Dossier spécial Kyôto sur la ligne de front du manga
Le manga peut-il faire quelque chose pour le monde ?
La solidarité des auteurs de manga après le séisme
[14.06.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

Après le séisme du 11 mars 2011, artistes, musiciens, créateurs de mode et de divers autres domaines ont voulu aider. Les auteurs de bande dessinée du Japon et du monde entier ne sont pas demeurés en reste et se sont mis immédiatement au travail, pour redessiner l’espoir.

L’exposition « Magnitude zéro — Le 11 mars 2011 vu par les auteurs de bandes dessinées du monde entier », organisée au Musée International du Manga de Kyôto, du 3 mars au 6 mai 2012, présentait 120 planches originales tirées de l’album Magnitude zéro publié au Japon en mars 2012 (édition Mind Creaters / Asahi Shimbun Shuppan).

Le 3 mars, le vernissage a eu lieu en présence de Jean-David Morvan, scénariste de bande dessinée français, et Shiriagari Kotobuki, mangaka. Tous deux ont animé un talk show sur le thème : « Le manga peut-il faire quelque chose pour le monde ? ». Voyons comment les acteurs de l’industrie du manga, genre estampillé « divertissement », ont décidé de se tenir debout devant la catastrophe, et ont pris conscience de leur rôle à jouer dans la société.

Un appel venu de la France reçoit des messages de soutien du monde entier

Jean-David Morvan

La catastrophe du 11 mars 2011 a aussi été l’occasion de reprendre conscience de la force de la solidarité : l’individu est petit et faible tant qu’il reste seul, mais devient fort quand il se rassemble avec d’autres. En l’occurrence, un courant de soutien et d’encouragements a permis de reconnaître que la solidarité ne se limitait pas aux compatriotes japonais, mais dépassait les frontières.

Magnitude zéro est l’un des fruits nés de ce sentiment de solidarité. Six mois après la catastrophe, en septembre 2011, afin de soutenir la reconstruction du séisme, un album est publié en France sous le titre Magnitude 9. C’est lui qui deviendra la matière de l’exposition et de la publication au Japon.

Magnitude zéro est composé pour partie d’œuvres de dessinateurs étrangers ayant participé à l’opération Magnitude 9 (publié en France), auxquelles se sont jointes des œuvres de dessinateurs japonais qui ont dessiné spécialement pour cet album. L’album exprime les remerciements aux créateurs qui ont participé à Magnitude 9 tout en le prolongeant. Il exprime la volonté du Japon : « Recommençons de zéro ! »

Jean-David Morvan, à l’origine du projet « Magnitude 9 » était à Kichijôji (Tokyo) le jour du tremblement de terre le 11 mars 2011. Il a fait l’expérience de la secousse violente et a reçu le terrible choc des images du tsunami à la télévision. Il s’est tout de suite demandé : « qu’est-ce que je peux faire ? », et a alors pris contact avec Sylvain Runberg, lui aussi scénariste de bandes dessinées ainsi qu’avec le site communautaire d’illustrateurs Café salé. Ils mirent immédiatement en place un appel à illustrations sur le blog pour soutenir les sinistrés. Les gens ont papidement répondu à son appel, et en trois semaines 2700 illustrations originales ont été collectées du monde entier, parmi lesquelles 250 ont été sélectionnées et éditées pour devenir Magnitude 9

 « Parce que tous les illustrateurs du monde sont influencés par le manga japonais, et parce que tout le monde aime le Japon ». C’est ainsi que Jean-David Morvan explique l’ampleur de la réaction dans le monde entier. « Faire un manga ou un dessin coûte beaucoup moins cher et va beaucoup plus vite que de faire un film. C’est cela la grande force des illustrateurs ». C’est grâce à cette rapidité d’action que les messages encourageants ont été transmis en temps réel au Japon.

Comment les créateurs étrangers ont-ils exprimé leurs sentiments devant les dégâts de ce séisme sans précédent ? Parmi les œuvres publiées sur le blog, par exemple, un dessin représentait une femme qui pleure des larmes de sang. À vrai dire un certain nombre d’images auraient un peu choqué les Japonais. Sur ce point, que l’on invoque une différence de goût ou de niveau de liberté d’expression, il faut reconnaître qu’une certaine « distance » avec les Japonais qui ont réellement subi la destruction est demeurée infranchissable.

Jean-David Morvan a dû procéder avec beaucoup de prudence lors de la sélection des œuvres pour publication. « Nous avons abordé le projet avec notre sensibilité. Surtout nous avons évité de toucher le sujet de la centrale nucléaire. Les centrales nucléaires sont également un grand problème en France, il y avait donc un risque de focaliser l’attention des gens sur ce point. Nous avons voulu garder notre intention première qui était de transmettre nos sentiments aux sinistrés ». La prévenance est sensible et diamétralement opposée à l’attitude sensationnaliste des médias étrangers prompts à la surchauffe concernant le traitement de l’accident nucléaire. 

  • [14.06.2012]
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