Un vétéran de la musique pop japonaise fête ses 50 ans de carrière
Entretien avec le compositeur et producteur Murai Kunihiko

Matsuki Naoya (Intervieweur)[Profil]

[17.08.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | ESPAÑOL |

Murai Kunihiko, compositeur, producteur et fondateur d'Alfa Records, a joué un rôle de premier plan dans le développement de la musique pop japonaise au cours des années 1970, notamment en révélant au grand public le groupe Yellow Magic Orchestra. Il revient sur son parcours musical dans cette interview.

Murai Kunihiko

Murai KunihikoNé à Tokyo en 1945. Diplômé de l'Université Keiô en 1967, il compose plus de 300 titres dont la plupart sont très bien connus parmi les Japonais, notamment la chanson thème des Jeux olympiques d'hiver de 1972 à Sapporo et la bande originale du film Tampopo d’Itami Jûzô (1985), entre autres. Fondateur de la maison d'édition musicale Alfa Music en 1969 et de la maison de disques Alfa Records en 1977, ainsi que producteur des albums de l’auteur-compositeur-interprète Arai Yumi (Matsutôya Yumi) et de Yellow Magic Orchestra. En 2017, il marque les 50 ans de sa carrière musicale, passées entre Tokyo et Los Angeles.

Les débuts d’une vie consacrée à la musique

—— Parlez-nous de vos premiers pas dans le monde de la musique.

Murai Kunihiko à 25 ou 26 ans. Il a composé plus de 300 chansons en cinq ans et rendu célèbre de nombreux artistes quand il était président d’Alfa Music, l’ancien nom d’Alfa Records. (Photo avec l’aimable autorisation de Murai Kunihiko)

MURAI KUNIHIKO Mon travail de composition se fonde sur le jazz et la musique classique. Depuis le collège, j’étais un passionné de « big band », et à l’université, j’ai approfondi mes connaissances musicales en jouant du piano et du saxophone dans un cercle musical à l’université. De plus, je gérais un magasin de disques tout en poursuivant mes études. Je pouvais donc toujours avoir une idée des titres qui allaient obtenir un grand succès, même si, bien sûr, mes goûts personnels étaient plus importants que l’engouement général pour ces chansons. J’aimais la musique tout simplement, et c’est en m’y investissant corps et âme que je suis devenu compositeur.

—— En plus de vos casquettes de compositeur et de producteur, vous avez fondé et dirigé Alfa Records, maison de disques qui a collaboré avec A&M Records, un ancien grand label de musique américain. Quelles étaient vos influences à cette époque ?

MURAI Quand j’étais au lycée, j’ai rencontré Kawazoe Hiroshi(*1), le propriétaire du restaurant Chianti(*2), qui a contribué énormément à faire connaître à l’étranger l’art et la culture du Japon d’après-guerre. Le restaurant était un lieu de rencontre pour les personnalités des lettres et des arts, aussi bien du Japon que d’autres pays. Je discutais avec des personnes de tous âges et aux carrières très variées, ce qui m’a permis d’assister personnellement au changement culturel de la société japonaise de la fin des années 1960 et du début de la décennie suivante. C’est à ce moment-là que je me suis dit qu’au Japon aussi, une période difficile allait venir pour ceux qui ne protégeaient pas leur propriété intellectuelle.

À cette époque au Japon, peu de personnes se souciaient des droits d’auteur, même au sein de l’industrie de la musique, et encore moins pensaient à leurs droits d’auteur à l’étranger. En rencontrant Kawazoe et en allant au Chianti, je suis devenu plus sensible aux tendances les plus récentes du marché de la musique.

Plus tard, Kawazoe m’a donné la possibilité de voyager à Paris pour l’enregistrement en studio d’un ami. C’est à cette occasion que j’ai rencontré Eddie Barclay(*3), président d’un label de musique français, qui m’a proposé de créer une maison de disques au Japon. Il m’a tout de suite présenté à un label américain, Screen Gems-Columbia, et c’est comme ça que j’ai commencé à me faire des relations dans l’industrie musicale occidentale. Je tournais autour du monde comme un satellite, allant de Paris à Londres en passant par Los Angeles et New York. Dans ce tourbillon d’informations les plus récentes, j’ai commencé à établir des relations étroites avec des personnes aux quatre coins du monde grâce à la musique.

Murai à Los Angeles, avec le pianiste jazz Christian Jacob, à gauche, discutant du concert « LA Meets Tokyo » prévu en décembre 2017 à la salle de concert Bunkamura Orchard Hall à Shibuya, Tokyo. (Photo avec l’aimable autorisation de Murai Kunihiko)

(*1) ^ Au cours des années 1930, Kawazoe a étudié à Paris, où il a rencontré Robert Capa, Salvador Dali et Jean Cocteau. Il a supervisé les performances de la troupe Azuma Kabuki en Europe et en Amérique du Nord de 1954 à 1956.

(*2) ^ Un des tous premiers restaurants italiens au Japon, qui a ouvert ses portes à Tokyo en 1960.

(*3) ^ Eddie Barclay était une personnalité très célèbre dans l’industrie musicale française des années 1960 et 1970. Barclay Records a notamment produit les albums de Charles Aznavour et Jacques Brel.

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  • [17.08.2017]

Journaliste musical né en 1955. Diplômé de l'Institut de design Kuwasawa et titulaire d'un master de l'Université de Miyagi. Il débute sa carrière en tant qu'éditeur et rédacteur d'articles sur la musique pour le magazine Popeye en 1979. Il réalise une interview avec Murai Kunihiko pour la première fois en 1993. Publie en 2016 Alfa no densetsu: Ongakuka Murai Kunihiko no jidai (La légende d’Alfa : l’époque du musicien Murai Kunihiko).

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