« L’Île aux chiens » : le Japon vu par Wes Anderson
Une œuvre « politiquement correcte » ?

Mana Yaeko [Profil]

[07.06.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL |

Wes Anderson, vraiment influencé par des réalisateurs japonais ?

L’Île aux chiens, la dernière réalisation de Wes Anderson, est un film d’animation en volume (stop motion) qui se déroule au Japon dans un avenir proche, et dont les personnages principaux sont des chiens. Ces derniers parlent en anglais, alors que les personnages humains s’expriment en japonais. Cependant, les paroles en japonais ne sont pas sous-titrées. Pour le public comprenant le japonais, le mélange des deux langues résulte en une agréable confusion.

L’histoire se déroule dans la ville de Megasaki dans un futur dystopique où un virus de la grippe canine commence à se propager parmi les chiens. Le maire Kobayashi, prétendant que la maladie pourrait se répandre aux habitants de la ville, signe un décret bannissant tous les chiens à un site d’élimination des déchets sur l’île Trash Island. Le premier chien à y être envoyé est Spots, chien de garde de la famille Kobayashi.

Quelques mois plus tard, Trash Island est remplie de chiens. On suit l’histoire d’une meute de cinq mâles dominants : Chief, ancien chien errant, menant Rex, King, Boss et Duke. Devant leurs yeux apparaît le jeune Atari, neveu et pupille du maire, venu sur l’île pour retrouver son fidèle compagnon Spots.

Wes Anderson cite Kurosawa Akira et Miyazaki Hayao parmi les réalisateurs japonais qu’il respecte. L’apparence du maire Kobayashi, jusqu’à la coiffure et le costume, s’inspire du personnage joué par Mifune Toshirô dans Entre le ciel et l’enfer (1963) de Kurosawa. Pourtant, aucun élément de l’histoire ne semble être influencé en particulier par ce dernier. Dans le documentaire Hitchcock/Truffaut (2015), Anderson fait les éloges des films d’Alfred Hitchcock, analysant pourquoi ils sont si intéressants. Mais on ne retrouve pratiquement rien des particularités du thriller hitchcockien dans son style. Bien qu’Anderson apprécie et s’inspire des réalisateurs du monde entier, il possède un style et un univers tellement propres à lui qu’il est difficile de déceler dans ses films des influences extérieures allant au-delà de simples hommages.

Celles et ceux qui suivent Anderson depuis ses premiers films seront probablement surpris, voire même déconcertés, en découvrant qu’il est un grand admirateur du travail de Miyazaki Hayao. Pourtant, nous ne retrouvons rien de l’humour noir d’Anderson dans les réalisations de Miyazaki, et bien que leurs univers comportent des éléments de « fantasy », ils restent complètement différents. Nous avons d’un côté, dans le monde de Miyazaki, des êtres imaginaires comme Totoro ou le Chat-bus qui transforment des paysages ordinaires en des mondes mystérieux, et d’un autre, dans les films d’animation d’Anderson, des animaux aux caractéristiques très humaines qui évoluent dans des décors artistiquement très détaillés. Compte tenu de leurs styles très distincts, on ne peut qu’être dubitatif en constatant combien l’influence des réalisateurs japonais a été mise en avant pour faire la publicité de L’île aux chiens.

La technique de l’animation en volume (stop motion) utilisée dans L’Île aux chiens est un processus qui requiert beaucoup de temps car la position des marionnettes doit être changée petit à petit entre chaque image. (© 2018 Twentieth Century Fox Film Corporation)

  • [07.06.2018]

Critique de cinéma. Née dans la préfecture d'Aichi. Précédemment technicienne cinéma, elle écrit actuellement des articles pour le journal Asahi Shimbun, les magazines de cinéma Eiga Hihô et Kinema Junpô et Bunshun online. Parmi ses publications : Bad end no yûwaku (La tentation des mauvaises fins), Eiga nashi de wa ikirarenai (Pas de vie sans films), et Eigakei joshi ga yuku (Allez les filles cinéphiles !).

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