Comment protéger les droits des actrices de films pour adultes

Kawai Mikio [Profil]

[27.04.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le monde de la production de films pour adultes n’est guère connu, mais la révélation ces dernières années de la participation forcée de certaines actrices à des tournages a attiré une attention considérable. Il existe désormais un comité pour défendre leurs droits, dont fait partie l’auteur de cet article. Ce dernier nous explique par la même occasion l’évolution de l’industrie du X.

Le problème des participations sous contraintes

Après la publication en mars 2016 d’un rapport d’enquête d’un groupe de défense des droits de l’homme, selon lequel des actrices de vidéos X auraient été contraintes de participer à des tournages, le Bureau de l’égalité des sexes auprès du Bureau du Cabinet, a commencé à travailler sur une législation à ce sujet. Plusieurs affaires de ce genre, abondamment rapportées par les médias, ont par la suite attiré une grande attention. Comme la contrainte dont il est question n’est pas physique mais verbale (si l’actrice refuse de jouer, elle est menacée par exemple de devoir payer une amende), il ne s’agit pas d’un délit relevant du pénal comme le serait un viol.

En juillet 2016, trois personnes, dont l’ancien PDG d’une des principales sociétés de productions de vidéos pour adultes, ont été arrêtées pour infractions à la loi sur le travail temporaire et condamné à des amendes. Cette loi permet de condamner jusqu’à dix ans d’emprisonnement ou trois millions de yens d’amendes les personnes ayant recruté du personnel temporaire pour des activités contraires à la morale.

À la suite de cela, en avril 2017, l’Association interprofessionnelle de l’industrie des films X, l’Association des sociétés de production, ainsi que l’Union des actrices de films pour adultes se sont associés pour mettre en place le Comité indépendant des experts pour une réforme de ce secteur, constitué d’avocats et de professeurs dont je fais partie. C’est ainsi en tant que tiers indépendant que je vais porter un regard sur cet univers méconnu et effectuer un diagnostic de la situation actuelle.

La représentation sexuelle au Japon

J’aimerais d’abord aborder le sujet de la représentation sexuelle au Japon et de ses spécificités, tant du point de vue de la société que de la législation. Le Japon a une riche tradition à cet égard, comme en attestent le Kojiki (Chroniques des faits anciens, VIIIe siècle), recueil des mythes de la création du pays, qui s’ouvre sur une scène de sexe, ou bien encore les fameuses images de Hokusai, à l’époque d’Edo. Mais le cadre législatif mis en place après la modernisation du pays contrôlait strictement la représentation sexuelle dans les films et les photographies. Il y eut des époques où même les scènes de baiser étaient soumises à la censure. Le jugement de 1957 qui condamna le traducteur et l’éditeur de L’Amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence, est un exemple célèbre d’œuvre artistique punie pour obscénité.

Avec le déclin de l’industrie cinématographique entraîné par l’apparition de la télévision comme média dominant dans les années 1960, la production massive de pink eiga (« films roses ») dans les années 1970 fit naître des relations tendues avec la police. Ces films qui se disaient « pornographiques » ne montraient absolument pas les organes sexuels, et les scènes de rapports sexuels étaient toujours simulées.

Toutefois, les films pour adultes apparus dans les années 1980 se caractérisaient par des rapports non simulés. Les autorités approuvèrent tacitement ces films car leurs producteurs s’auto-régulaient en respectant la délimitation avec « l’obscène »… Autrement dit, ces films X ne montraient jamais les organes sexuels. Notons de même que les trois organismes dont le Japan Contents Review Center, chargés de veiller à ce que les films X respectent le cadre légal, étaient dirigés par d’anciens policiers. Cela aurait, pense-t-on, permis de garantir un ordre minimum dans ce secteur. La vente de films pornographiques étrangers qui ne cachent pas les sexes est interdite, et les contrevenants seront arrêtés. Les organes sexuels apparaissant dans ces films X sont floutés comme dans les autres films.

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  • [27.04.2018]

Professeur à l’Université Tôin de Yokohama. Né en 1960. Docteur en droit de l’Université de Tokyo. A également effectué un troisième cycle de droit à l’Université Panthéon-Assas de Paris. Auteur de nombreux ouvrages, dont Anzen shinwa hôkai no paradokkusu (L’effondrement paradoxal du mythe de la sécurité) et Nihon no satsujin (Le meurtre au Japon).

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