Interprète judiciaire au Japon : une activité vitale exercée dans des conditions difficiles

Takahata Sachi [Profil]

[23.07.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Lorsqu’un étranger qui ne comprend pas le japonais doit comparaître devant un tribunal au Japon, il a besoin d’un interprète judiciaire. Si cette demande de service professionnel augmente à mesure de l’internationalisation de la société japonaise, ce métier pourtant indispensable attire de moins en moins de candidats.

Un corps de métier dont les effectifs rétrécissent

En 2017, le nombre de visiteurs étrangers au Japon a franchi pour la première fois la barre des 28 millions (voir notre article lié), tandis que celui des résidents étrangers atteignait 2,5 millions, battant lui aussi tous les records précédents. Au fur et à mesure de cet afflux, le nombre d’affaires criminelles et de différends juridiques impliquant des étrangers a augmenté, et par voie de conséquence celui de demandeurs, défendeurs et témoins étrangers comparaissant devant les tribunaux.

Lorsque des étrangers impliqués dans une procédure judiciaire sont incapables de communiquer en japonais, le parquet est tenu, tant par les conventions internationales sur les droits de l’homme ratifiées par le Japon que par son propre code de procédure pénale, de puiser dans les fonds publics pour louer les services d’interprètes judiciaires. À la différence de l’interprétariat exercé dans un cadre commercial ou médical, le métier d’interprète judiciaire obéit à des règles juridiques explicites, et un procès impliquant un locuteur d’une langue étrangère ne peut pas se dérouler en l’absence d’un interprète.

Alors même que la demande d’interprètes judiciaires est de plus en plus importante, la pénurie se dessine davantage. Pour l’année 2016, une brochure publiée en janvier 2018 par la Cour suprême japonaise nous apprend que 2 624 défendeurs de 68 nationalités différentes ont eu recours aux services d’un interprète à l’occasion d’un procès. Les langues les plus demandées sont tout d’abord le chinois, puis le vietnamien, le portugais et le tagalog (Philippines). Pour répondre à ces demandes, la Cour suprême dispose d’un répertoire d’interprètes, dans lequel figuraient 3 823 noms et 62 langues en avril 2017, soit 200 personnes de moins que cinq ans auparavant. La cause principale du tarissement progressif de ce réservoir de professionnels réside dans la lourdeur de la charge de travail qui leur est imposée.

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  • [23.07.2018]

Depuis 2011, professeur associée de relations internationales à l’Université de Shizuoka, spécialisée dans la sociologie urbaine et les questions liées aux résidents étrangers au Japon, notamment philippins. Née à Osaka en 1969. Étudie à l’Université des études étrangères d’Osaka avant de passer un doctorat de littérature à l’Université de la ville d’Osaka. À partir de 1993, elle exerce aussi les fonctions d’interprète judiciaire dans quelque 500 procès. Instructrice dans le cadre du programme de formation de base des interprètes conduit par le système judiciaire.

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