Dossier spécial Lieux sacrés du Japon
Un certificat de bonne santé pour le Grand Bouddha de Kamakura

Waku Miller [Profil]

[05.04.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le visage tout juste rafraîchi du Daibutsu ou Grand Bouddha de Kamakura se superpose aux aspirations du Japon pour un renouveau national, au moment du cinquième anniversaire du Grand tremblement de terre de l’Est du Japon. Cette sculpture iconique a été soumise, pendant près de deux mois, à des inspections diagnostiques, des réparations mineures et à un nettoyage extérieur et intérieur complet par l’Institut national de recherche pour les biens culturels, Tokyo. Il est réapparu ce 11 mars avec un certificat de parfaite santé et un rayonnement redoublé.

« Nous ne savions vraiment pas à quoi nous attendre », explique Morii Masayuki, chercheur senior de l’Institut national de recherche pour les biens culturels, Tokyo, qui a dirigé le projet de diagnostic, de réparations et de nettoyage. « Le Bouddha a près de 760 ans et il est assis dehors depuis plus de cinq siècles, exposé à l’air marin salé, à des tremblements de terre continus, aux fientes d’oiseaux et – de nos jours – aux pluies acides et aux vibrations des véhicules à proximité.

Morii Masayuki supervisant le projet Kamakura Daibutsu. Après la catastrophe du 11 mars, il a également travaillé dans la préfecture de Fukushima pour superviser les travaux de restauration après séisme d’un site célèbre pour ses Bouddhas de pierre.

« Nous savions donc qui étaient les principaux coupables. Mais nous ne savions pas combien de dégâts ils avaient causés. Nous avons donc été très heureux de découvrir que le Bouddha était structurellement sain et que la corrosion étaient bénigne dans l’ensemble. »

Le Grand Bouddha de Kamakura évoque, pour être précis, Amitâbha Bouddha (Amida Butsu), spécialement vénéré par les adhérents des sectes bouddhistes de la Terre pure. D’après leur enseignement, la renaissance au paradis – la « terre pure » – attend les croyants qui ont pris refuge auprès d’Amitâbha. Ils exhortent les croyants à atteindre le salut en récitant sans cesse le nom du Bouddha, ce qui, en japonais, donne le chant « Namu Amida Butsu, Namu Amida Butsu .. » (Ah, Amitâbha Bouddha..). Nous devons comprendre le célèbre visage béatifié du Daibutsu de Kamakura dans le contexte de l’étreinte des fidèles par Amitâbha. La réapparition de son visage le 11 mars précisément est une coïncidence émouvante pour la commémoration des 16 000 vies ou plus qui ont été perdues durant le tremblement de terre et le tsunami de 2011. Cette date propice toutefois, a été apparemment fortuite. Le Daibutsu se dresse, ou plutôt est assis, dans l’enceinte du temple Kôtoku-in. Et le révérend du Kôtoku-in, Satô Takao, insiste sur le fait que « c’était juste comme ça que les choses se sont arrangées dans le calendrier des travaux. »

Une pénurie de preuves historiques

Nos connaissances sur l’histoire du Daibutsu de Kamakura se basent sur une documentation historique qui est remarquablement clairsemée. Azuma kagami (le Miroir de l’Est), un compte rendu du XIIIe siècle sur la période Kamakura (1185-1333) mentionne que les travaux du Daibutsu ont commencé en 1252. Mais nous manquons totalement de documentation historique sur la date à laquelle la statue a été achevée ou, d’ailleurs, sur l’identité du sculpteur.

L’observation de Morii sur le Daibutsu résidant à l’air libre pendant « plus de cinq siècles » correspond aux relevés historiques tout en montrant indirectement leur pénurie. Nous savons que le Daibutsu résidait à l’origine à l’intérieur, comme le Daibutsu encore plus monumental du temple Tôdaiji à Nara. Mais nous manquons de documentation historique sur la date à laquelle il a perdu pour de bon son abri de protection.

La Chronique de la grande paix Taiheiki de la fin du XIVe siècle rapporte que l’abri du Daibutsu de Kamakura s’est effondré durant un typhon en 1334. Et la chronique du XVIe siècle Kamakura dainikki mentionne la destruction du logement par un typhon en 1369 et par un tremblement de terre et un tsunami dans les dernières années 1490. Cette dernière mention est toutefois discutable. Une note en date de 1486 dans un recueil de poèmes du moine Zen Banri Shûkyû, Baika mujinzô, décrit le Daibutsu assis à l’air libre et sans abri.

Les travaux de diagnostic et de réparations du Daibutsu ont eu lieu du 13 janvier à la fin février 2016. Le Daibutsu a été complètement nettoyé et la dernière bâche de l’échafaudage est tombée le 10 mars.

  • [05.04.2016]

Ecrivain et traducteur. A publié plusieurs traductions en anglais de livres japonais de non-fiction, dont le signal d’alarme démographique de Matsutani Akihiko « Shrinking-Population Economics » (Economie d’une population en déclin) et « Taction », histoire et théorie iconoclaste de la calligraphie de l’Asie de l’Est par Ishikawa Kyuyoh. Il a également publié une traduction anglaise de l’œuvre d’envergure livresque de l’éminente poétesse Fujiwara Akiko « Pho to n ». En japonais, il a publié en 2015 une collection de 13 interviews de figures dominantes sur les questions socio-économiques du Japon contemporain.

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