Dossier spécial Le manga et l'anime deviennent des marques
Pour que l’anime continue d’être aimé dans le monde entier

Sakurai Takamasa [Profil]

[30.01.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

L’animation japonaise a engendré un certain nombre d'œuvres qui ont séduit les jeunes dans le monde entier. Toutefois, afin que le Japon reste un grand pays d’animation dans l’avenir, il doit surmonter un défi majeur.

Depuis qu’une occasion m’a été donnée de donner une conférence sur l’animation japonaise (« anime ») devant un public de futurs diplomates, je collabore régulièrement avec le ministère des Affaires étrangères dans le cadre de son activité de diplomatie culturelle, soit depuis 2007 environ. La diplomatie culturelle a pour objet de tisser des liens entre le Japon et le reste du monde à travers l’anime et le manga, la musique J-pop ou la mode Harajuku. À ce jour (décembre 2014), j’ai visité 25 pays et territoires, soit au total plus de 130 villes. C’est dans le cadre de cette activité que l’expression « diplomatie culturelle » a été forgée, par exemple pour rendre compte de projets de faire participer des personnalités iconiques de la mode Harajuku ou de la mode Lolita à des événements à l’étranger en tant qu’ « Ambassadrices kawaii ».

Quand je repense à ces activités, je m’aperçois que l’animation japonaise a un impact significatif sur la construction de l’identité de la jeunesse mondiale.

En 2007, alors que je visitais une école à Rome où je donnais une conférence, j’ai posé une question au public : « Aimez-vous les dessins animés japonais ? » La réponse d’un jeune homme au premier rang restera à jamais gravée en moi : « Inutile de poser cette question. Nous avons tous grandi avec les dessins animés japonais ». Il n’y a que les Japonais à ne pas le savoir !

Des événements réunissant les fans d’animation japonaise sont organisés chaque année dans de nombreux pays. Cosplayers Haikyû !! au festival Connichi, qui réunit les fans de manga et animation japonaise à Kassel en Allemagne depuis 2014 (en haut à gauche) ; Cosplayers L’Attaque des Titans (Shingeki no Kyojin) lors de Anime Friends, le plus grand festival d’anime et manga d’Amérique du Sud, à São Paulo au Brésil (en haut à droite) ; Les auditeurs à l’issue d’une conférence au festival Anime North, à Toronto, Canada (en bas). (Photos : Sakurai Takamasa)

Qu’est-ce qui attire tant les fans d’animation japonaise ?

Le mot japglish (c’est à dire un mot anglais mais inventé par des Japonais) « anime » est aujourd’hui communément admis dans le monde entier pour désigner des films d’animation produits au Japon. C’est dire combien l’animation japonaise est perçue comme unique et distincte des autres. Le cinéma d’animation n’est certes pas le seul cas d’un élément provenant d’une culture étrangère que le génie « artisanal » local s’approprie pour le sublimer. Les créateurs japonais se transmettent même ce gène depuis longtemps.

Au cours de la genèse de l’animation japonaise, le principal problème était que le budget était limité. Si on admet que l’un des objectifs de l’animation réside dans le fait de faire apparaître les mouvements humains comme naturels et réalistes, la difficulté était que les budgets étaient trop faibles pour réaliser un nombre suffisant d’images par secondes pour donner l’illusion du mouvement. La solution fut de renoncer au réalisme du mouvement et de faire porter l’accent sur la mise en scène et la méthode de prise de vue pour dépasser ce point faible. Ce développement a conduit à l’indépendance de l’« anime » par rapport au « cartoon ». Si aujourd’hui les jeunes étrangers déclarent que ce qui les attire dans l’animation japonaise, c’est l’imprévisibilité de l’histoire et la complexité des personnages, cela vient des recherches qu’ont menés les créateurs japonais pour dépasser le point faible de la pénurie budgétaire.

  • [30.01.2015]

Producteur, auteur, professeur invité de l’Université Digital Hollywood à Tokyo. Né en 1965. Diplômé en sciences politiques et économiques de l’Université Waseda, devient conseiller éditorial dans une maison d’édition. Engage ensuite une activité de réalisateur ou de producteur pour de nombreux médias et événements. C’est à ce titre qu’il apparaît comme un pionnier de la diplomatie culturelle portée par les phénomènes de l’anime ou de la mode de Harajuku. Donne de nombreuses conférences un peu partout dans le monde, membre d’une association d’experts du ministère des Affaires étrangères. Parmi ses nombreuses publications : Sekai kawaii kakumei (La révolution kawaii mondiale) (PHP Shinsho), Anime bunka gaikô (Diplomatie culturelle de l’anime, Chikuma shinsho).

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