Dossier spécial Cinq ans après le grand séisme de l’est du Japon
Fukushima Daiichi, cinq ans après l’accident

Takahashi Hideki [Profil]

[11.03.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Cinq années se sont écoulées depuis l’accident dans la centrale nucléaire Fukushima Daiichi exploitée par la compagnie d’électricité de Tokyo, la pire catastrophe nucléaire depuis celle de Tchernobyl. Les réservoirs d’eau contaminée se dressent en rangs serrés dans l’enceinte de la centrale en cours de démantèlement, où travaillent quelque 7 000 ouvriers chaque jour.

Le gouvernement et la compagnie d’électricité de Tokyo (Tepco) prévoient d’achever le démantèlement de la centrale Fukushima Daiichi au plus tard 40 ans après l’accident, mais on ignore toujours où se trouve le combustible des cœurs entrés en fusion dans les réacteurs 1, 2 et 3 ; pour certains spécialistes, « le démantèlement pourrait prendre cent ans ». L’extraction du combustible fondu, la plus délicate de toutes ces opérations, fait actuellement l’objet d’études et de recherches menées par les meilleurs experts du Japon et de l’étranger.

Vue d’ensemble de la centrale nucléaire Fukushima Daiichi. À l’arrière-plan, le bourg de Futaba (mars 2013). Jiji Press

Cinq années de lutte contre l’eau contaminée

Lorsqu’on pénètre dans l’enceinte de la centrale Daiichi, une forêt de réservoirs cylindriques saute aux yeux. Il y a là environ 1 100 cuves renfermant quelque 800 000 tonnes d’eau contaminée. Il n’est pas exagéré d’affirmer que les cinq années écoulées depuis l’accident ont été consacrées à la lutte contre l’eau contaminée dont le volume, jusqu’à présent, ne cessait d’augmenter. La multitude de réservoirs raconte la difficulté de ce combat.

La centrale Fukushima Daiichi vue de l’ouest. Par-delà les réservoirs qui envahissent l’espace, on aperçoit les bâtiments des réacteurs.

Les moyens d’enrayer l’augmentation du volume d’eau fortement contaminée sont une question particulièrement épineuse. Des flux d’eau souterraine traversent le sous-sol des bâtiments des réacteurs 1 à 4, où ils se mêlent à l’eau déjà contaminée, venant gonfler leur volume. Tepco, en conjuguant plusieurs méthodes, entend réduire quasiment à zéro ces écoulements d’ici 2020.

Parmi ces méthodes, les plus prometteuses sont l’utilisation d’une voie de détournement des écoulements souterrains permettant de rejeter dans l’océan l’eau pompée en amont des bâtiments des réacteurs (à l’ouest), et le pompage et l’évacuation à partir de puits (drains de sortie) situés autour des bâtiments. Grâce à ces deux procédés, environ 230 000 tonnes d’eau ont déjà été rejetées dans la mer. Malgré tout, quelque 150 tonnes d’eau souterraine se déversent encore quotidiennement dans les sous-sols.

Par ailleurs, la lutte contre l’eau contaminée engendre parfois de nouveaux problèmes. Pour éviter que les eaux souterraines contaminées par les sols ne se déversent dans la mer, Tepco a érigé en octobre 2015 sur la façade océanique un mur de rétention de 780 mètres de long, composé de barres d’acier de 30 mètres de long enfouies le long des digues. Cependant, de ce fait, le niveau des écoulements souterrains a augmenté près des digues, contraignant Tepco à pomper cette eau et à la transférer dans le sous-sol des bâtiments. Ces transferts ont atteint jusqu’à 550 tonnes par jour, résultat ironique d’un remède qui fait plus de mal que de bien et qui n’a toujours pas trouvé de solution à ce jour. Par ailleurs, le mur de rétention par congélation des sols construit autour des bâtiments afin de bloquer les écoulements souterrains est prêt et les opérations de congélation devraient débuter courant mars 2016, mais il faudra compter huit mois avant qu’il soit complètement opérationnel.

Sur la question des eaux contaminées, en septembre 2013, le Premier ministre Abe Shinzô déclarait devant le Comité olympique international, dans le cadre de la candidature du Japon aux Jeux olympiques, que « la situation était sous contrôle ». À l’époque, une fuite d’environ 300 tonnes d’eau fortement contaminée stockée dans un réservoir en surface venait tout juste d’être découverte ; la réalité était donc fort éloignée de ce qu’affirmait le chef du gouvernement, mais, cinq ans après l’accident, les risques de voir survenir un accident imprévu ont quasiment disparu et la situation est enfin globalement sous contrôle, comme l’avançait M. Abe.

  • [11.03.2016]

Directeur adjoint du service énergie nucléaire de Kyodo News depuis mai 2012. Né en 1964 à Tokyo, il a travaillé successivement à l’agence de Sapporo puis de Saitama de Kyodo News, ainsi qu’au service société à Tokyo. Depuis le séisme et le tsunami de mars 2011, il enchaîne les reportages sur l’accident de la centrale Fukushima Daiichi. Il est l’auteur de Mémoire du black-out : témoignages autour de Fukushima Daiichi – la vérité sur mille jours (2015, Shôdensha).

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