Dossier spécial Introduction au zen
Percer les mécanismes neurologiques de la méditation : la recherche japonaise en pleine activité
[10.08.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | العربية | Русский |

Le zen, la pleine conscience et la méditation en général ont la réputation de favoriser le bien-être du corps et de l’esprit. Mais par quel processus ? Pour le savoir, les neuroscientifiques japonais de la nouvelle génération participent activement à la recherche. Le mystère qui planait sur les mécanismes de la méditation est en passe d’être dévoilé.

Des jambes en collants émergeant de justaucorps et se terminant en chaussons de pointe fendent l’air. Les instructions retentissent, tandis que les danseurs, visages rayonnants, décrivent avec leurs bras de délicates volutes en résonance avec les pas qu’ils exécutent. Nous sommes dans un studio de danse de Tokyo où la direction de ce cours de ballet est assurée par une jeune femme de 27 ans que nous appellerons Murano Kozue. Jamais il ne viendrait à l’esprit des élèves que leur jeune professeur a jadis été une délinquante juvénile et qu’elle a souffert d’une boulimie due à un déséquilibre émotionnel.

Tout a commencé à changer quand, sur les conseils d’un ami de sa mère, elle a participé à une retraite de dix jours de méditation à Kyoto. Au Japon, la méditation est en général considérée comme une discipline bouddhique associée à la quête de l’illumination, mais la retraite en question se déroulait dans un cadre séculier. Le silence était au cœur de la pratique : non seulement les téléphones portables étaient interdits, mais les participants n’avaient pas le droit de parler entre eux ni même d’échanger des regards. Levés à quatre heures du matin, ils prenaient leur dernier repas à midi. Les journées s’achevaient à 9 heures du soir et le programme quotidien comportait une dizaine d’heures d’assise par terre jambes croisées.

Pour Kozue, ce régime ressemblait à une torture. Et pourtant, dit-elle, la compagnie des autres participants rendait cette formation plus facile à endurer qu’un séjour dans le cachot d’isolement du foyer de rééducation pour jeunes délinquants. Pendant les dix jours du stage, elle a participé pour la première fois à des activités bénévoles, telles que le nettoyage et la cuisine pour la collectivité. « Au début, j’avais l’impression que la gentillesse affichée par les gens autour de moi n’était qu’une façade et j’ai été très étonnée de découvrir que c’était tout simplement l’expression de leur bonté naturelle. » Avant même qu’elle n’en prenne conscience, des mois s’étaient écoulés sans qu’elle se jette gloutonnement sur la nourriture.

Le rôle de la méditation dans l’élimination de l’hormone du stress

C’est seulement tout récemment que les effets de la méditation, zen y compris, sur la dépression et d’autres maladies mentales ont été prouvés. Une grande partie du mérite en revient au biologiste moléculaire Jon Kabat-Zinn, de l’École de médecine de l’Université du Massachusetts. Adepte convaincu de la méditation, Kabat-Zinn a mis au point un programme de huit semaines, appelé Réduction du stress basée sur la pleine conscience (sigle anglais MBSR), qui dissocie les techniques de méditation du contexte bouddhique. Le programme a été inauguré en 1979, avec un stage destiné à des patients atteints de souffrance et de stress chroniques. En 2011, plus de 19 000 personnes l’avaient suivi, ce qui montre bien l’efficacité de la MBSR. L’intérêt qu’elle a suscité à l’échelle mondiale a contribué à l’augmentation exponentielle du nombre des études sur la méditation enregistrée au cours des dix dernières années dans la recherche neuroscientifique courante.

Lorsque les techniques de la pleine conscience ou de la méditation zen accentuent la concentration et activent le cerveau, les fonctions de la zone préfrontale dorsolatérale de ce dernier s’en trouvent stimulées. Ce qui renforce la psyché et le système immunitaire, avec les effets bénéfiques que cela entraîne sur la mémoire et l’efficacité au travail. Chez les personnes souffrant de dépression, on constate un affaiblissement des fonctions situées dans cette zone du cerveau. Chez ces personnes, en revanche, l’activité localisée dans l’amygdale – le centre cérébral des émotions – s’accroît, ce qui favorise la sécrétion du cortisol, l’hormone du stress. Or il a été prouvé que la méditation produit un rétrécissement de l’amygdale.

  • [10.08.2017]
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