Dossier spécial Les nombreuses facettes des relations entre le Japon et la Chine
Les problèmes maritimes et l’avenir des relations sino-japonaises

Kôda Yôji [Profil]

[27.06.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Dans le contexte de tension permanente qui règne autour des îles Senkaku, le passage de navires chinois dans les eaux qui entourent les îles Ryûkyû constitue un nouveau sujet de préoccupation pour la sécurité régionale du Japon. Kôda Yôji, vice-amiral en retraite des Forces maritimes d’autodéfense du Japon, propose ici une analyse de l’état actuel des relations sino-japonaises et une réflexion sur les moyens à employer pour instaurer un climat de confiance mutuelle.

Depuis quelques années, les initiatives prises par la Chine pour renforcer sa marine de guerre et sa présence maritime suscitent un regain d’inquiétude en ce qui concerne la stabilité de la région Asie-Pacifique. Les revendications territoriales de la Chine, qui vont à l’encontre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, et l’intensification des frictions avec le Japon à propos des îles Senkaku figurent désormais tout en haut de la liste des problèmes régionaux.

Les tentatives chinoises de modifier les rapports de force dans l’Asie-Pacifique

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La Chine tente de modifier les rapports de force dans la région en mettant en œuvre une stratégie d’interdiction d’accès (A2/AD en anglais, pour anti-acces and area denial) conçue pour priver les États-Unis de toute influence militaire dans le voisinage des eaux territoriales chinoises et dans l’Océan pacifique occidental. Face à cette menace, les États-Unis ont entrepris de rééquilibrer leurs stratégies diplomatique et défensive en faveur de la région Asie-Pacifique. Dans ce contexte, les divergences entre les points de vue officiels et la montée des nationalismes au Japon et en Chine ont eu un impact négatif et fermé les voies qui auraient pu conduire à un réchauffement des relations entre les deux pays.

Les agissements de la Chine dans les eaux qui bordent les îles Senkaku et la multiplication des cas de traversée de l’Archipel des Ryûkyû par des avions et de bâtiments des forces armées chinoises s’engageant dans le Pacifique occidental posent désormais au Japon un grave problème de sécurité régionale. Les tensions sont telles qu’un simple malentendu risque de conduire à une altercation entre navires de la marine chinoise et des Forces maritimes d’autodéfense du Japon. Il est urgent de prendre des mesures pour éviter que de telles situations surgissent à l’improviste entre le Japon et la Chine, et pourtant aucun signe de progrès n’est en vue à cet égard. Dans l’article qui suit, je me propose de mettre à contribution l’expérience que m’ont procurée mon service dans les FMAD et mon implication, en tant qu’officier en retraite, dans les relations sino-japonaises pour examiner les questions de sécurité régionale liées à l’état actuel de ces relations ainsi que les perspectives d’amélioration qu’on peut entrevoir.

Les îles Senkaku : le pire est-il derrière nous ?

Les relations bilatérales ont atteint un point bas en septembre 2012, quand le Japon a « nationalisé » trois des îles Senkaku en les achetant à leur propriétaire privé, initiative qui a suscité une poussée de nationalisme en Chine et une vague de manifestations anti-japonaises. Les entrées de navires de la marine chinoise dans les eaux qui bordent les Senkaku ont commencé en 2008 et Pékin y a mis en place des patrouilles après qu’un bateau de pêche chinois eut éperonné un garde-côte japonais en 2010. Les tensions entre les deux pays se sont exacerbées en décembre de la même année, à l’occasion de la première intrusion d’un avion militaire chinois dans l’espace aérien au-dessus des îles. En juillet 2013, les autorités chinoises ont fondé le Bureau de police maritime, un organe unifié chargé de faire respecter le droit maritime. Le nouveau bureau, parfois appelé « China Coast Guard » en anglais (Garde côtière chinoise »), regroupe quatre organisations, jusque-là séparées, responsables de l’application du droit de la mer : la Surveillance maritime de la Chine (dépendant de l’Administration océanique nationale, ministère de la Terre et des Ressources), la Garde côtière chinoise (ministère de la Sécurité publique), le Commandement de l’application du droit de la pêche (Bureau de la pêche, ministère de l’Agriculture) et le Bureau de lutte contre la contrebande (Administration générale des douanes). Entre la date de la nationalisation des îles et le mois d’avril 2014, la marine nationale chinoise a fait cinquante incursions dans les eaux territoriales entourant les Senkaku.

En réaction à la présence de bâtiments chinois dans ces parages, la Garde côtière japonaise a mis en place des patrouilles régulières de navires. Elle surveille donc les activités des bâtiments chinois, mais son statut d’organe chargé de faire respecter le droit l’autorise uniquement à intervenir dans les incidents de nature civile. La Loi sur la Garde côtière du Japon stipule que son rôle consiste à « garantir la sécurité maritime », et sa mission ne s’étend pas à la défense des eaux territoriales. N’étant pas autorisée à recourir à la force contre des navires d’une flotte étrangère engagés dans des activités illégales, ses moyens d’action se limitent à émettre des avertissements et à demander aux bâtiments de quitter la zone. En fait, les navires de patrouille de la Garde côtière veillent à la sûreté et à la sécurité au voisinage des Senkaku et maintiennent un minimum de contrôle japonais sur les îles en freinant les incursions et en limitant la durée de la présence des navires chinois dans les eaux avoisinantes.

  • [27.06.2014]

Vice-amiral en retraite des Forces maritimes d’autodéfense du Japon (FMAD). Né en 1949 dans la préfecture de Tokushima. Diplômé de l’Académie nationale de défense en 1972, il a rejoint les FMAD. A suivi une formation au US Naval War College (École navale des États-Unis) en 1992. A été directeur général du Bureau interarmes de l’état-major, commandant du district de Sasebo et commandant en chef de la Flotte d’autodéfense. A pris sa retraire en 2008. Associé principal au Centre pour l’Asie de l’Université Harvard.

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