Les perspectives politiques du Japon en 2018

Takahashi Masamitsu [Profil]

[04.01.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | ESPAÑOL | Русский |

Aucune élection importante, ni à la Chambre haute ou basse, ni dans les assemblées régionales n’est prévue en 2018, une première depuis plusieurs années. Les deux temps forts de 2018 pour la politique japonaise seront l’élection en septembre du président du Parti libéral-démocrate, qui déterminera si le Premier ministre Abe Shinzô, 63 ans, pourra conserver son poste pour un troisième mandat, et l’avancement de la procédure de révision de la Constitution que M. Abe appelle de tous ses vœux.

La lutte pour le poste de premier ministre

Le Parti libéral-démocrate (PLD) a remporté les élections de la Chambre basse d’octobre dernier, avec 284 sièges sur 465. Le mode de scrutin uninominal à un tour dans 289 circonscriptions, qui avantage les grands partis, et la division de l’opposition ont contribué à cette victoire, mais il est indéniable que le gouvernement Abe a obtenu la confiance du peuple. Dans un tel cas, il serait difficile de dire à quoi servirait le remplacement du Premier ministre. Les trois principales factions du PLD le soutiennent, et renforcent ainsi son pouvoir. Si tout va bien, il sera réélu président du parti.

Parmi ses rivaux potentiels figure Ishiba Shigeru, 60 ans, ancien secrétaire général du PLD et leader de la faction qui porte son nom. Noda Seiko, l’actuelle ministre des Affaires intérieures et des Communications, 57 ans, ne cache pas non plus ses ambitions à cet égard. La faction Ishiba ne dispose cependant pas d’un grand soutien au sein du PLD, et il n’est pas non plus certain que Mme Noda réussira à rassembler les recommandations de 20 parlementaires, indispensables pour faire acte de candidature.

L’attitude de Kishida Fumio, 60 ans, leader de la faction Kishida et actuel directeur du conseil de recherche politique du PLD, mérite d’être suivie parce qu’elle pourrait changer l’orientation de l’élection. M. Kishida a soutenu l’actuel Premier ministre, d’abord en tant que ministre des Affaires étrangères dans son deuxième cabinet puis dans sa fonction actuelle, et il pourrait lui succéder quand celui-ci quittera le pouvoir. Il a certainement cherché à être adoubé comme son dauphin.

S’il maintient cette attitude en soutenant la réélection de M. Abe, il conservera son rôle de favori, mais rien ne garantit qu’il gardera assez d’influence politique pour être désigné comme son successeur lorsque M. Abe démissionnera. L’émergence de nouveau candidats appartenant aux générations suivantes, comme Koizumi Shinjirô, 36 ans, premier vice-secrétaire du PLD et très populaire fils de l’ancien Premier ministre Koizumi Junichirô, ou Kôno Tarô, 54 ans, actuel ministre des Affaires étrangères dont le père a été Premier ministre, n’est pas non plus impossible.

Si M. Kishida se porte candidat au poste de président du parti, il se distanciera de M. Abe. Même s’il ne l’emporte pas mais perd honorablement, cela lui donnera sans doute plus de poids comme candidat à la succession de M. Abe. Le contraire est également vrai, et une défaite considérable nuirait à son avenir. La faction Kishida considère qu’en politique, le plus important est de gagner, et M. Kishida se décidera vraisemblablement juste avant l’élection, après avoir étudié de très près l’ambiance au sein du parti.

Bien que M. Abe paraisse très bien placé pour remporter un troisième mandat, sa position n’est pas exempte d’angles morts. L’évolution de la popularité du gouvernement est un sujet de préoccupation. Les sondages des principaux médias montre qu’elle est stable depuis les dernières élections, autour de 50 %, et que le nombre de personnes soutenant le gouvernement est supérieur à celui de ceux qui y sont farouches. Mais si le pourcentage d’opinions défavorables devait dépasser celui des opinions favorables, comme cela s’est produit en juillet au moment des élections de l’assemblée préfectorale de Tokyo perdues par le PLD, les membres de Parti ne pourraient que s’éloigner du Premier ministre.

Mais si M. Abe devait être réélu une troisième fois avec un nombre de votes de parlementaires [le président du PLD est élu à la fois par les parlementaires et grâce à un certain nombre de voix accordées aux membres du parti] inférieur à celui obtenu par M. Ishiba, cela l’amoindrirait. Le monde politique suivra de près la réaction du PLD face aux affaires Moritomo Gakuen et Kake Gakuen lors de la prochaine session parlementaire ordinaire en janvier, ainsi que celle de l’opinion publique à leurs sujets.

  • [04.01.2018]

Membre du comité éditorial de l’agence Jiji Press. Né en 1961, il étudie les sciences politiques à la faculté de droit de l’Université Keiô puis entre à l’agence dont il devient chef du service politique, puis responsable du bureau de Kobe avant d’arriver à son poste actuel en 2015.

Articles liés
Articles récents

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone