Dossier spécial Le Japon et la Première Guerre mondiale
La vie dans les camps de prisonniers de guerre allemands au Japon

Seto Takehiko [Profil]

[01.09.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

Pendant la Première Guerre mondiale, quatre mille sept cents soldats allemands ont été internés au Japon dans différents camps à travers le pays. Le Japon les a traités dans le plus strict respect du droit international. Des documents d’époque illustrent leur quotidien qui comprenaient des activités culturelles.

2014 marque le centenaire du début de la Première Guerre mondiale, dont on parle peu au Japon, comme elle y est parfois appelée « Grande Guerre d’Europe ». Peut-être est-ce parce que la Seconde Guerre mondiale y a laissé des souvenirs très profonds. Si ces deux conflits sont qualifiés de « mondiaux », ils étaient très différents pour le Japon. Pendant la Première Guerre mondiale, celui-ci était du côté des Alliés, et les seules batailles auxquelles il a participé ont été combattues contre l’Allemagne qui défendait la colonie allemande de Tsingtao (aujourd’hui Qingdao) dans le Shandong. Ce qu’on a appelé la guerre germano-japonaise n’a duré qu’un mois et demi. Le Japon a fait prisonniers quelque 4 700 Allemands(*1) qui ont été internés pendant plus de cinq ans dans seize camps disséminés dans tout le Japon, un fait aujourd’hui oublié.

Des camps gérés dans le respect le plus strict du droit international

Le Japon les a traités conformément au droit international, en l’espèce la « Convention concernant les lois et les coutumes de la guerre sur terre et son annexe », adoptée à la Haye le 18 octobre 1907 et promulguée par le Japon  le 13 janvier 1912. Le deuxième paragraphe de l’article 4 du deuxième chapitre de l’annexe stipule en effet : « Ils [les prisonniers de guerre] doivent être traités avec humanité. » Comme le Japon qui avait gagné la Guerre russo-japonaise dix ans auparavant cherchait à être reconnu comme un pays éclairé par les pays occidentaux, les prisonniers de guerre n’ont pas subi de mauvais traitements ni été contraints à travailler.

Il y eut cependant le 15 novembre 1915 un incident au camp de Kurume, lorsque le commandant, Masaki Jinzaburô, frappa des officiers allemands. Les prisonniers de guerre eurent droit à une bouteille de bière et deux pommes chacun, pour célébrer l’intronisation de l’empereur Taishô qui avait lieu ce jour-là, que refusèrent deux officiers allemands. Furieux, le commandant les gifla. Les prisonniers de guerre protestèrent avec véhémence contre ce geste qui constituait une violation de la Convention de la Haye. L’incident prit de telles proportions qu’il exigea l’envoi de membres de l’ambassade des États-Unis qui n’étaient pas encore à l’époque impliqué dans le conflit. Le commandant du camp fut contraint de démissionner. On peut néanmoins considérer cet incident comme isolé. S’il y eut des troubles mineurs entre les gardiens et les prisonniers dans tous les camps, il n’y eut quasiment pas d’autre cas de mauvais traitements.

(*1) ^ Il y avait aussi parmi eux des Français (Alsaciens-Lorrains), des Autrichiens, des Hongrois, des Tchèques, et des Polonais. Mais comme ils étaient en majorité allemands, on parle des prisonniers de guerre allemands.

  • [01.09.2014]

Professeur émérite à l’Université de Kôchi, spécialiste de littérature allemande, il est l’auteur notamment de Les soldats de Tsingtao : qui étaient les prisonniers de guerre allemands de la première guerre ? (éd. Dôgakusha, 2006)

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