Pour sauver les forêts du Japon, place aux jeunes indépendants !

Satô Noriko [Profil]

[13.03.2019] Autres langues : 日本語 |

L’exode rural et la baisse du prix du bois ont entraîné une diminution de nombre d’exploitants forestiers, sans compter l’augmentation du nombre de forêts dont l’entretien n’est pas assuré. Pour retrouver la vitalité du secteur, tous les regards sont tournés vers de jeunes Japonais passionnés qui ont quitté la ville pour s’installer en campagne.

Les forêts japonaises à l’abandon

Près de 70 % du territoire japonais est recouvert de forêts. Autrefois, pour les habitants des zones rurales, la forêt était une source de matériaux de construction ou de chauffage, et donc indispensable à leur quotidien.

La surexploitation était jadis le principal problème des forêts japonaises, mais il s’est produit à cet égard un changement drastique à partir des années 60. La généralisation des engrais chimiques et les importations de pétrole ont conduit à une diminution de l’utilisation du bois, du charbon et de l’herbe, et les forêts se sont éloignées du quotidien des Japonais. Avec la croissance économique et la libéralisation du commerce, les importations de bois industriel, qui comprend notamment le bois d’œuvre et les copeaux de bois pour la pâte à papier, progressèrent massivement. Le taux d’autosuffisance en bois passa de 96 % en 1955, à moins de 50 % en 1970, pour descendre jusqu’à 18,8 % en 2002. À cette époque, plus de 80 % du bois utilisé au Japon était importé.

Près de 40 % des forêts japonaises sont des forêts artificielles plantées pour fournir du bois d’œuvre. La plupart existent depuis les années 50. Au Japon, pays asiatique au climat de mousson, avec des étés très chauds et des pluies abondantes, il est indispensable d’entretenir les forêts en les débroussaillant, en les élaguant et en abattant des arbres pour qu’elles puissent se développer. Mais ces tâches essentielles tendent à ne plus être effectuées, car les ressources forestières sont de moins en moins mises à profit. Les conséquences sont alors majeures : la forêt s’assombrit et les strates inférieures de la végétation ne se développent plus. Cette détérioration de l’environnement forestier entraîne alors des glissements de terrain et une baisse de la biodiversité… Nous sommes donc passés d’une surexploitation de la ressource à sa sous-exploitation, et la question de son utilisation durable pose un grave problème.

Cette sous-exploitation a accéléré drastiquement la baisse de la main d’œuvre du secteur, ainsi que son vieillissement. L’industrie forestière était devenue un secteur peu attractif pour les jeunes. Son recul a été un des facteurs du dépeuplement rural avec son corollaire, le départ pour les grandes villes des jeunes à la recherche d’un emploi.

De plus, nous constatons des situations où les forêts n’ont même plus de propriétaires ! Ces derniers ont vieilli et n’y mettent plus un pied, et leur identité se perd ainsi au fil du temps…

  • [13.03.2019]

Professeur à la faculté d’agriculture de l’Université de Kyûshû. Née en 1961 dans la préfecture de Fukuoka. Spécialiste en politique forestière, elle obtient son doctorat sylviculture à l’Université de Kyûshû en 1989 et y est nommée professeur en 2007. Depuis septembre 2016, elle publie chaque mois une chronique intitulée « Voyages au cœur de la gestion forestière » dans la revue « L’industrie forestière aujourd’hui ». Présidente de l’ONG « Réseau des forêts de Kyûshû », elle est membre du comité sur l’aménagement du territoire du ministère du Territoire, des Infrastructures et des Transports, et du comité sur le dépeuplement des zones rurales du ministère des Affaires intérieures et des Communications.

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