Série Histoire de l’environnement japonais à l’époque moderne
Le mont Fuji et le fleuve Sumida : la renaissance de l’environnement japonais

Ishi Hiroyuki [Profil]

[19.03.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

L’auteur s’est lancé dans la carrière de journaliste scientifique au moment même où le Japon entrait dans une ère de lourde pollution industrielle. Ses premières investigations ont porté sur la pollution industrielle au Japon, mais le champ de sa recherche environnementale s’est rapidement élargi, jusqu’à couvrir 130 pays. Après avoir consacré de nombreuses années à dresser le bilan de la dégradation de l’environnement mondial, l’auteur tourne de nouveau son attention vers le Japon pour nous.

Un ciel bleu au-dessus d’une terre carbonisée

J’avais cinq ans quand la Seconde Guerre mondiale a pris fin. Je garde dans ma mémoire la vision d’un paysage tokyoïte plat et carbonisé, où pas un immeuble n’était resté debout. Pourtant, il y avait aussi de vastes étendues de ciel bleu et rien ne faisait obstacle à la splendeur des couchers de soleil. Alors que les êtres humains se débattaient pour survivre au milieu de la dévastation, d’autres créatures s’empressaient de réinvestir les havres que leur offraient les parcs, les cimetières et les terrains des temples et des sanctuaires. Ces créatures me fascinaient et j’ai passé ma jeunesse à inventorier les plantes, les oiseaux et les insectes en tous genres.

Les raids aériens de la Seconde Guerre mondiale ont réduit le centre de Tokyo à un paysage carbonisé et dévasté. (Photo : Mainichi Shimbun/Aflo)

Le Japon a perdu 3,1 millions d’habitants et la moitié de son produit intérieur brut dans cette guerre, qui a en outre laissé 15 millions de personnes sans domicile. C’est la destruction environnementale la plus grave et la plus étendue que le Japon ait jamais subie.

Ma vie embrasse l’histoire de mon pays depuis l’époque où il s’est remis de cette dévastation jusqu’à celle de la croissance rapide qui l’a propulsé aux premiers rangs des grandes puissances économiques mondiales, avec un PIB que seul dépassait celui des États-Unis, et cela jusqu’à la toute récente crise économique. Au fil du temps, j’ai observé l’évolution du pays dans la perspective de ses effets sur l’environnement naturel. En tant que journaliste spécialisé dans l’environnement, chercheur universitaire au Japon et à l’étranger et membre de l’agence des Nations unies pour ce domaine, je me considère comme un individu de la première – et sans doute dernière – génération de Japonais qui ait fait l’expérience d’un changement aussi radical de l’environnement.

Pendant les années 60 et 70, l’environnement naturel du Japon passait pour le plus dégradé du monde, un « supermarché de la pollution » disait-on. L’eau, l’air et le sol étaient contaminés. Le bruit et les odeurs nauséabondes faisaient partie de la vie quotidienne et il semblait que la vie sauvage avait quasiment disparu. Les nouvelles maladies dues à la pollution faisaient des ravages d’un bout à l’autre du pays et les tribunaux étaient couramment appelés à trancher des litiges environnementaux, à désigner des coupables et à infliger des indemnités. Le Japon payait le prix de sa croissance rapide.

Mais, d’une façon ou d’une autre, nous avons réussi à sortir de cette sombre période et à surmonter nombre de nos problèmes environnementaux. Il en reste certes à résoudre, mais les données en ce qui concerne la pollution de l’air, de l’eau et du sol, le volume des déchets et les contaminations chimiques montrent que le Japon a fait de tels progrès qu’il peut désormais servir de modèle pour le reste du monde. L’augmentation rapide du nombre des touristes qui viennent au Japon – pas seulement pour faire leurs courses et goûter à la cuisine du pays, mais aussi pour visiter ses sites pittoresques et faire des excursions dans la nature – est là pour en témoigner.

Tokyo est un microcosme de l’ensemble du pays. Pour quelqu’un comme moi, qui suis né et ai grandi dans la capitale, ce sont le mont Fuji et le fleuve Sumida qui me servent d’étalons pour mesurer la guérison de l’environnement.

  • [19.03.2018]

Journaliste et scientifique spécialisé dans l’environnement. Après un bref passage au comité de rédaction du Asahi Shimbun, il a été consultant principal pour le Programme des Nations unies pour l’environnement à Nairobi et à Bangkok. Il a également occupé des chaires d’enseignement supérieur dans les instituts de hautes études des Universités de Tokyo et de Hokkaido, été ambassadeur du Japon en Zambie et conseiller auprès de l’Agence japonaise de coopération internationale et des conseils d’administration du Centre régional de l’environnement pour l’Europe centrale et orientale (CRE) à Budapest, ainsi que de la Société ornithologique du Japon. Auteur de divers ouvrages, dont Chikyû kankyô hôkoku (Rapport sur l’environnement mondial), Kilimandjaro no yuki ga kiete iku (La disparition des neiges du Kilimandjaro) et Watashi no chikyû henreki – Kankyô hakai no genba o motomete (Mes voyages à travers le monde pour étudier la destruction de l’environnement).

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