Dossier spécial La modernité de l’esthétique traditionnelle
Le nouveau musée Hokusai de Tokyo « The Sumida Hokusai Museum »

Brigitte Koyama-Richard [Profil]

[22.11.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 |

Un nouveau musée, le Sumida Hokusai Museum, consacré à Katsushika Hokusai, l’un des plus célèbres artistes de l’époque d’Edo, vient d'ouvrir ses portes. Il est situé dans le quartier de Sumida, près de la station du JR et du métro Ryôgoku, à quelques minutes à pied du Stade national de sumô (Kokugikan) et du Musée Edo-Tokyo.

Katsushika Hokusai (*1)(1760-1849) demeure l’artiste japonais le plus connu au monde. Si son nom est toujours associé à l’estampe de La grande vague au large de Kanagawa, ou encore, au Mont Fuji sous l’orage(*2), deux estampes de la série des Trente-six vues du mont Fuji, le génie de cet artiste est loin de se résumer à ces deux estampes. Un musée lui est désormais consacré au cœur de la capitale.

Katsushika Hokusai, Mont Fuji sous l’orage – Trente-six vues du mont Fuji (Collection du Sumida Hokusai Museum)

Le Sumida Hokusai Museum(*3) ouvre ses portes, le 22 novembre 2016, près de la station du JR et du métro Ryôgoku, à quelques minutes à pied du Stade national de sumô (Kokugikan) et du Musée Edo-Tokyo. Ce nouveau musée de trois étages donnant sur un petit jardin public a été construit dans cet endroit populaire et calme de la capitale, près du lieu où naquit le célèbre artiste.

L’architecture du Sumida Hokusai Museum

Cet ambitieux projet a été réalisé par Sejima Kazuyo, une architecte de renommée mondiale. Ses multiples réalisations, comme celle du Musée du XXIe siècle de la ville de Kanazawa (2004), The New Museum of Contemporary Art de New York (2007) ou le Louvre Lens (2012) (conçus avec son associé Nishizawa Ryûe), etc., ont toutes été louées pour leur originalité et leur forme épurée.

Nul doute qu’il en sera de même pour le Musée Hokusai, composé de plusieurs blocs aux formes géométriques recouverts de panneaux d’aluminium qui brillent au soleil comme un miroir.

Le Sumida Hokusai Museum conçu par Sejima Kazuyo. (Photo : Sumida Hokusai Museum)

L’intérieur du bâtiment surprend par sa luminosité. L’accueil des visiteurs se fait par le rez-de-chaussée et jouxte la salle de conférence entièrement vitrée, la bibliothèque et la boutique du musée. Le sous-sol est réservé aux salles de réunions, de conservation, etc.

La visite commence par le 3e étage et par l’exposition permanente.

L’artiste et sa fille, en train de peindre, attendent le visiteur dans leur humble demeure. Deux mannequins de cire, animés et ressemblant aux portraits connus de Hokusai et de sa fille Oei(*4) ne manquent pas d’attirer l’attention des visiteurs.

Les mannequins de cire de Hokusai et de sa fille Oei. (Sumida Hokusai Museum / photo : nippon.com)

La salle d’exposition permanente. (Photo : Sumida Hokusai Museum)

Pédagogique et ludique, cette salle aux murs sombres dont le sol est parcouru de filets de lumière, évoquant le cours de la Sumida, retrace, par des reproductions, les peintures et estampes du maître ainsi que les principaux épisodes de sa vie.

De nombreux écrans tactiles nous renseignent sur les œuvres. Des jeux interactifs, en particulier sur la célèbre Manga que Hokusai avait créée à l’intention de ses disciples et de tous ceux qui souhaitent apprendre à dessiner, permettent de comprendre la démarche de cet artiste de génie.

Un écran tactile qui permet de visionner tous les estampes de la série des Trente-six vues du mont Fuji. (Sumida Hokusai Museum / photo : nippon.com)

En sortant de cette salle, le visiteur jouit d’une vue panoramique sur la Tokyo Skytree, nouvelle tour de Tokyo, haute de 634 mètres, érigée non loin du musée. Il peut ensuite pénétrer dans la première salle de l’exposition temporaire.

Le deuxième étage est réservé aux autres salles d’exposition.

La collection

La collection du musée comporte actuellement 1 500 œuvres. Elle est composée d’un legs du spécialiste de l’histoire de l’art, Narazaki Muneshige (1904-2001), de l’ancienne collection ayant appartenu au collectionneur Peter Morse (1935-1993), ainsi que de nombreuses peintures et estampes acquises par l’arrondissement de Sumida avant même la construction du musée.

Le Musée Hokusai a pour ambition d’accueillir et de présenter, à l’avenir, des collections de musées japonais et étrangers.

L’exposition

Cette toute première exposition propose un choix de 120 œuvres, parmi les plus célèbres de Katsushika Hokusai. L’œuvre phare de cette exposition est un rouleau peint emaki de 7 mètres de long, Vue panoramique de la rivière Sumida. Cet emaki avait appartenu au marchand d’art Hayashi Tadamasa (1853-1906), ami et conseiller des japonisants, en particulier d’Edmond de Goncourt qu’il aida pour sa monographie consacrée à Hokusai en 1896(*5). Il figurait dans le catalogue de vente de la Collection Hayashi : objets d’art du Japon et de la Chine, en 1902. On ignorait depuis ce que ce rouleau peint était devenu. Retrouvé l’an dernier en Occident, il a regagné son pays d’origine et fait désormais partie de la collection du musée.

Katsushika Hokusai, Vue panoramique de la rivière Sumida (partie, le pont de Ryôgoku), emaki (Collection du Sumida Hokusai Museum)

Katsushika Hokusai, Vue panoramique de la rivière Sumida (partie, l’intérieur de la maison des courtisanes de Yoshiwara), emaki (Collection du Sumida Hokusai Museum)

La première partie de l’exposition évoque la vie du peintre et présente des portraits de Hokusai par lui-même et par d’autres artistes.

La seconde partie nous replonge dans la vie du quartier de la Sumida à l’époque d’Edo.

Cette exposition inaugurale se devait aussi de présenter, outre des surimono(*6) aux gaufrages et reflets d’or et d’argent d’un grand raffinement, les estampes les plus célèbres de Hokusai, dont celles de la série des Trente-six vues du mont Fuji qui inspirèrent les artistes occidentaux, Monet, Degas, Manet, Van Gogh, etc., dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Portrait de Hokusai signé Keisai Eisen (1791-1848). (Avec l’amabilité du Sumida Hokusai Museum)

Hokusai aurait sûrement été très étonné de constater le rayonnement de son œuvre, lui, l’éternel insatisfait toujours en quête d’absolu. N’alla-t-il pas jusqu’à écrire, dans sa célèbre postface des Cent vues du mont Fuji (1834) :

« À 90 ans, je pense que je serai parvenu à m’approcher de l’essence de l’art. À 100 ans, j’espère avoir atteint le niveau du merveilleux et du divin. Quand j’aurai atteint 110 ans, chaque trait, chaque ligne de mes dessins possédera sa vie propre. Mon vœu serait que ceux qui me survivront constatent la véracité de ce que j’ai écrit. »

Signé Manji, le vieux fou de dessin.

Son souhait ne se réalisa pas, il quitta ce monde à près de 89 ans, mais nous laissa en héritage une œuvre colossale, source d’inspiration pour les artistes du monde entier.

Il méritait bien qu’un musée lui fût consacré à Tokyo. Nul doute que le Sumida Hokusai Museum réjouira les visiteurs de tous âges et de toutes provenances.

Sumida Hokusai Museum

Address : 2-7-2 Kamezawa, Sumida-ku, 130-0014 Tokyo

Heures d’ouverture : 09h30 – 17h30 (dernière admission à 17h00)

Fermeture hebdomadaire : le lundi (ou le jour suivant s’il tombe un jour férié), du 26 décembre au 1er janvier

Tarifs :
  • Exposition inaugurale « Retour de Hokusai » (jusuqu’au dimanche 15 janvier 2017)
    Adultes : 1 200 yens ; Étudiants, lycéens et plus de 65 ans : 900 yens ; Collégiens : 400 yens ; écoliers : gratuit.
  • Exposition permanente
    Adultes : 400 yens ; Étudiants, lycéens et plus de 65 ans : 300 yens ; Collégiens et écoliers : gratuit.

Site officiel [EN] : http://hokusai-museum.jp/?lang=en

(Écrit en français le 19 novembre 2016. Bannière : Katsushika Hokusai, Vue panoramique de la rivière Sumida [partie]. Collection du Sumida Hokusai Museum)

(*1) ^ Katsushika (nom) Hokusai (prénom) est l’un des noms que l’artiste se donna au cours de sa vie.

(*2) ^ L’éclair dessiné par Hokusai sur cette estampe a été choisi comme logo par le musée.

(*3) ^ Sumida est le nom du fleuve qui traverse la ville et c’est aussi celui de cet arrondissement.

(*4) ^ Son nom d’artiste fut Ôi.

(*5) ^ Edmond de Goncourt, Hokousaï, G. Charpentier et E. Fasquelle, 1896, Paris

(*6) ^ Les surimono sont des estampes non destinées à la vente, qui font l’objet de commandes spéciales et sont offertes pour célébrer un événement particulier, comme le Nouvel An ou autres.

  • [22.11.2016]

Docteur en littérature comparée de l’Université de la Sorbonne et de l’INALCO, est professeur à l’Université Musashi dans la section des sciences humaines, où elle enseigne la littérature comparée et l’histoire de l’art. Elle a publié de nombreux ouvrages consacrés à l’origine des mangas et de l’animation japonaise, aux estampes japonaises et au japonisme, dont Japon rêvé, Edmond de Goncourt et Hayashi Tadamasa (Hermann, 2001), Mille ans de Manga (Flammarion, 2007), L’Animation japonaise, des rouleaux peints aux Pokémon (Flammarion, 2010), Les estampes japonaises (Nouvelles Editions Scala, 2014), Jeux d’estampes, Images étranges et amusantes du Japon (Nouvelles Editions Scala, 2015), Beautés Japonaises, la représentation de la femme dans l’art japonais (Nouvelles Editions Scala, 2016).

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