Dossier spécial Cinq ans après le grand séisme de l’est du Japon
La situation du logement cinq ans après le séisme

Kikuchi Masanori [Profil]

[09.03.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Cinq ans après le tremblement de terre, plus de 60 000 personnes vivent encore dans les conditions précaires des maisons préfabriquées, dites logements d’urgence, dans les zones sinistrées. Alors que la reconstruction dans les zones urbaines progresse de façon relativement satisfaisante, les travaux dans les zones d’activités agricoles ou de pêche dominantes présentent des disparités importantes. Notre reporter a enquêté sur la situation du logement dans les villes de Sendai et de Onagawa, dans la préfecture de Miyagi.

Sendai : un nouveau quartier autour du métro

En décembre 2015 a été inaugurée la ligne Tôzai (Est-Ouest) du métro de Sendai. En février 2016, dans la toute nouvelle station Arai, terminus de la ligne à l’est de la ville, la construction du « Mémorial des échanges » vient d’être achevée. Ce lieu a pour but de diffuser des informations sur les dégâts de la catastrophe et l’état présent des reconstructions. Si la construction du métro de Sendai avait commencé en 2006, bien avant le séisme, la création de ce mémorial, qui en dépend, a bien évidemment été décidée après. Des images et panneaux informatifs concernant la catastrophe y sont exposés. J’ai pu voir que l’endroit est très visité, même en semaine, aussi bien par les habitants du quartier que par des gens venus de l’extérieur.

À 4 km du terminus du métro, on arrive devant l’océan Pacifique, dans le district d’Arahama, dans l’arrondissement de Wakabayashi, qui fut très durement touché par le tsunami. Là où s’étendaient des rizières et des champs ne se trouvent plus que des friches à perte de vue, si l’on excepte les ruines de l’école primaire d’Arahama, qui fut envahie par le tsunami jusqu’à hauteur du premier étage. Les camions qui transportent les matériaux de terrassement des travaux de reconstruction circulent au loin. La majorité des victimes et des disparus du tsunami à Sendai, à savoir plus de 900 personnes, étaient des résidents de l’arrondissement de Wakabayashi et de l’arrondissement côtier de Miyagino. Ces deux arrondissements étant maintenant classés par la municipalité comme zones à risque, le développement de terrains à bâtir a été lancé dans l’arrière pays, dont les environs de la station Arai.

Plus de 20 ans après la décision de construire le métro de Sendai, la station Arai, terminus de la ligne Tôzai, est inaugurée en décembre 2015. Autour de la station, des projets de réaménagement ont été lancés.

À environ 10 minutes à pied de la station Arai, on découvre des alignements de logements temporaires préfabriqués : c’est là que vivent les habitants de Arahama. À vrai dire, la plupart de ceux qui sont passés par ces logements ont aujourd’hui déménagé et habitent maintenant dans des logements gérés par la municipalité, ou dans des maisons individuelles qu’ils ont fait construire sur des terrains viabilisés par la ville. De fait, le parking du lotissement de logements d’urgence est vide. Les infrastructures existantes et l’importance des budgets disponibles dans une métropole de plus d’un million d’habitants comme Sendai rendent les opérations et les effets de la reconstruction beaucoup plus rapides que dans les autres zones sinistrées. D’après les responsables de la ville, l’état d’avancement de la reconstruction dans le domaine du logement est quasiment conforme au calendrier sur 5 ans qui avait été fixé.

« Nous avons enfin pu quitter les logements d’urgence sombres et étroits pour emménager dans une maison tranquille qui est à nous », dit Mme Daigaku Kimiko, 73 ans.

Après la catastrophe et un total de 4 ans et demi, à vivre d’abord dans les refuges puis dans un logement d’urgence des environs de la station Arai, un sourire de soulagement est enfin revenu sur son visage, depuis qu’elle a pu emménager dans une des maisons individuelles de la municipalité en novembre 2015. Sa maison située sur la côte à Fukanuma dans le district d’Arahama a été emportée par le tsunami. Elle a pu tant bien que mal rembourser son prêt en revendant le terrain. Elle paie actuellement un loyer mensuel de 30 000 yens. Elle joint les deux bouts grâce à sa retraite et au revenu de son mari qui travaille à temps partiel à Tokyo.

« La vie n’est pas simple. Mais, j’ai beaucoup d’amis. Je voudrais désormais me consacrer à mes passe-temps, comme la cuisine et jouer du taishô goto (un instrument de musique à cordes pincées). J’aimerais vivre avec une attitude positive », dit-elle.

À dix minutes du lotissement de logements d’urgence, deux énormes tours de relogement collectif ont été construites côte à côte. Le président de l’association des résidents, qui regroupe environ 300 foyers, M. Ôhashi Kimio, 72 ans, a lui aussi perdu sa maison d’Arahama, où il avait vécu plus de 30 ans. Après avoir dormi dans plusieurs centres d’évacuation, puis habité dans un logement d’urgence pendant près de 3 ans, il a enfin pu aménager ici il y a deux ans.

De nombreux résidents sinistrés d’Arahama dans l’arrondissement de Wakabayashi vivent maintenant dans les logements publics reconstruits par la ville.

  • [09.03.2016]

Né en 1965 à Hokkaidô. A été journaliste au quotidien Hokkaidô Shimbun, puis journaliste indépendant. Écrit des reportages basés sur des interviews et des chroniques à caractère social pour des revues comme Aera, Chûô Kôron, Shinchô 45 et President.

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