Série Histoire de l’environnement japonais à l’époque moderne
Précieux visiteurs ou ravageurs ? Apprendre à vivre avec les oies sauvages du Japon

Ishi Hiroyuki [Profil]

[18.10.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

L’effectif des oies rieuses est aujourd’hui 33 fois supérieur à ce qu’il était il y a un demi-siècle, mais les agriculteurs les considèrent comme une nuisance. Leur plus grand site d’hivernage, à Izunuma, dans la préfecture de Miyagi, est le théâtre d’une initiative novatrice qui aide les gens et les oies à vivre ensemble.

Les fruits de la protection

Comme je l’ai écrit dans mon article précédent, l’après-guerre a été une période redoutable pour la population des oies sauvages qui fait escale au Japon. Mais les efforts des groupes de protection ont fini par porter leurs fruits. En 1971, l’oie rieuse et l’oie des moissons ont été retirées de la liste des oiseaux dont la chasse était autorisée et, de concert avec la bernache cravant, elles ont été inscrites sur la liste des biens naturels, qui leur confère le statut d’espèce protégée. Mais leurs problèmes n’étaient pas résolus pour autant.

À la fin des années 1980 et dans les années 1990, une forte mortalité d’oies a été enregistrée à Miyajima-numa, sur l’île de Hokkaidô. En règle générale, il est rare de trouver des cadavres d’oies dans la nature, mais en l’occurrence, on en a recensé plus de cent. Les oies avaient été victimes de la grenaille de plomb, jadis utilisée pour la chasse, qui restait présente dans le marais. Les oies ingèrent de petits cailloux, qui facilitent leur digestion, mais cette habitude est devenue fatale ; la grenaille avalée par erreur provoquait un empoisonnement aigu par le plomb. Pour aggraver encore les choses, parmi les oies dont les cadavres ont été trouvées, un certain nombre semblaient être mortes d’un empoisonnement par les pesticides.

Dans le pays tout entier, des voix se sont élevées pour réclamer des mesures en vue de sauver les oies, et les groupes de citoyens favorables à la protection de l’habitat des oiseaux ont intensifié leurs campagnes. Il ressort d’une étude annuelle des populations d’oies et de canards menée par l’Agence des forêts, relayée par l’Agence de l’environnement, puis par l’actuel ministère de l’Environnement, que ces efforts ont commencé à produire des résultats concrets aux environs de l’année 2005.

Cette étude est effectuée tous les ans au milieu du mois de janvier sur l’ensemble du territoire japonais. En 1970, année de la première étude, l’effectif des oies rieuses ne dépassait pas 5 790 individus. Il est passé à 20 000 en 1990 et à plus de 50 000 en 1997. Le seuil des 100 000 a été franchi en 2002 et ce chiffre a plus que doublé en 2014.

L’étude de janvier 2016 était la quarante-septième. Quelque 4 000 volontaires ont participé à l’opération, effectuée sur 9 000 sites dispersés sur tout le territoire, et ils ont réussi à recenser 189 000 oies. Outre cela, le nombre des points d’escale des oiseaux aquatiques migrateurs, qui était tombé à moins de 25, dépassait désormais les 100. En moins d’un demi siècle, le Japon avait sorti l’oie sauvage d’une situation quasi catastrophique et multiplié sa population par un coefficient de 33, une prouesse qui lui a valu des éloges dans les réunions internationales sur la protection des espèces et autres instances intéressées par le sort des oiseaux.

  • [18.10.2018]

Journaliste et scientifique spécialisé dans l’environnement. Après un bref passage au comité de rédaction du Asahi Shimbun, il a été consultant principal pour le Programme des Nations unies pour l’environnement à Nairobi et à Bangkok. Il a également occupé des chaires d’enseignement supérieur dans les instituts de hautes études des Universités de Tokyo et de Hokkaido, été ambassadeur du Japon en Zambie et conseiller auprès de l’Agence japonaise de coopération internationale et des conseils d’administration du Centre régional de l’environnement pour l’Europe centrale et orientale (CRE) à Budapest, ainsi que de la Société ornithologique du Japon. Auteur de divers ouvrages, dont Chikyû kankyô hôkoku (Rapport sur l’environnement mondial), Kilimandjaro no yuki ga kiete iku (La disparition des neiges du Kilimandjaro) et Watashi no chikyû henreki – Kankyô hakai no genba o motomete (Mes voyages à travers le monde pour étudier la destruction de l’environnement).

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