qui regroupait les ministres des Affaires étrangères de l’organisation, était à l’époque son principal organe décisionnel. Suite à cela, Tokyo a accepté de participer à la mise en place d’un forum Japon-ASEAN sur le caoutchouc synthétique et c’est ainsi que l’année 1973 a marqué le début des relations entre l’Archipel et l’Association.

Une fissure s’ouvre au sein de l’ASEAN

Depuis lors, et malgré les désaccord épisodiques qui peuvent surgir sur des questions économiques, le Japon et l’ASEAN ont renforcé leurs liens de coopérations. Ces liens ont en outre servi de catalyseurs pour l’édification d’institutions de plus large portée centrées sur l’ASEAN. C’est ainsi qu’à la fin des années 1970, les réunions des ministres des Affaires étrangères du Japon et des pays de l’Association ont servi de socle pour la création des Conférences post-ministérielles de l’ASEAN (PMC). Au début des années 90, le Forum régional de l’ASEAN (ARF) est né, suite à la proposition, formulée par le Japon, de confier à la PMC la gestion des questions touchant à la politique et à la sécurité. Plus tard dans la même décennie, c’est à une autre suggestion japonaise, visant à établir un calendrier régulier de sommets Japon-ASEAN, que les réunions ASEAN + 3 ( les « 3 » étant la Chine, le Japon et la Corée du Sud) doivent directement d’avoir vu le jour. En 2008, l’Accord global de partenariat économique entre le Japon et l’ASEAN est entré en vigueur, et les deux parties souhaitent désormais étendre ce partenariat économique à une région plus vaste.

Dans le même temps, l’ASEAN elle-même a considérablement changé depuis le début du siècle actuel. Jadis, son rôle se limitait à accumuler les accords signés à l’issue de divers sommets et réunions à l’échelle ministérielle, mais la crise monétaire et économique qui a balayé l’Asie à la fin des années 90 a amené l’Association à rédiger une Charte de l’ASEAN, entrée en vigueur en 2008, qui lui a permis de se renouveler en termes institutionnels comme dans son mode de fonctionnement. L’ASEAN s’est désormais fixé trois grandes directions pour le développement communautaire : le domaine politique et sécuritaire, le domaine économique et le domaine socioculturel.

Mais une fissure s’est ouverte en son sein. Quelle est la gravité de cette fissure et quelles conséquences négatives le Japon doit-il en attendre ?

  • [18.02.2013]

Professeur de politique internationale à l’Université Aoyama Gakuin depuis avril 2012. Titulaire d’une maîtrise de l’Université de Tokyo et docteur en sciences politiques du Massachusetts Institute of Technology. A enseigné à la Faculté des arts et des sciences et à l’Institut de hautes études des arts et des sciences de l’Université de Tokyo. A publié plusieurs ouvrages, dont Atarashii ASEAN : Chiiki kyôdôtai to Ajia no chûshinsei o mezashite (La nouvelle ASEAN : la recherche d’une communauté régionale et d’un centralisme en Asie) et Higashi Ajia chiiki shugi to Nihon gaikô (Le régionalisme est-asiatique et la diplomatie japonaise).

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